BIEN SE COMPORTER EN MONTAGNE : usages et savoir-vivre

Epouvantails Saint-Grat - Massif du Mercantour Alpes-Maritimes Provence-Alpes-Côte d'Azur / Paysage Montagne Randonnée Trek Outdoor Landscape Mountain Hike Hike Trekking

Au fil de mes sorties en montagne, j’ai vu des comportements qui me chauffaient les oreilles. Certes, ceux-ci restent minoritaires mais je me suis dit que je pouvais m’autoriser à dresser une liste non-exhaustive de savoir-vivre en montagne. Oui (je prends les devants), ça fait quelque peu éducato-moralisateur mais après tout pourquoi pas ? Ça fait du bien de temps en temps. L’objectif, autant que faire se peut, étant surtout, sait-on jamais, d’apprendre à respecter et à savoir partager un environnement commun, où les joies des uns ne bouderont pas le plaisir des autres.

SUR LE SENTIER

Du respect de l’environnement

Nous ne sommes que de passage“, voilà ce que doit être notre maitre-mot. En ayant la volonté de limiter notre impact, on favorise la perpétuation de l’environnement que nous aimons tant. Basique, rester sur le sentier sans couper les épingles. Les randonnées les plus courues sont parfois ravagées par les traces sauvages que tout le monde finit par suivre. De plus, cela canalise le ruissellement des eaux (pluie, fonte de la neige….) et renforce le ravinement du terrain manière exponentielle. Pour lutter contre cet effet, les Parcs Naturels et autres associations balisent l’itinéraire pour permettre à la végétation de repousser. Merci de le respecter, on n’est pas à 5 minutes près.

Mont Veyrier

Dent de Crolles

Lac du Crozet

Parmi les beautés alpines, on trouve la flore de montagne. Au fil de la fonte de la neige, les couleurs jonchent les reliefs du printemps jusqu’à la fin de l’été. L’Homme ayant toujours cette fâcheuse tendance à vouloir posséder ce qu’il aime, la tentation de cueillir des fleurs revient inéluctablement. Je ne veux pas passer pour un ayatollah (quoique…) mais il me semble tout de même important de rappeler que la fleur d’une plante participe de sa reproduction et, plus largement, tout un écosystème alimentaire. Le couper revient donc à priver la plante de ses attributs et priver de nourriture une multitude d’insectes. Alors oui, parfois, il y en a des prairies entières et l’impact de la “poignée de main tolérée” est donc “restreint”… (vérifiez les réglementations locales, ex : Parc National de la Vanoise). Mais, comme la plupart du temps, le problème n’est pas l’individu unique mais la multitude de personnes répétant la même action a priori anodine : imaginez le nombre de randonneurs passant au même endroit sur plusieurs mois… Pour conclure, si vous aimez tant les fleurs de montagne, admirez-les, prenez-les en photo et… laissez-les vivre leur cycle de vie !

Tout le monde sait déjà qu’on ne laisse pas ses déchets (même en refuge, on les redescend). Néanmoins, je vois toujours des papiers de bonbons sur le sentier et des mégots au sommet qui me fendent le cœur autant qu’ils me le font monter dans les tours. Et puis revient toujours le débat du “C’est biodégradable donc je peux“. Certes… mais la vraie question est “biodégradable oui, mais en combien de temps !?!“. Une boite de conserve par exemple, c’est 10 à 100 ans, un chewing-gum, 5 ans, du papier toilette, 2 à 4 mois… (cf : liste d’exemples). D’ailleurs, il est bon de casser des idées reçues que j’avais moi-même jusqu’à très récemment : jeter sa peau de banane ou son trognon de pomme dans la nature n’est finalement pas une bonne idée. Pourquoi ? Lire l’article de Science et Avenir. Au final, la règle est : redescendez tout ce que vous avez monté.

Les animaux en montagne

En montagne, nous nous baladons sur des lieux de vie, des espaces où se nourrissent, se reposent, se reproduisent, se déplacent, nichent etc… toute une foultitude d’animaux sauvages tentant de survivre. Évidemment, comme tout un chacun, il m’est moi aussi arrivé de vouloir m’en approcher au plus près pour les observer mais j’ai appris à ne plus le faire et pourquoi. Le stress occasionné par notre simple présence a un impact sur leur mode de vie et peut engendrer des conséquences néfastes par la suite (lire l’article de Science et Avenir sur le cas précis des marmottes). À savoir que celles-ci sont d’autant plus graves en hiver, quand les conditions de survie sont beaucoup plus hostiles et le moindre effort est énergivore (cf : les explications et recommandations du Parc National des Écrins et du Parc des Bauges). Plus d’informations sur le site de Be part of the Mountain, organisation qui sensibilise à la prise de conscience de notre influence lors des pratiques en montagne (ski hors-piste, raquettes…).

