La POINTE PERCÉE, cime des Aravis

La Pointe Percée et le Mont Blanc, Haute-Savoie © L'Oeil d'Édouard - Tous droits réservés
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La Pointe Percée est le sommet culminant de la Chaîne des Aravis. Cette splendide dent doit son nom au petit trou sur sa partie septentrionale qui en fait sa singularité. Du haut de ses 2750 mètres qui se méritent, on a une vue imprenable et un panorama à 360° sur toutes les Alpes du Nord. Deux itinéraires permettent son ascension en randonnée, par la voie normale (face Ouest) ou par les Cheminées de Sallanches (face Est). Je vous explique les deux en détails ici, y aura plus qu’à choisir !

Sommet : La Pointe Percée (2750 m)
Massif : Aravis (Haute-Savoie)

Carte IGN : La Clusaz 3430 ET

Départ : Col des Annes (1723 m)

Dénivelé : 1100 m (cumulé)
Distance : 9 km aller-retour

de juillet à octobre

Intérêt : ♥♥♥♥
Bouquetin

La Pointe Percée depuis le Col des Annes dans les Aravis / Haute-Savoie, Alpes

Se rendre au Col des Annes :

Depuis Annecy ou Albertville, rentrer dans les Aravis en passant par Thônes puis Saint-Jean-de-Sixt. Dans le centre du Grand Bornand, continuer tout droit en direction du Col des Annes (indiqué sur le panneau) et suivre la route montante en lacets jusqu’aux chalets-restaurants d’alpage. Se garer comme vous pouvez selon l’heure à laquelle vous arrivez…




Le Col de l’Oulettaz

Le départ du Col des Annes se fait direction Est, en remontant la piste. Après 3 virages et 5 minutes de marche, un sentier quitte le chemin en partant à gauche dans une pente un peu raide et sans vraiment de marches sculptées. Une première (et légère) montée en température commence. Arrivé au replat de la remontée mécanique de la Tête des Annes (1869 m), le sentier se dandine de haut en bas et de gauche à droite jusqu’à la Pointe des Delevrets (1966 m). De là, une première vue s’offre alors sur la Pointe Percée… et le chemin qu’il reste à parcourir. Hé oui, on va bien monter en haut de ce gros caillou ! Le sentier suit la ligne de crête avant de redescendre sur le Col de l’Oulettaz (1925 m) à sa vue bilatérale sur les deux vallons.

 

Après un passage plus ou moins plat, le chemin serpente entre les blocs rocheux de lapiaz. Il va parfois falloir poser les mains et lever les genoux. Cela donne un avant-goût de ce qui nous attend par la suite… Si vous êtes par là en août/septembre et que vous êtes gourmand, n’hésitez pas à regarder autour de vous ici, vous êtes entourés de myrtilles !!! À la bifurcation appelée « Mont Pelés (2010 m) », prendre ensuite à gauche pour monter 150 mètres de dénivelé en lacets sur un vrai sentier terreux. Vous remarquerez que la Pointé Percée n’est pas indiquée sur le panneau… Hé oui, que ce soit par la voie normale (et à plus forte raison par les Cheminées de Sallanches), la randonnée à la Pointe Percée n’est pas un itinéraire officiellement balisé du fait de la difficulté du terrain et de son exposition au danger. « Vous engagez votre propre responsabilité » est-il écrit plus haut.

Le Refuge de Gramusset

Au bout d’une heure depuis le départ du Col des Annes, on atteint le Refuge de Gramusset. La vue sur la Pointe Percée, jonchée sur une immense champ de lapiaz, est absolument saisissante. Si le matin la vue à contre-jour a son charme, je vous invite à vous poser au retour sur la terrasse du refuge en sirotant une verre (ou la soupe tomate/lentille maison de Marie et Christophe). Recevant alors les rayons de fin d’après-midi, la face Sud-Ouest s’illumine et les ombres sculptent ses reliefs. Splendide, surtout après avoir été au sommet où une certaine fierté pointe au fond de soi. « J’étais là-haut ! »

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En début de saison, n’hésitez pas à demander aux gardiens du refuge les conditions d’enneigement : du fait de son altitude et son exposition Ouest, il est probable qu’il y ait encore quelques plaques persistantes qui encombreraient le chemin. Ensuite, il faut partir dans les lapiaz. Il y a des petits points rouges mais, si vous les perdez, c’est pas bien grave, gardez la Pointe Percée en guise de cap. Faites juste attention de ne pas tomber, les lapiaz sont redoutables !

