En Italie, de l’autre côté du Mont-Blanc, la vallée d’Aoste est un secteur de rêve pour la randonnée. C’est lors d’un trek de 3 jours que j’ai découvert ses paysages très variés, alternant alpages et hautes montagnes rocheuses, ornés de lacs et de fleurs de montagne. Passant par le mont Fallère et les lacs de Dzioule, j’ai arpenté ces reliefs sauvages en ne croisant quasiment personne.
Sommets : Mont Fallère (3061 m)
Mont Vertosan (2821 m)
Massif : Alpes Pennines (Italie)
Départ : Vétan-Dessus (1795 m)
Arrivée : Challancin (1615 m)
Difficulté : ★★★☆☆
(→ mont Fallère ★★★★☆)
Durée : 3 jours
Autonomie : complète, enfin presque…
(nuits en tente, 2 déjeuners en refuge/auberge)
Dénivelé (cumulé) : ≃ +2450 m / -2600 m
Distance : ≃ 30 km
Intérêt : ♥♥♥♥
Trekking / Bivouac / Refuge
Lacs de montagne / + 3000 m
Aigle royal / Chamois
Période : de juillet à octobre
Matériel : sac à dos UL 50L avec le contenu
+ nécessaire à bivouac (tente tarp UL, quilt 0°…)
J1 : Vétan-Dessus ➜ Mont Fallère
dénivelé : +1300 m / -550 m cumulés
distance : 9,5 km
durée : 6 h hors pauses
Le sentier des sculptures
Ce trek dans la vallée d’Aoste en 3 jours commence à Vétan-Dessus, petit village sur les hauteurs de Saint-Pierre. Après un bon espresso (évidemment !), le sentier part derrière la très charmante auberge Hotel Notre Maison, dans une esthétique folkloriquement valdôtaine : charpente en bois, toits et murets en lauze… et géraniums.
Nous réveillons ensuite les cuisses par une courte raideur d’entrée jusqu’à un petit bonhomme vêtu de jaune indiquant jovialement les itinéraires : à droite pour le refuge et le mont Fallère. Nous traversons alors une immense prairie, habitée par les troupeaux de vaches traditionnelles de la vallée d’Aoste. Le replat est une terrasse sur les « quatre vallées du Grand-Paradis », couronnées du Grivola, de la Punta di Ran, de la Becca du Merlo et de la Testa du Rutor (voir le panorama en vidéo). Un peu en-dessous du chalet de berger, c’est cette fois un lapin qui nous met sur le chemin, à droite encore. Nous suivons un sentier balcon au-dessus de la plaine d’alpage, bordé d’épilobes en floraison, de grandes gentianes jaunes et d’une biche… Quelques fenêtres sur les montagnes qui augurent la vue au sommet du mont Fallère, objectif de cette première journée de trek dans la vallée d’Aoste.
l’alpage de Vétan-Dessus et la Grivola © L’Oeil d’Édouard / Instagram
Puis, nous remontons droit dans la forêt une ligne de relief. À partir d’ici, ouvrez l’œil car vous n’êtes plus seul(s), de nombreuses sculptures en bois (ou en béton) ont été placées ça et là dans les arbres… Mais qui a fait ça !?! À la sortie du bois, au sol parmi les genévriers, quelques edelweiss et un renard (dont il ne faut pas suivre la trace). Puis, vers 2200 mètres, à la jonction d’une route carrossable venant de l’ouest, on retrouve le panorama, élargi sur les vallées du massif du Grand-Paradis : Valgrisenche, val de Rhêmes, Valsadarenche et val de Cogne. D’ailleurs, assis sur un des sièges en bois, un contemplatif taillé ne s’y trompe pas. On pourrait rester là, à converser avec lui toute l’après-midi en regardant les montagnes….
panorama sur la vallée d’Aoste et les quatre du Grand-Paradis
Remettant nos semelles en route, on poursuit sur la piste où, au détour d’un virage, le sommet du mont Fallère apparait et où les sculptures se multiplient, se complexifient en saynètes humoristiques ou poétiques : divers animaux de montagne en situation (chamois, bouquetins, hibou, gypaète barbu…), une attaque de cerf rappelant L’Hallali du cerf de Courbet, un hommage à Jean-Baptiste Cerlogne, père de la poésie francoprovençale en vallée d’Aoste, un duo d’enfants jouant d’instruments de musique, un petit garçon pêchant dans la rivière avec son chien sur un air d’Yves Duteil (ne cliquez pas sur ce lien, vous l’aurez toute la journée dans la tête !), une fillette nourrissant des marmottes, un berger avec ses brebis, un couple en plein ébat… Pour voir plus de photos des sculptures, je vous invite à lire mon article sur le refuge et le mont Fallère.