Icônes de la randonnée familiale, les marmottes sont “trop mignonnes” ! Tellement qu’on voudrait les approcher, les caresser, les nourrir, les ramener dans son T2 sans balcon… Incorrigible être humain… La marmotte est un animal sauvage et… doit le rester ! Et si, dans certains massifs, on peut marcher relativement près d’elles (je me souviens d’une randonnée dans mon enfance où elles venaient carrément à table près les randonneurs, réclamant de la nourriture, parce qu’elles avaient été habituées à cela…), elles ne se laissent généralement pas approcher le reste du temps. Le cri d’alerte arrive toujours avant que l’on ait repéré la vigie.

La marmotte a un régime alimentaire exclusivement herbivore et non-adapté aux chips, biscuits, chocolat… Ces mauvaises graisses ne sont pas bonnes pour sa période d’hibernation et ne lui permettent pas de survivre à l’hiver. De plus, cela engendre d’autres pathologies comme l’obésité, la diabète, des rhumatismes, des problèmes respiratoires, de pelades, d’eczéma… Lire l’article de Ça m’intéresse. En résumé, faîtes-vous discret et laissez les animaux tranquilles. Si vous souhaitez les observer, des jumelles ou un téléobjectif sont adaptés.

Au tour de la fameuse “terreur tant redoutée des alpages”, le patou. C’est un peu comme le loup, sa réputation le précède et on entend ça et là moult histoires effroyables à son sujet ! Le patou est cette race de chien qui est utilisée pour protéger les troupeaux de chèvres et brebis contre, justement, le loup ou l’ours. La difficulté étant de trouver l’équilibre pour faire coexister le randonneur, le berger qui exerce son métier et le prédateur qui y vit et régule un écosystème… Le “chien de protection des troupeaux” a donc été dressé depuis sa naissance (il croit qu’il est un mouton) pour attaquer s’il sent une menace. Ne surtout pas chercher à le caresser, il n’a pas appris ce que c’est et prendrait cela pour un geste d’agression. Alors, oui, il y a des accidents (notamment si vous-même, vous amenez votre chien en montagne), mais la plupart du temps, il se contente d’aboyer et parfois de se rapprocher.

 

De la courtoisie entre montagnards

La montagne est un milieu hostile à l’Homme. Ainsi, pour faire face aux difficultés, celui-ci a depuis toujours développé un esprit de solidarité, d’entraide : l’autre n’est pas une menace mais un allié avec qui se serrer les coudes en cas de problème. Et je le serai aussi pour lui. Ainsi, la première des choses lorsqu’on se croise est de dire bonjour. Cela parait assez incroyable de devoir le rappeler mais c’est pourtant une nécessité (et je ne parle même pas des citadins qui se sont mis au trail la semaine dernière et qui se comportent en haut comme on le fait en bas dans le métro parisien…). Un “la vue est dégagée au sommet ?” ou un “il y a encore de la neige dans le couloir ? ça passe bien ?” permettent d’engager une courte conversation revigorante, conclue d’un “bonne randonnée !“. Evidemment, on ne va pas le faire à chaque rencontre mais voilà la civilité montagnarde.

Autre coutume, quand on se croise sur un sentier, c’est comme le code de la route, la bienséance est de laisser la priorité à celui qui monte. En effet, c’est lui dont le rythme ne doit pas être cassé. De plus, celui en aval, lui, a “tout” son temps puisqu’il est déjà sur le retour. Chers traileurs du dimanche, malgré vos auto-attrités galons de “vrais sportifs super trop forts très très champions”, cela vaut également pour vous… La politesse n’en a que faire de votre montre connectée.

Bonjour Monsieur Courbet (1854)
Gustave COURBET

Généralement, quand on part en montagne, c’est pour vivre autre chose que l’agitation urbaine, se ressourcer au calme… Il est alors assez insupportable d’entendre certains groupes brailler comme s’ils étaient à la buvette du stade. Un peu de retenue donc, merci de ne pas imposer sa conversation aux autres (ou sa musique !), venus contempler en silence la splendeur du paysage. De plus, avec ces grandes gueules, on n’est vraiment pas prêt de pouvoir apercevoir un chamois à la ronde ! Merci également de ne pas squatter l’exact pied de la croix sommitale pendant des dizaines de minutes (c’est quand-même très rare les sommets qui font 1 m2 !). Nous aussi avons envie de s’en approcher et, remarque tout à fait personnelle, on est plusieurs à vouloir la prendre en photo (sans pique-niqueurs avec le sandwich à la bouche).

