3 MUSÉES à voir à MALAGA, la ville de PICASSO

Musées de Malaga : Musée Picasso, Centre Pompidou Malaga, CAC Malaga

Malaga est connue, entre autres, pour être la ville natale de Pablo Picasso mais elle développe une réelle volonté de jouer la carte culturelle avec la troisième offre du pays (après Madrid et Barcelone). Visiter le Musée Picasso s’annonçait donc une sorte d’incontournable à faire pour une découverte de Malaga… mais d’autres lieux d’art ont beaucoup plus attiré a priori mon attention et a posteriori mon intérêt : le Centre Pompidou Malaga, le CAC Malaga et le street art…  Parce qu’il n’y a pas que la plage, voici un petit tour d’horizon des musées de Malaga à voir.

Le MUSÉE PICASSO

 

Le Musée Picasso, « c’est » un peu LE musée à visiter quand on vient à Malaga puisque c’est la ville où naquit le maitre cubiste en l’an 1881 (c’est un peu aller à Bruges et ne pas faire le musée de la frite quoi une fois !  lequel je n’ai pas fait d’ailleurs…). Vous ne pouvez pas ne pas le savoir, tous les commerces à touristes se sont emparés de ce lucratif argument identitaro-culturel) et ne se prive pas de vous le rappeler. Bref, s’il ne devait en rester qu’un, ce serait celui-ci… ou pas !

Le musée se situe dans un palais caractéristique de l’architecture andalouse du XVIe siècle, le Palacio de Buenavista. L’entrée se fait par la Calle Beatas. Il est ouvert tous les jours et le prix du billet d’entrée s’élève à 10€ pour une visite combinée (collection 7€ + exposition temporaire 5,5€). En prenant mon temps, j’en ai visité en 2h30.

Le PALAIS DE BUENAVISTA

Le Palais de Buenavista dans lequel est installé le Musée Picasso est un bâtiment fortifié en pierres avec une tour vu de l’extérieur. Mais une fois dedans, on découvre une jolie cour intérieure typiquement andalouse avec une série de fine colonnes. À l’étage, les coursives intérieures offre une agréable vue d’ensemble sur le bâtiment. Un peu plus au calme de la foule, on peut admirer les plafonds en bois richement décorés.

 

Au sous-sol

À la sortie de l’exposition temporaire (qui se trouve en fait dans un autre bâtiment adjacent), vous pouvez accéder au sous-sol dans lequel ont été retrouvés des vestiges antiques remontant jusqu’au VIIe siècle avant JC). Rien d’exceptionnel à voir mais ça change un peu.

 

La COLLECTION PERMANENTE

Je vous demande de bien vouloir excuser la qualité des images, c’est pas tout à fait de ma faute… En effet, il y a des musées (à but très lucratif) qui préfère interdire la photographie (même sans flash) pour que vous achetiez plein de livres, cartes postales, calendriers, t-shirts, mugs etc… (ex : Musée Guggenheim Bilbao) et le Musée Picasso de Malaga est un de ceux là. La collection permanente provient principalement de dons de Christine Ruiz-Picasso et quelques héritiers et est, approximativement, composée à 99% de portraits. Du coup, à la longue, c’est un tout petit peu lassant… Toutefois, il est toujours intéressant de pouvoir s’approcher en vrai d’un tableau afin de percevoir la gestualité, la rapidité d’exécution (vues dans le film Le Mystère Picasso d’Henri-Heorges Clouzot). Par contre, ne comptez pas y voir de chefs-d’œuvre, ils sont tous dans les grands musées dans le Monde !