Le refuge du Mont Fallère
Environ 2h30 après le départ de Vétan-Dessus, on arrive sur un vaste plateau d’alpage où trône le rifugio Mont Fallère. Situé à 2385 m d’altitude, il jouit d’un panorama imprenable sur les montagnes de la vallée d’Aoste. Fruit de nombreuses extensions, le chalet d’alpage est dorénavant un très confortable gîte et un restaurant traditionnel tout à fait gourmand ! Nous y avons fait étape avec une onctueuse polenta, un plateau de charcuterie et de fromages (dont la gouteuse Fontina, spécialité de la vallée d’Aoste). En dessert, une exquise crème de Cogne locale ! Dur de repartir après !
En attendant, nous visitons le Musée Siro Viérin, du nom du gardien du refuge du Mont Fallère car c’est lui-même l’artiste. Enfant de l’alpage, il a dès son plus jeune âge cultivé le goût de la manufacture et la sculpture a été pour lui une évidence. Alors, au fil des années, il a sculpté des motifs de sa vie quotidienne, encore et encore, et les a mis en scène in situ dans un florilège d’innombrables sculptures.
Nous reprenons le chemin à plat derrière l’ensemble bâti, passant devant un énorme taureau (qu’on n’aurait pas envie de croiser en vrai !) et un pape, jusqu’à une bergerie (et son lieu bien nommé Les Crottes), où nous tirons une petite montée à droite. Pour soulager la petite ascension post-polenta, une vue carte postale sur le refuge du Mont Fallère avec, encore et toujours, la superbe Grivola en arrière-plan.
À partir d’ici, nous ne croiserons plus personne !
Visant le nord-nord-est, on atteint un replat ondulant dans un vallon rejoignant un ru jusqu’à un double panneau : devant, le col Fenêtre, et, à droite, le mont Fallère et le lago Morte. Et là, on se retrouve justement face à la verticalité qu’il va falloir franchir : une grosse centaine de mètres de dénivelé positif bien sec ! Ainsi, en gardant bien un rythme régulier, la montée a été rendue relativement digeste. Tant mieux parce qu’il va falloir en garder sous le coude genou pour la suite ! Un bon quart d’heure d’effort plus haut, nous atteignons une épaule où se révèle le sommet, rocheux et escarpé. Un peu plus loin sur la droite, lové discrètement dans un creux herbeux, le lac Mort, émeraude sous ce ciel devenu de plus en plus terne.
Le mont Fallère
La suite pour rejoindre le sommet du mont Fallère consiste à suivre la ligne de crête méridionale, me rappelant à certains égards l’ascension du Petit Signal du Mont-Cenis. Là encore, lentement mais sûrement, d’autant qu’il y aura la descente du retour. Le sentier encore terreux mène jusqu’à un belvédère dominant le lac Mort et offre une vue panoramique sur la vallée d’Aoste et ses montagnes en dentelle. Puis, le rocher oxydé tuile, carmin, pourpre, va, au fil des pas, se substituer progressivement à l’herbe verte et aux fleurs jaunes. Ambiance toujours, le vent aussi se met à souffler et une veste coupe-vent est alors tout indiquée pour ne pas prendre froid sur la suée.
le lac Mort © L’Oeil d’Édouard / Instagram
Si cette partie finale de la randonnée au mont Fallère n’est pas très difficile en soi, elle compte néanmoins un petit endroit pouvant être délicat avec une chaine et des échelons en métal. Si vous ne vous sentez pas suffisamment à l’aise, vous pouvez prévoir votre randonnée dans la vallée d’Aoste avec un guide local (je vous conseille vivement Mien Barrel de chez Sirdar Montagne, qui nous a accompagnés : hyper sympa, calme, flexible et très instructif sur son territoire qu’il connait par cœur !). L’itinéraire continue alors naturellement en suivant la trace des prédécesseurs serpentant entre les blocs rocheux dans une ambiance très alpine caractéristique d’un sommet à plus de 3000 mètres.