DORMIR EN MONTAGNE

Nuit en refuge : mode d’emploi

Même si les refuges se sont remarquablement modernisés par un apport aux abris originels, on n’est pas à l’hôtel ! N’arrivez donc pas avec les exigences d’un VIP au Ritz, on est “que” en montagne. Dans la très très grande majorité, les gardiens sont des gens passionnés par leur métier et leur milieu (il arrive fréquemment qu’ils soient aussi guides en parallèle). Ainsi, ils sont attachés à faire que votre séjour soit une belle expérience, qu’il s’agisse d’une balade familiale comme d’une course d’alpinisme.

La journée d’un gardien de refuge est bien chargée ! Depuis le réveil à 2 heures du matin pour les premiers petits déjeuners des alpinistes jusqu’au dîner, ils lavent, rangent, préparent le repas du midi puis celui du soir, servent les boissons et tartes aux myrtilles, répondent aux appels, conseillent sur les itinéraires, renseignent sur la météo, descendent pour remonter des provisions, font leur comptabilité… Ainsi, pour ne pas alourdir les tâches, il est bien venu de réserver à l’avance sa nuitée et arriver à l’heure (au moins 1h avant pour qu’ils puissent vous accueillir avant d’être en plein rush).

Refuge du Glacier Blanc © L’Oeil d’Édouard

Pour le repas, il n’y a qu’un seul service, généralement à 19h. Un plat commun est amené et on partage et sert tout le monde à la tablée (même ceux qu’on ne connait pas !). Pour soulager la corvée, on débarrasse en bout de table puis on passe un coup d’éponge à la fin du repas. La nuit se passe dans des dortoirs de 6 à… plus de 20 couchettes ! Autant dire que le colocation peut être bruyante… Certains se couchent avant qu’il fasse nuit, d’autres après plusieurs parties de cartes arrosées de génépi. Certains se lèvent bien avant l’aurore et d’autres en même temps que les marmottes (la veille, le gardien vous aura demandé l’heure souhaitée pour votre petit déjeuner). Dans tous les cas, la discrétion est donc de rigueur ! D’où l’utilité de s’être tout bien installé avant le souper. Une lampe frontale est recommandée car il est hors de question que vous allumiez la lumière en rentrant dans le dortoir. Par ailleurs, qui a déjà passé une nuit blanche en refuge sait qu’il ne lui faudra plus jamais oublier ses boules Quiès !!

Refuge du Col de la Vanoise

Refuge de Valmasque

Refuge de Furfande

Les bivouacs

Peut-être préférez-vous les plaisirs de poser la tente ou dormir à la belle étoile (retrouvez tous mes conseils pour réussir un bivouac). Néanmoins, cette envie de liberté s’accompagne de la responsabilité qui lui incombe. Vérifier donc s’il y a une réglementation en vigueur dans la zone. Généralement, le bivouac est toléré, c’est-à-dire monter sa tente en fin de journée et remballer le matin (sinon, laisser sa tente installée toute la journée s’appelle du camping sauvage est ça, c’est encore plus réglémenté). Mais, dans les Parcs Régionaux et Nationaux, les Réserves Naturelles ou autres labellisations territoriales, il existe des restrictions spécifiques : encadré dans le Mercantour, interdit dans le Parc de la Vanoise mais autorisé autour de refuges, interdit dans certaines zones du Massif des Bauges…). Donc, au préalable, il faut regarder sur le site internet de la structure touristique ou contacter la mairie locale.

bivouac au sommet du Mont Aiguille © L’Oeil d’Édouard

Évidemment, pour la plupart des gens, bivouac est synonyme de feu de camp (et certains, chamallows grillés). C’est vrai que c’est très agréable, visuellement et thermiquement de se retrouver autour et se faire hypnotiser par la danse des flammes. Néanmoins, allumer un feu en pleine nature n’est pas une chose anodine (…) et il existe, là encore, des règlementations spécifiques à chaque zone (ex : interdit dans les Parcs Régionaux et Nationaux). Ce n’est pas tant une question d’amende que de ne pas ruiner pour des années le paysage que vous aimez tant contempler. Je ne vais pas vous apprendre ici à en faire un (il y a plein de vidéos sur YouTube) mais sachez que vous devez impérativement le maitriser : absence de vent, entouré de pierres, eau à portée de main au cas où… Ne pas laisser le feu vivant quand vous allez vous coucher, même des mini-braises : l’éteindre avec de l’eau, faire pipi dessus (les hommes de préférence…), le recouvrir de terre…

© L’Oeil d’Édouard / Instagram 📷

Retrouvez tous nos conseils montagne et topos détaillés dans notre rubrique Trace Les Cimes△△

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