Ma rencontre avec un chauffeur de bus bolivien : surprise et danger

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Alors que je continue mon tour du monde, je pars de la région d’Uyuni, ou j’ai passé trois jours d’excursions, pour Sucre, en bus. Voici une petite anecdote qui en dit long sur les chauffeurs de bus boliviens.

Le trajet Uyuni – Sucre, ou la route méga froidrenheit

Alors que j’étais à Uyuni, après trois jours d’excursion en 4×4 dans le Sud Lipez, je décide de partir direct à Sucre tant Uyuni est moche. A Uyuni, il n’y a pas de terminal de bus. Le terminal c’est une avenue grouillante où s’entassent les bureaux des compagnies de bus.

Bon disons-le tout de suite, perso j’adore cette atmosphère à l’arrache ! On fait son marché de bus comme on fait ses courses, on discute, on essaie de négocier et on fini pas choisir le « produit » qui nous convient le plus. Mais ça c’est dans l’idéal où tu as le temps.

Perso j’avais pas le temps ni l’envie de prendre 2 heures a chercher le bus qui me fera passer un bon trajet. J’aurais du. Je suis donc allé au plus rapide, j’ai vu une pancarte « Potosi – Sucre – La Paz ». Je suis entré, j’ai vu le tarif plus qu’abordable. J’ai acheté. Départ le soir à 19h. A 19h pétantes je suis devant le bus bardé de mes deux sac à dos et complètement crado après 3 jours dans la nature pas propre.

J’avais juste l’impression que tous les sièges étaient la place du mort

Je montre mon ticket et monte dans l’engin. Je dis bien engin et non véhicule. Voici pourquoi. Venu d’un autre temps, ce dinosaure de la route propose à ses passagers une gamme de services et équipements extra ordinaires :

  • Des fauteuils troués par les mites pour une meilleure aération optimale du dos et du fessier,
  • Des accoudoirs en plastique dur défoncés, en options,
  • Un appuie-tête lavé à la Soupline l’année de conception du bus (environ 1830 selon mes estimations scientifiques),
  • Des fenêtres « BHD » (Buée Haute Définition), 1480p,
  • Des rideaux « ajourés » typiques venus tout droits d’une casa andine du Sichuan, Chine,
  • Un système d’aération manuellement automatique avec vitres coulissantes non refermables,
  • Système audio Dolby trop pas digital, 100% grésillements surround,
  • Insonorisation extérieure HQE – Haute Qualité Economique tellement y’en a pas,
  • Système de massages par vibrations infra basses dans tout l’habitacle,
  • Un moteur 900 chevaux bourrés au rhum,
  • Amortisseurs tellement hydrauliques qu’ils se sont noyés,
  • Direction assistée des muscles du chauffeur,
  • Jeu de 8 pneus Michelin modèle Bibendum (avec les bourrelets !), comme ici,
  • Equipe de bord composée d’un pilote chevronné de 22 ans et d’un co-pilote tout aussi chevronné de 20 ans – 35 ans de carrière à eux deux.

Vous pensez bien ma joie lors de mon approche de l’engin et de ma montée dans le cockpit… J’avais juste l’impression que tous les sièges étaient la place du mort, ça rassure pour un voyage de 12 heures !

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C’était pas loin de ça !

Mais bon, je suis en mode backpacker, je ne vais pas non plus chipoter quoi ! Je m’installe à ma place. Le bus démarre en direction de Sucre.

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J’étais pas loin de ça !

Et là la claque ! La claque de givre ! L’air s’infiltre par tous les trous du bus, mais c’est Katerina ou quoi ?! Je me rend compte qu’il n’y a vraiment aucune isolation, la température chute à mesure que la nuit avance. Je ne me les ai jamais autant caillé de tout le début de mon tour du monde…

Je sors à toute vitesse une polaire, un sweat à capuche, mon bonnet et mes gants et enfile tout ça plus vite qu’une strip-teaseuse endiablée se déshabillant. Je sens que je vais passer une nuit difficile

Arrêt à Potosi ou comment j’en ai appris long sur les chauffeurs de bus boliviens

Au bout de 3 heures dignes d’un passage au-dessus du cercle polaire, le bus stoppe dans un ville toute pourrie (Potosi – vue depuis ma fenêtre embuée), en plein milieu d’un quartier bizarre. Le chauffeur vient nous voir et nous sort d’un naturel déconcertant, alors qu’il est 1 du mat’ et qu’il fait -15°C : « Bon ben on va s’arrêter ici deux ou trois heures. Y’a pas assez de passagers dans le bus, on va attendre qu’un autre bus passe pour faire des échanges. »

J’avais beau avoir le cerveau endolori par le froid et la fatigue, j’ai tout de même lancé un « nan mais sérieux ?! Vous rigolez, on doit être à Sucre à 5h du mat’, pas à 8h ! »

Mon sens de la négociation n’y fera toujours rien. Dieu le chauffeur a décidé. Je décide pour ma part d’aller discuter avec lui sous la pluie s’abattant sur Potosi. Je commence à gueuler en disant que c’est pas ce pour quoi j’ai payé. Il ricane comme un con (il veut sa torgnole ?). Il approche son visage du mien en mode « t’as vu ?! On s’est jamais regardé d’aussi près ! »… Et commence à me poser des questions sur moi.