Arrivé à une sorte de replat, un cairn plus gros que les autres marque la croisée des chemins. À partir d’ici, vous avez le choix entre les deux tracés pour atteindre le sommet de la Pointe Percée : prendre à gauche pour monter par la voie normale continuer tout droit pour faire l’ascension par les Cheminées de Sallanches. Je vous détaille les deux parcours (les images 3D du tracé sont sur la neige parce que ce sont des données Google Earth mais le topo est bien en mode estival !).
Cliquer sur les bandeaux ci-dessous pour déployer l’itinéraire que vous voulez étudier ↴

MONTÉE PAR LA VOIE NORMALE

Cet itinéraire est le plus classique, le plus direct et surtout le plus accessible. Avant de monter pour la première fois au sommet de la Pointe Percée, j’avoue que j’avais une certaine appréhension. « Comment et où ça passe pour monter là-haut ? » La question se pose encore plus quand on s’en approche et où la verticalité est encore plus imposante. Toutefois, quand on regarde dans le détails (et les files de gens qui montent ou descendent), on observe les passages et autres vires qui permettent l’ascension finalement possible en mode randonnée.

Dénivelé : 1100 m (cumulé depuis le Col des Annes)
Distance : 9 km aller-retour

Durée : montée 2h30 (dont 1h/1h30 refuge → sommet)
descente 2h/2h30

Difficulté : ★★★★

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La montée par la voie normale

Une dizaine de minutes après le refuge, après avoir traversé la dalle de lapiaz et atteint une sorte de replat, tourner légèrement sur la gauche pour rejoindre le pied de la montagne. C’est alors le moment de s’équiper en mettant son casque pour se protéger en bas de pierres du haut (ça marche aussi avec les pommes d’après Newton) : personnes ou bouquetins en amont, gel/dégel en début de saison… Après avoir contourné le pilier Ouest, on arrive dans une combe recouverte de pierres. Remonter quasiment jusqu’au fond à gauche. Ça y est, l’ascension commence pour de vrai avec un pas d’escalade facile qui conduit ensuite sur une série de larges vires remontant en zig et en zag. Le côté massif du gros caillou sur lequel on est est absolument saisissant !

 

Ensuite, plus on s’approche du sommet, plus montagne se raidit et il faut régulièrement mettre les mains pour avancer. L’itinéraire circule sur des passages plus étroits tout en restant confort. Il suffit de suivre le marquage avec les petits points rouges, très bien balisé (régulier et visible) ! Même si c’est dans un degré moindre, il y a un parfum de Mont Aiguille dans ce parcours (et moins vertigineux aussi !). La fin se signale par un mini-cirque évasé où l’on rejoint le gendarme de la sortie des Cheminées de Sallanches. Une dernière traversée sur l’arête et on atteint le sommet de la Pointe Percée.

Bonus : quelques vidéos pour (encore !) mieux se faire une idée :

 

ASCENSION PAR LES CHEMINÉES DE SALLANCHES

Cet itinéraire est une variante pour monter au sommet de la Pointe Percée. Beaucoup plus alpine, elle comporte des passages d’escalade (pas de 3) qui nécessitent un minimum de niveau technique. Toutefois, c’est un parcours absolument splendide et ludique (et ensoleillé) qui vaut vraiment le détour si vous êtes à l’aise dans la crapahute.