4 à 5 heures après le départ de Vétan-Dessus et environ 1400 m plus haut, on atteint le sommet du mont Fallère, 3061 mètres d’altitude. Configuré comme une arête assez large, on peut y tenir à plusieurs (cela dit, nous n’avons croisé personne ce jour-là, pourtant début juillet). Il est orné d’une grande Madonna col Bambino en bois, sculptée par… Siro Viérin, et d’une vitrine avec une figurine de la Vierge. Autre personnage céleste saluant notre effort, un jeune aigle royal est passé juste devant nous ! Parti avec un sac à dos 50L ultra léger, j’avais fait l’impasse sur mon téléobjectif 200-600 mm… Snif !
le sommet du mont Fallère © L’Oeil d’Édouard / Instagram
Mais revenons sur terre avec, malgré un ciel métallique, cette impressionnante vue à 360° sur les Alpes ! Au nord, un large panorama part du Monte Rosso de Vertosan (2940 m) avec, en arrière-plan, la pointe de Léchaud et le mont Berrio Blanc, puis il se déploie sur toute la chaîne du massif du Mont-Blanc. Au premier plan en-dessous de nous, la haute vallée du Grand-Saint-Bernard avec le Grand Goliat et le vallon conduisant au célèbre col du Grand Saint-Bernard. Sur la droite, le panorama expose les Alpes Pennines avec le mont Vélan, le Grand Combin (4314 m), la Ruinette, la Valpelline menant le regard jusqu’à la dent d’Hérens et le mont Cervin (4478 m) puis, tout à l’est, le Breithorn et le massif du Mont-Rose dont la pointe Dufour culmine à 4634 mètres d’altitude, neuvième plus haut sommet d’Europe.
le mont Cervin
le mont Rose © L’Oeil d’Édouard / Instagram
Versant sud du mont Fallère, on retrouve les mêmes sommets que l’on voyait plus bas mais avec cette fois une vue imprenable (voir la vidéo). De gauche à droite, le mont Nery, le mont Avic, le Grand Roise, le mont Emilius (3559 m), la punta Garin, le massiccio del Gran Paradiso avec la tour du Grand Saint-Pierre, la toujours séduisante Grivola (3969 m) et, jaillissant juste derrière son épaule, le sommet du Grand Paradis (4061 m), le Ciarforon, les trois sommets de la Levanna (3619 m), la Punta di Bioula puis, en fond, les Alpes Grées avec la Grande Rousse Nord, l’aiguille de la Grande Sassière (3747 m) et la Testa del Rutor (3486 m). Et tout cela, avec les quatre vallées du Grand-Paradis à leur pied. Par temps clair, on peut même apercevoir la Grande Casse et le mont Pourri ! D’ailleurs, petit conseil entre amis, pour identifier précisément le nom de chaque sommet alentour, si vous n’avez pas Mien comme accompagnateur, je vous recommande l’application Peakfinder.
la vallée d’Aoste et le massif du Grand-Paradis
Nous redescendons par le même chemin de crête (les bâtons de trek en carbone sont alors de précieux alliés, et légers) jusqu’à rejoindre le bord du ruisseau quelques 550 mètres plus bas pour dormir dans le vallon (attention, la règlementation pour les bivouacs dans la vallée d’Aoste étant d’être à plus de 2500 m d’altitude et à plus d’1 heure d’un refuge et d’une route). Après avoir bien choisi son spot pour être au sec et à plat, nous montons la tente tarp Simond Sprint UL en Dyneema en 5-10 minutes. Pendant que nous finissons nos repas lyophilisés, les lenticulaires, telles des flammes, se dorent en dansant en volutes au-dessus de la Grivola tandis que le ciel rosit. Sublime.