-T’es gringo ?!
– Nan, je ne suis pas gringo.
– Tu viens des los Estados Unidos
– Nan de Francia
– C’est aux Estados Unidos ?
– C’est pas aux Estads Unidos, c’est en Europe.
– T’es américain ?
– Nan je suis français !
– C’est pas en Amérique ça ?!
– …. Si si c’est en Amérique d’Europe dans le Texas…
– Et tu fais quoi ici ?
– Ben je voyage.
– Ah t’es riche !
– Heu… nan pas vraiment.
– Tu gagnes combien par mois ? 3000 dollars ?
– Hein ?! Ah nan, si je gagnais autant je ne serais pas dans ton bus… D’ailleurs, ça va ? T’as l’air un peu fatigué.
– Ca va j’ai ma coca avec moi ! Ca m’aide à tenir le coup !
– Ah t’en prends beaucoup ?
– Oh ben, mon sachet comme celui-là tu vois ça me fait deux heures.
– Ah oui quand même, pense-je. T’en prends beaucoup !
– Ben ça aide à ne pas faire d’accidents, ricane-t-il !

D’un coup je remarque ses yeux injectés de sang, son air totalement heureux et goguenard. Je regarde son co-pilote et trouve le même résultat. Un de leurs amis les a rejoins, il est pété. Et là je revois la petite ronde qu’ils ont fait dans le bus avant que j’aille leur parler : ils ne tenaient pas en place, le co-pilote remettait les cache d’appuie-tête dans le désordre, essuyait une vitre pour faire propre puis s’asseyait puis remettait son bonnet, allait au fond du bus, revenait, essuyait une autre vitre, etc. Sans organisation aucune, super speed.

Oh putain ils sont complètement défoncés les mecs !

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Hmmmmm !

Pendant ce temps le chauffeur, ne tenant bien sûr pas en place, s’est assis au volant. Il discute avec ses potes et rigole comme un con. Il passe une main dans sa blouse et en sort une topette en métal. Il ouvre le petit bouchon et prend une gorgée. Il me regarde et me la tend : « t’en veux ? »

– C’est quoi ?
– Whisky !
– Hein ??? Tu bois aussi ?????!!!! Mais c’est super dangereux !!!

Il me regarde d’un air étonné et me sort d’un naturel déconcertant : « Ben il fait froid ! »

– Nan mais moi je refuse de repartir si tu bois, impossible ! Je bouge pas avec un bus dont le chauffeur est bourré !
– Mais je suis pas bourré, je ne bois qu’un petit coup toutes les heures.
– Ah parce que tu bois depuis le début du voyage ????
– Ben… oui. Il fait froid depuis le début, me répond-il en regardant ses potes et en se marrant.

Je décide de ne pas relever, je monte dans le bus et m’assoie. Je suis sur le cul. Je les entends téléphoner et commander 6 gros sachets de feuilles de coca au revendeur du coin…

 Sauvetage et réconfort

Heureusement pour moi, au bout d’une heure, un autre bus passera par là. Mes chauffeurs l’interpellent, discutent avec lui et viennent vers moi en me disant que si je ne veux pas aller avec eux, je peux prendre ce bus, il va à Sucre.

J’ai du mettre environ 2 secondes à transférer mon sac d’un bus à l’autre. Adieu les barjots ! Je monte dans le nouveau bus, neuf, chaud, dont le chauffeur ne possède qu’une petite boule de coca dans la joue, pas d’yeux injectés de sang, pas d’odeur de picole. Je me pose sur le premier siège qui vient et m’endors direct.

Conclusion

Je n’oublierai jamais cette « rencontre » avec ce chauffeur de bus bolivien. Depuis, j’ai toujours pris le temps de faire le tour de la plupart des compagnies de bus et j’ai toujours checké sur le net pour savoir s’il elles étaient sérieuses avant d’acheter un billet. Safety first comme dirait mon beau-frère ! Donc un conseil en Bolivie : choisissez bien votre compagnie de bus ! Et regardez les joues du chauffeur, juste au cas où.

Ma rencontre avec un chauffeur de bus bolivien : surprise et danger
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