 

L’accrochage est resté un énigme pour moi. Je n’ai pas du tout compris la logique muséographique : les œuvres sont placés plus ou moins les unes à côté des autres sans qu’un lien apparaisse évident. D’ailleurs, peu importe à la rigueur puisque de toutes façons, les visiteurs s’en foutent ! Pour le prix du billet d’entrée, vous avez droit à un audioguide (français possible) et celui-ci explique certains tableaux, marqués. La conséquence est que les gens obéissent à la dictature en ne s’arrêtant que devant les tableaux « labellisés », ne les regarde que dans le vague puisque concentrés sur ce que dit le bitonio (infos uniquement descriptives et/ou anecdotiques). Les visiteurs sont se comportent en consommateur obéissant à un conditionnement abrutissant, traversant le musée comme on marche sur les quais de Saint-Tropez à regarder les yachts (heureusement, les glaces, au moins, sont encore interdites…). Metropolis a investi les musées… Mais c’est pas très grave en fin de compte car « ils seront allés au Musée Picasso » …

 

EXPOSITION TEMPORAIRE

 

L’exposition temporaire « Picasso, registres allemands » m’a paru plus intéressante au final puisqu’elle est davantage articulée, mettant en relation les œuvres de Pablo Picasso avec celles d’artistes (principalement allemands) qui lui étaient contemporains (notamment les Expressionnistes Karl Schmidt-Rottluff, August Macke, Otto Dix, Max Beckmann…). À noter également l’exposition d’une série de portrait de jeune fille, d’après Cranach (1958) avec le tableau originel du peintre allemand. Idem pour Albrecht Dürer.

 

La FONDATION PICASSO

Exploitant le filon picassien à fond, la maison de naissance de Pablo Picasso a été transformée en « Fundacion Picasso » que les aficionados peuvent visiter. Le tout se trouve sur la Plaza de la Merced, où une statue du peintre cubiste a été installée sur un banc (à vous de poser avec…).





 

Le CENTRE POMPIDOU Malaga

 

Depuis le printemps 2015, le « Centre Pompidou » a investi le bâtiment du Cubo, sur MuelleUno. Dans le cadre d’une politique de décentralisation (ou quand les musées deviennent des marques et s’exportent comme des firmes cf : Guggenheim, Louvre…), « Beaubourg » a signé un bail d’une durée de 5 ans. Une membre francophone du personnel m’a dit que, pour le moment,  rien n’est encore décidé pour la suite (renouvelé ? migré ? où ? que deviendra le bâtiment ?…). En attendant, je vous recommande vivement de découvrir ce lieu qui est à la mesure de son grand frère parisien.

Le bâtiment EL CUBO

 

Le bâtiment est intégré au nouvel ensemble architectural de MuelleUno, le port de plaisance de Malaga. Le toit fait office de terrasse avec vue sur les stands, les yachts, les palmiers et plus loin, la ville et les pétroliers. Mais le point d’intérêt du bâtiment est la sculpture de Daniel BUREN, Le Cubo (2015), structure transparente qui semble posée sur le sol. Si ses fameuses bandes de 8,7 cm sont toujours là, on retrouve le système de coloration par filtres translucides de Excentrique(s) de la Monumenta 2012. En fin de compte, en s’approchant, on s’aperçoit que le cube est un sorte d’atrium, un puit (égal au cube supérieur) ayant pour fonction de faire pénétrer la lumière au cœur du bâtiment. Jouant de l’ensoleillement andalou, les carrés multicolores de l’œuvre de Buren se dédouble en se projetant autour (sol, murs mais également sur les autres carrés). Sensationnel !

 

À l’intérieur, le béton ciré vous glisse progressivement jusqu’aux espaces d’exposition. À l’instar de bâtiment de Renzo Piano et Richard Rogers, les espaces sont visuellement perméables avec des baies vitrées, sur la grande d’exposition mais surtout sur Le Cubo de Buren. Une maquette du bâtiment de Paris est exposée au début du parcours, histoire de rappeler « où on est » .