Nous allons faire de beaux rêves cette nuit…
la Grivola, au crépuscule © L’Oeil d’Édouard / Instagram
J2 : Sous le mont Fallère ➜ Mont Vertosan ➜ Lacs de Dzioule
dénivelé : +1100 m / -1100 m cumulés
distance : 10,5 km
durée : 7 h hors pauses
Le col Fenêtre
Premier réveil dans la vallée d’Aoste. Contrairement à la randonnée à la journée où nous ne faisons que passer, bivouaquer permet d’« être ici », de s’ancrer dans le lieu sur un temps plus long. Ma lenteur à être (r)éveillé ne favorise pas non plus l’hyperactivité touristique. Après 2 cafés et un gouteux muesli, nous repartons sur le chemin en direction du col Fenêtre pour commencer la plus grosse journée de ce trek de 3 jours dans la vallée d’Aoste. Heureusement, le sac à dos Simond 50L MT900 UL est très léger et confortable. La montée est douce et bucolique jusqu’à un replat avec une mare, vers 2600 mètres. L’échauffement passé, on va grimper davantage rejoindre la crête.
100 mètres plus haut, nous atteignons le col Fenêtre (2728 m) où, là encore, Siro Viérin a agrémenté le lieu d’une de ses sculptures folkloriques : un lièvre et un chamois faisant leur vie. Côté sud, le vallon avec, à gauche, le mont Fallère, arpenté la veille, et, au fond, le massif du Grand-Paradis, bleu du matin cette fois. Versant nord (voir en vidéo), la combe de Flassin avec, en arrière-plan, le massif du Mont-Blanc (le sommet éponyme tout à gauche) et les Alpes Pénnines avec le Grand Combin.
la combe de Flassin, depuis le col Fenêtre
Le Mont Vertosan
En suivant la crête à l’ouest, nous partons ensuite sur une trace assez évidente entre les rochers (fléchée jaune) jusqu’à atteindre un pas vers 2800 mètres (panorama en vidéo). Le Monte di Vertosan étant juste au-dessus, il serait bien regrettable de ne pas pousser quelques foulées pour aller voir ce que donne la vue (j’veux dire, on ne vient quand même pas dans la vallée d’Aoste pour passer à côté de chaque splendide paysage). Et, effectivement, du haut de ses 2821 mètres d’altitude, le panorama à 360° est ravissant (même si, il faut être honnête, moins spectaculaire que celui au sommet du mont Fallère ; mais qui oserait malgré tout se plaindre de la vue ?).
panorama sur la vallée d’Aoste au sommet du mont Vertosan
Puis, retour sur nos pas pour franchir l’échancrure dans le muret en pierres, délimitant les alpages d’un versant à l’autre. Descente un peu raide en lacets agréables et avec une vue magnifique sur le Mont Blanc (mais attention à regarder quand même ses pieds pour ne pas rouler sur un caillou). Au col de Vertosan (2690 m), nous prenons à gauche pour suivre la ligne de l’épaule avant de plonger dans la combe de Méanaz. Vert de la prairie, bleu de ciel, rouge du biennommé Monte Rosso di Vertosan, quelques touches de gris de pierres et de blanc de plaques de neige, tel est le tableau valdôtain.
50 litres sur le dos… mais ultra légers !
la combe de Méanaz
Après être passés sous la barre les 2500 mètres d’altitude, les fleurs de montagne se font plus présentes : gentianes bleues, benoîtes pulsatilles en floraison… Et toujours seuls au monde depuis notre départ du refuge du Mont Fallère. D’ailleurs, alors que nous n’avons pu voir qu’un aigle depuis hier, je m’étonne de ne pas avoir vu davantage d’animaux sauvages tant il n’y a pas d’êtres humains sur le chemin. Et (les coïncidences font parfois si surprenantes), juste après, nous découvrons deux chamois (une chèvre et son cabri) courant et bondissant dans tous les sens sur les rochers et un névé. On aurait dit qu’il s’agit d’une démonstration pour lui apprendre.
ça gambade en famille ! © L’Oeil d’Édouard / Instagram
Un charmant petit ruisseau et nous atteignons la Méanaz, ancienne bergerie en pierre semi-enterrée (à l’instar de celles en Islande). Ensuite, les lacets au milieu des arbustes passent aux abords d’une cascade avant de rejoindre une piste carrossable dans le sillon du vallon de Vertosan, terminant une descente de 860 mètres de dénivelé. Pique-nique avec le panier-repas du refuge Mont Fallère (prosciutto et fontina) en faisant une pause au bord du torrent, à l’ombre. La chaleur caniculaire de début juillet pourtant, même à 1960 m, se fait pesante. T-shirt manches longues et chapeau de randonnée de rigueur (permettant d’éviter de se tartiner de crème solaire alors qu’on ne pourra pas se laver).