Dénivelé : 1100 m (cumulé depuis le Col des Annes)
Distance : 9 km la boucle

Durée : montée 3h (dont 2h refuge → sommet)
descente 2h/2h30

Difficulté : ★★★★★

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Le Col des Verts

Attention à ne pas confondre et suivre le marquage « Chombas ». Une dizaine de minutes après le refuge, après avoir traversé la dalle de lapiaz et atteint une sorte de replat, continuer tout droit en s’enfonçant dans la Combe des Verts et son pierrier. Pour les adeptes de sentier tracé, des cairns signalent un semblant de chemin au départ au milieu des rochers. Cependant, l’idée est bien d’atteindre le Col des Verts, d’une manière ou d’une autre. Deux sentiers se dessinent toutefois sur les côtés du vallon, celui de droite (plus « officiel ») est indiqué par des points… verts (cqfd).

 

Un sentier un peu raide sur la droite permet d’économiser un peu ses pas en vue de ce qui attend par la suite… Il faut même poser quelques mains sur la fin. Sur la gauche, bien au soleil, les grimpeurs se régalent sur les voies d’escalade de la Paroi de Gramusset. À la sortie (2499 m), la vue explose avec un magnifique panorama oriental sur les Vallées de l’Arly et de Sallanches, le Mont Blanc… La Pointe de Chombas (2468 m) juste en face. Déjà rien que pour ça, ça vaut la peine d’être monté en randonnée au Col des Verts !

© L’Oeil d’Édouard

La Pointe Percée par les Cheminées de Sallanches

Mais… l’Homme est insatiable d’ascension et il a toujours cette tendance à vouloir gravir le sommet un peu plus haut. Et puis, « on n’est pas venus là pour trier les lentilles » pour emprunter une expression amicale. On met les casques et direction le sommet de la Pointe Percée par les Cheminées de Sallanches. Une sente part bien au Nord mais suit à l’horizontal jusqu’à même descendre pour rejoindre le Col de Doran (on a failli se faire avoir et on a vu d’autres personnes avant nous tirer droit avant de les retrouver 1h30 après au sommet). Rester donc sur la ligne de crête herbeuse jusqu’à arriver sur un sangle où une plaque marque le départ de la voie des Cheminées de Sallanches.

 

L’ensemble de l’itinéraire est fléché par un marquage rastafari vert, rouge et un peu jaune (il faut parfois chercher). La première cheminée est indiquée de niveau 3 et est la plus « difficile » (avec la dernière). Les prises pour les mains et les pieds sont bonnes (de quoi vous mettre tout de suite dans le bain et savoir si ça va passer… ou pas). Après environ 20 mètres verticaux, une petite traversée part sur la gauche pour un court dernier passage étroit dans cette première partie. Un anneau permet de passer une corde pour que le premier puisse éventuellement assurer les seconds si besoin. Un rocher fait également office de belvédère pour profiter de la vue et souffler un coup.

 

On arrive maintenant à la dernière partie, laquelle se dresse magistralement devant nous. « Mais… par où ça passe là-d’dans ? » Du coup, je vous ai fait un petit tracé explicatif (mais je ne doute pas que vous l’aurez oublié une fois sur place !). On alterne entre passages randonnée et crapahute. Les marquages se font plus discrets et il faudra être attentif. Les cheminées sont légèrement plus faciles que la première (niveau 2/3). Il faut cependant faire attention à ses pas car les prises sont très patinées par endroit et les cailloux sont mobiles. Seule la dernière partie (photo verticale du milieu ci-dessous) présente une certaine délicatesse car un mini-passage étroit sous un rocher oblige un léger surplomb à cause du sac à dos qui touche. Rien de bien méchant, il faut juste assurer ses prises mains et prier pour que ça tienne (non, je déconne !!). La fin de l’itinéraire par les Cheminées de Sallanches se finit quelques mètres plus haut, marqué par un gendarme (ou œille, ou aiguille) avec un anneau, et rejoint la voie normale. Ne reste plus qu’à suivre l’arête sur sa droite.