La COLLECTION PERMANENTE

 

Environ 90 œuvres modernes et contemporaines (XXe et XXIe siècle) de la collection du Centre Pompidou sont présentés sur 2000m2, en 5 thématiques : métamorphoses (avec des œuvres notamment orientées autour de Picasso dont les collages de ERRÓ – cf : rétrospective au MACLYON – mais aussi le triptyque vidéo de Rineke DIJKSTRA I see a woman crying (weeping woman), Tate, Liverpool où des élèves décrivent une image qu’on ne voit pas), autoportraits (Frida KAHLO, Marc CHAGALL, Zoran MUSIC… et « autoportrait de mon père (1994) de Maurice LEMAITRE), l’homme sans visage (BRANCHUS, Alberto GIACOMETTI, Alexander CALDER, Djamal TATAH…), le corps politique (ORLAN, Barbed Hula (2000) Sigalit LANDAU, Les pensionnaires d’Annette MESSAGER…) et le corps en morceaux (Antoni TAPIES, Georg BASELITZ, Thomas SCHÜTTE, Ghost (2007) de Kader ATTIA…). Bref, que des oeuvres importantes (que vous avez peut-être déjà vues dans l’ancien accrochage du Centre Pompidou de Paris) d’artistes de renommées internationales. À noter que vous serez accueilli par une troublante installation vidéo de Pierrick SORIN, It’s really nice (1998) ainsi les projections Switch (1996) de Tony OURSLER installés tout au long du parcours de la collection du Centre Pompidou Malaga.

Quelques œuvres de la collection

EXPOSITION TEMPORAIRE

Le Centre Pompidou Malaga consacrait une exposition temporaire aux femmes photographes de la première moitié du XXe siècle avec « Son Modernas, son fotografas » (hasard ou pas, le Musée d’Orsay traite la question au même moment). Cinq thèmes y étaient développés en autant d’espaces (le laboratoire de l’oeil, le portrait de studio, les formes du nu, mode et publicité ainsi que le photo-reportage) avec les photographies de Germaine KRULL, Ergy LANDAU, Denise BELLON, Marianne BRESLAUER, Ilse BING, Florence HENRI…

 

Le CAC Malaga

 

Le Centre d’Art Contemporain de Malaga se situe sur les bords du Rio Guadalmedina, à l’ouest du centre ville, dans un ancien… Vous le remarquerez sûrement par la présence d’œuvres ex-situ autour (fresques de Shepard Fairey, deux sculptures sur le parvis, graffitis). Même si vous n’êtes pas sensible à l’art contemporain, ça ne vous coûte rien d’y aller. Et oui (et ça, c’est une vraie vision politique  de la Culture !), l’entrée est gratuite !

 

Le CAC comporte un grande salle d’exposition principale puis les cimaises forment de plus petites salles vers le fond. Une petite brasserie et une boutique (peu de chance que vous trouviez beaucoup de livres en français par contre…) sont également dans les murs. L’active programmation d’expositions temporaires est très intéressante avec des artistes de premier ordre. Lors de notre visite, pas moins (et pas plus non plus d’ailleurs…) de 3 expositions monographiques étaient en place alors que le lieu n’est hyper grand non plus. La principale, « fixture » , était consacrée au peintre belge Michaël BORREMANS tandis que le « discident » (…) chinois Ai WEÏWEÏ exposait une installation. Le CAC présentait également l’artiste andalouse Marina VARGAS et  ses sculptures antico-matiéristes.

 

La COLLECTION PERMANENTE

 

J’ai été très agréablement surpris par la collection du Centre d’Art Contemporain. Malgré la petite superficie qu’elle occupe dans le bâtiment (4 petites salles), on y retrouve quelques grands noms internationaux (Olafur ELIASSON, Anish KAPOOR, Andy WARHOL, Kim SOOJA, RONG RONG… Gunther FORG vu également au MMK Frankfurt), français (Sylvie FLEURY, Michel FRANÇOIS) et espagnols (Juan MUNOZ, Cristina IGLESIAS). Agréable découverte avec Gone – Lot 156 (2006) de Jose Maria CANO.