Une petite sieste digestive (enfin, pour ceux qui savent le faire…) et nous reprenons la marche. Direction les lacs de Dzioule, où nous avons prévu de passer la deuxième nuit. Poursuite de la piste carrossable, en plein cagnard mais dans la bonne humeur collective. Heureusement, pour s’hydrater sans avoir à se surcharger, nous avons des gourdes filtrantes en plastique souple Simond que nous remplissons dès que nous passons près d’un des nombreux débits d’eau naturels (source, ruisseau…), hyper pratique !
la Méanaz
le fond du vallon de Vertosan
Les lacs de Dzioule
Au point 2063 m, nous la quittons pour un sentier dans l’herbe pour nous enfoncer nord-ouest dans le vallon. Doux au départ, puis oscillant, il deviendra de plus en plus raide jusqu’à atteindre le moderne et confortable bivacco Claudio Brédy (2528 m). Avec sa grande baie vitrée et son volume intérieur (voir des photos), on est bien loin des vieux abris en tôle italiens (ex : bivacco Zeni) ! Et quelle vue pour s’endormir ! Petit conseil si vous voulez y dormir, prévoyez d’arriver assez tôt : alors que nous n’avons croisé personne en plus de 24 h, il était déjà occupé par un groupe de jeunes dès le début d’après-midi, puis complété par d’autres, plus tard, et, enfin, les derniers n’ont pu avoir de couchages.
le bivacco Claudio Brédy © L’Oeil d’Édouard / Instagram
En poursuivant à l’ouest, nous arrivons au bord du lago di Dzioule (2524 m), le lac inférieur, étendue bleu ciel dans un léger creux dans la prairie avec, derrière, quelques roches moutonnées d’un ancien glacier dans les pentes de la Tête des Fra pointant en arrière-plan. Mais c’est en me baladant en face, faisant plonger les grenouilles en marchant au bord, que je l’ai trouvé le plus charmant. Passé le ruisseau où il s’écoule, une magnifique carte postale alpine avec une léchère ornée d’innombrables linaigrettes et de quelques lauzes. Rive nord, le plan d’eau sert sur un plateau les montagnes de la vallée d’Aoste émergeantes. Pour rappel, non, on ne se baigne pas dans un lac d’altitude (pensez à la grenouille…).
le lac de Dzioule inférieur © L’Oeil d’Édouard / Instagram
Quelques 5 minutes de marche plus haut, le lago di Dzioule superiore (2141 m), plus confidentiel, émeraude, au pied d’un relief. S’il ne paie pas de mine de prime abord, la montée sur le surplomb rocheux lui confère davantage de caractère. Le promontoire est un ravissant belvédère le dominant et offrant un panorama sur le plateau des deux lacs de Dzioule. À l’instar des lac Noir et lac Blanc en Haute-Maurienne, on se rend alors mieux compte qu’ils n’ont pas du tout la même couleur, alors qu’ils sont juste à côté. Cerclant l’ensemble, à gauche, la pointe Valletta (2801 m) puis le mont Flassin (2772 m), le mont Fallère (3061 m), le mont Vertosan (2821 m), le Monte Rosso di Vertosan (2940 m) et, au fond, la Grivola (3969 m), le Grand Paradis (4061 m), la Punta Bianca (3793 m), la Becca di Tos (3304 m) et, à droite, la Tête des Fra (2818 m).
le plateau avec les deux lacs de Dzioule © L’Oeil d’Édouard / Instagram
Mais, là encore, la curiosité d’aller voir là-haut ce qui se passe est plus forte que les mollets un peu lourds. Boire le calice valdôtain jusqu’à la lie. Et puis, il est 17h… Nous décidons ainsi de laisser les sacs au lac inférieur, où nous établirons le deuxième bivouac de notre trek dans la vallée d’Aoste, et de pousser jusqu’à la crête Corleans. De visu, un itinéraire hors-sentier semble se faire assez facilement en serpentant dans les courbes de niveau. Une petite demi-heure plus tard et quelques 250 mètres plus haut, nous découvrons la vue au nord qui fait plonger le regard dans une combe, coulant du col de Serena (2546 m), à gauche, au pied du Créton du Midi (2962 m) et du Grand Créton (3070 m), en face. Au fond le pyramidal mont Dolent (3823 m) se fait remarquer avec son glacier.