 

Faut-il s’encorder pour faire la Pointe Percée par les Cheminées de Sallanches ?

Après expériences des deux voies d’ascension, je dirais globalement non (attention, je vous vois venir avec votre procès, c’est juste un avis personnel, subjectif et consultatif !). Dans le détail, je dirais oui si vous n’avez pas le pied alpin, n’avez jamais fait d’escalade, que vous avez le vertige, que vous paniquez quand vous êtes exposé à une situation de stress etc… Si vous ne vous reconnaissez pas dans ces critères, alors ça devrait être bon. En revanche, obligatoire si vous faites ça avec des enfants ! (je vous laisse juge de savoir s’ils ont le niveau technique ou pas)

 

Bonus : quelques vidéos pour (encore !) mieux se faire une idée :

 

 

Le sommet de la Pointe Percée

Après quelques derniers pas d’équilibristes sur la non moins vertigineuse arête sommitale, on atteint la cime de la Pointe Percée. Une imposante croix en mélèze sculptée (avec une petite boite) marque le sommet. Un abri en pierres est également présent pour se protéger du vent. Même si normalement, vous ne devriez pas être seul vu la popularité de la course, il y a suffisamment de place pour tout le monde !

© L’Oeil d’Édouard

 

Du reste, vous serez sûrement captiver par autre chose… La vue au sommet de la Pointe Percée est absolument saisissante : un panorama à 360° sur toute la Savoie !! Évidemment, on dispose d’une vue imprenable sur le massif du Mont Blanc qui se dresse juste devant nous avec Sallanches à ses pieds mais on voit également le Haut-Giffre avec la Tête du Colonney, le Buet, le Pic de Tenneverge, le Beaufortain avec la Pierra Menta qui se détache, la Vanoise avec le Mont Pourri, la Grande Casse et les Glaciers, l’Aiguille de la Grande Sassière en arrière-plan. Au Sud, au-delà des pointes successives des Aravis, la vue perce jusqu’en Belledonne, Bauges et Chartreuse. À l’Ouest, on peut admirer l’immense champ de lapiaz à nos pieds et l’ensemble des Bornes-Aravis avec les sommets de la Chaîne dans une perspective en enfilade, le Jallouvre juste en face, Le Parmelan et La Tournette, plus au Sud et, la Suisse avec le Lac de G’nève Lac de Léman et le Jura derrière.

 

Descente par la voie normale

Que vous soyez montés pour la voie normale ou par les Cheminées de Sallanches, je vous conseille de descendre par la voie normale (enfin… on peut toujours revenir par les Cheminées mais, à mon avis, la pénibilité que nécessite la descente est bien supérieure à l’intérêt qu’elle apporte ; de plus, vous risquez peut-être de croiser des personnes en train de monter et éventuellement de leur envoyer des pierres sur le nez).

La descente par la voie normale de la Pointe Percée jusqu’au Col des Annes se fait en 2h/2h30 selon votre aisance. Comme elle est raide et que vous serez sans doute un peu (plus, du moins) fatigué, elle nécessitera de rester vigilant sur ses appuis (attention aux dalles de lapiaz patinées !). Toutefois, elle n’en est pas moins assez ludique. Il faut l’avouer, dans la plupart des randonnées, le retour est souvent long et pénible. Ici, le parcours escarpé donne une certaine mélodie qui rythme la marche avec ses variations : un peu les mains un peu par ci, un peu les fesses par là (parfois les deux en même temps mais attention aux giffles ! #balancetonporc) etc… Après un dernier passage de désescalade (ceux qui sont passés par la voie normale à la montée sauront de quoi je parle, la descente dans le pierrier se fait façon ski où les pas dérapés dans les cailloux chaloupent en godillant. Dans le virage plus loin, on a trouvé un troupeau de bouquetins se dorant la pilule au soleil. Qu’à cela ne tienne, on fera la même chose sur le terrasse du refuge !

📷 L’Oeil d’Édouard ©

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