 

Quelques œuvres de la collection

 

Michaël BORREMANS, fixture

Je connaissais peu le travail de Michaël BORREMANS, la découverte de son œuvre a donc été d’autant plus délicieuse, tant sur le fond que sur la forme, c’est-à-dire tant dans la facture que dans le propos. La force de ses peintures est le pouvoir de fascination qu’elles dégagent. Le temps est apparait suspendu, les quelques actions, sobres et humbles, sont figées et décontextualisées. Les corps (où la frontière entre mannequin et être humain est très perméable, rappelant les poupées surréalistes d’Hans Bellmer) sont photographiquement tronqués (Unicorn) ou morcelés (The Loan), les visages, toujours fuyants (de dos, vers bas…). La narration s’arrête à la description d’une scène  intrigantes et mystérieuse. Un rêve évanescent ? Le rendu laiteux, flou, terne, blafard rappelle par moment la peinture d’Eugène Carrière, Gerhard Richter et Luc Tuymans avec une mélancolie silencieuse proche d’Edward Hopper. Plus intimiste, on a l’impression d’être en dehors de la scène ou de déranger, placés en position de voyeur ou d’intrus. L’artiste de Gand semble s’adresser à notre inconscient et le troubler avec des énigmes (Red hand, green hand , The Angel, Pony, The CaseThe egg IV où le sujet n’est plus).

 

Mais la saveur supplémentaire de l’oeuvre a été pour moi sa peinture en tant que telle. La qualité mimétique de sa peinture (travail de la lumière, dégradé, couleur des peaux…) nous amène à croire en la réalité de l’image. Mais alors qu’on est pris, apparaissent des détails qui viennent parasiter, contredire notre lecture de l’image : incomplétude (Girl with feathersThe Sleeper), dilutions et transparences (ProspectsOne), repentir ou résurgences (The Sheets, The Egg III), détails contradictoires (Unicorn, Mixture) etc… brisent l’illusion de l’image en ramenant la peinture à sa matérialité de la peinture. Après la séduction, l’ambiguïté s’installe.

 

Quelques tableaux de Michael Borremans

Ai WEÏWEÏ, Circle of Animals / Zodiac Heads

 

Interrogeant le rapport original/copie dans l’art, le rapport culture/pouvoir (politique, économique…), Ai WEÏWEÏ a réalisé 12 sculptures en bronze représentant des têtes d’animaux du zodiaque chinois (il en existe 6 séries). Elles reprennent les figures d’une fontaine réalisée pour deux jésuites européens pour un jardin de l’Empereur Qianlong au XVIIIe siècle. Sept sculptures ont été volées en 1860 et revendues, le gouvernement chinois a réclamé leur retour. Quand l’enjeu culturel devient enjeu politique, et vice versa…

Marina VARGAS, Ni animal, ni tampoco angel

 

Dans ce projet, l’artiste andalouse « réfléchit aux nouvelles visions des connaissances fortunées, de la beauté et le concept de libération, en plus de la critique des modèles classiques ». Ses sculptures pop baroques sont composées de sculptures antiques sur lesquelles vient se superposer de la mousse expansive en polyuréthane (peinte en blanc et surtout en rose pop bonbon) évoquant une libération de la forme (par l’informe par rapport aux codes académiques) mais aussi une résurgence organique (viscères…). S’il est intéressant d’observer les hasards provoqués par l’expansion de la mousse sur les figures classiques (ex : l’extase de La Bacante réduite à son sourire, avec une grosse choucroute haribo !), l’œuvre propose une opposition formelle aux concept un peu trop caricatural et manichéen… selon moi.

Toutes nos visites de musées dans le Monde dans notre rubrique Trace La Culture !

En vous baladant dans Malaga et plus précisément au croisement de la Calle Marqués de Larios et la Calle Strachan, vous tomberez sans doute sur la sculpture en anamorphose de Tony CRAGG Points of view (2005) (plagiat de Markus RAETZ ?), c’est-à-dire que des visages se reconstituent visuellement selon votre emplacement.

 

STREET ART à MALAGA

Bien évidemment, on ne peut pas rater les deux énormes peintures de Shepard Fairey (vous savez : Obey, Hope…) à qui le Centre d’Art Contemporain a consacré une exposition en 2015. En se baladant dans le quartier du CAC, on retrouve également plusieurs interventions d’artistes urbains comme le belge Roa et sa fresque animalière ou sur la Calle Tomas Heredia.

 

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