Retour au lac inférieur de Dzioule pour monter les tentes. Dès le soleil passé derrière la montagne, la température tombe vite à +2500 mètres et le collant thermique, la polaire, puis la doudoune et la veste hardshell ne sont plus de trop ! Il faudra atteindre que le repas lyophilisé soit bien au fond du ventre et que l’inversion de la brise se soit calmée pour ne plus subir le froid (pourtant tant souhaité en plein milieu de journée). Si le crépuscule sur les montagnes a été séduisant, le ciel n’aura cependant pas été aussi baroque que la veille. Ce n’est pas grave, j’ai pris le parti d’embrasser chaque beauté du Monde qui s’offre à moi.
la Grivola, lumière du soir © L’Oeil d’Édouard / Instagram
J3 : Lacs de Dzioule ➜ Col de Bard ➜ Vallancin
dénivelé : +50 m / -950 m cumulés
distance : 9,5 km
durée : 4 h hors pauses
Le col Dzioule
Dernier jour. En même temps que le sachet de thé, une certaine forme de nostalgie infuse déjà l’esprit dans le silence du matin. Paisible lui aussi avant que la brise ne revienne le chatouiller, le lac de Dzioule est un somptueux miroir bleu. Nous remballons les popotes, plions les tentes qui ont séché aux premiers rayons du soleil, puis partons pour rejoindre Challancin, sur les hauteurs de La Salle, point d’arrivée de notre trek dans la vallée d’Aoste.
le lac de Dzioule, au petit matin © L’Oeil d’Édouard / Instagram
Cap à l’ouest pour rejoindre le col de Bard, prometteur selon les dires. Nous longeons le lac de Dzioule en le contemplant une dernière fois, passons son ruisseau pour ensuite suivre un sentier oscillant sur les reliefs du versant oriental de la tête des Fra. Sur la gauche, dans l’échancrure du col Citrin et dans une perspective atmosphérique à contre-jour, le mont Gelé (3518 m), les dentelles de la pointe Monro (3505 m) et du mont Rion Méridional, la Becca di Luseney et le Breithorn Occidental (4164 m). Puis, nous atteignons le col Dzioule (2520 m), lequel domine la lance de la pointe Fetita (2623 m).
Une courte descente un peu raide mais dessinée en lacets pour rejoindre la vaste prairie d’alpage. Nonobstant l’attention tout de même requise pour ne pas trébucher sur un caillou, le sentier, aisé et bordé d’arnicas, permet de contempler la chaîne allant du Mont Rouge de Vertosan à la pointe Aouillette et retrouvant, en arrière-plan, la Grivola, le Grand Paradis, le Ciarforon, la Punta Bianca, l’Aouillie (non, rien à voir…)… Sur le chemin, nous croisons un berger (unique personne rencontrée de la journée jusqu’ici !) surveillant son troupeau, constitué des trois races de vaches exclusives de la vallée d’Aoste : la Pezzata Rossa (la Pie Rouge), la Pezzata Nera (la Pie Noire) et la Castana (la Châtaigne, mais en fait toute noire).
il Gran Paradiso
le mucche della Valle d’Aosta
Le col de Bard
Alors que, d’après la carte topographique, je m’attendais à une ultime journée de retour banale, avec un itinéraire sur un chemin d’alpage consistant simplement à reconduire dans la vallée, elle a été, en fin de compte, surprenamment autrement belle que les deux précédentes, avec un doux paysage d’alpage changeant de la montagne rocheuse et abrupte.
Rejoignant la crête méridionale de la pointe Fétita, nous arrivons à 2324 m sur le belvédère du col Boromein, dominant la vallée d’Aoste avec La Salle et Morgex en-dessous. Un splendide panorama se révèle sur la partie ouest du massif du Grand-Paradis avec la Becca di Tos, le tour du Tignet, le mont Paramont, les Alpes Grées en arrière-plan avec l’aiguille de la Grande Sassière (3747 m), la tête du Ruitor (3486 m), le mont Berrio Blanc (3252 m)… jusqu’au massif du Mont-Blanc avec l’aiguille des Glaciers, l’aiguille de Tré-la-Tête et le versant italien du toit de l’Europe, plus escarpé.
un dernier panorama sur la vallée d’Aoste © L’Oeil d’Édouard / Instagram
Nous continuons sur l’épaule, face à mon coup de cœur valdôtain de ce trek, la Grivola. Après avoir retrouvé la forêt, nous atteignons le col de Bard (2178 m), croisée de chemins. Courte pause fraîcheur à l’ombre avant d’entamer la descente finale. Le sentier s’engouffre dans les sous-bois, traversant les hameaux des Arpilles et de Ponteilles, avant de rejoindre (ça y est, ça sent vraiment la fin cette fois…) une piste carrossable longeant les champs agricoles avec la vue sur, en majesté, le Mont Blanc. Enfin, nous retrouvons le bitume qui nous conduit au folklorique village de Challancin avec ses murs en pierre et ses toits en lauze (cf : Bonneval-sur-Arc et Saint-Véran).
arrivée à Challancin © L’Oeil d’Édouard / Instagram
Au final, ce trek de 3 jours dans la vallée d’Aoste a été une merveilleuse découverte. Arpentant ces reliefs jusqu’à plus de 3000 mètres, j’ai traversé des paysages splendides et variés, avec de nombreux lacs d’altitude et avec un panorama permanent sur le massif du Grand-Paradis et celui du Mont-Blanc (versant italien, ça change). En prime, mis à part au refuge du Mont Fallère, nous étions quasiment seuls au monde durant tout l’itinéraire alors que, cela fait réfléchir, nous ne sommes qu’à quelques kilomètres du méga-surfréquenté tour du Mont-Blanc (je ne peux m’empêcher de repenser aux files d’attente dans les échelles menant aux lacs de Chéserys).
Pour finir en beauté ces 3 jours de trek dans la vallée d’Aoste, nous avons déjeuné dans un excellent restaurant à Baita La Jolie Bergère (avis TripAdvisor), situé au bord de la route dans le hameau de Planaval. Au sein de cette grande bâtisse de montagne, une décoration alpine traditionnelle mais aussi un peu décalée, un menu absolument délicieux avec de succulents antipasti (verrine de mousse de seras d’alpage avec gazpacho de tomates fraîches, tartare de faux-filet au pesto et à la câpre…) et un délicieux ragoût de chamois avec des pappardelles fraîches aux œufs et cœurs d’artichaut. Squisito !! Enfin, dessert et traditionnel limoncello d’arrivederci pour finir les conversations. À savoir que l’établissement est également un hôtel de charme.
Retour à Chamonix par le tunnel du Mont-Blanc, le ventre plein et la tête aussi, chacun dans ses souvenirs (certains dans une petite sieste digestive…) avec déjà l’envie de revenir dans la vallée d’Aoste.
D’autres randonnées à faire dans la vallée d’Aoste :
■ Mont Emilius (3559 m)
■ Lacs de Laures (2792 m)
■ Punta della Croce et lac d’Arpy (2461 m)
Livres et topos de randonnée :
■ Carnet Montagne pour la randonnée
■ Carte Conca di Aosta 04
■ Guides Vallée d’Aoste
Infos pratiques : se rendre à Vétan-Dessus
Depuis Chamonix (compter environ 1h30), prendre le tunnel du Mont-Blanc (conseil : dormir sur place et partir tôt pour éviter les bouchons) ou depuis Bourg-Saint-Maurice, par le col du Petit Saint-Bernard jusqu’à Pré Saint-Didier. Une fois dans la vallée d’Aoste, deux itinéraires similaires :
1) par la nationale, en prenant la direction d’Aosta pour traverser Morgex via la route SS26 et, à Avise, monter les lacets de la SR26 par Saint-Nicolas puis prendre à gauche pour Vétan-Dessus.
2) par l’autoroute A5, en sortant à Saint-Pierre pour monter les lacets de la route SR22 jusqu’à Vétan-Dessus.
Dans les deux cas, se garer sur le parking près de l’Hotel Notre Maison.
À savoir que la vallée d’Aoste est très bien desservie par les transports publics (trains, autocars et bus) mais aussi par les taxis et VTC. Très pratique donc pour venir en transport en commun ou/et randonner avec la liberté de ne pas avoir à retourner au point de départ.
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