Comment j’ai rencontré le Chuck Norris du fight d’yeux

chuck norris regard profond

Me voici à Bangkok, ville de départ de mon périple sac au dos de 3 semaines en Thaïlande. Après 2 jours à découvrir les endroits touristiques de la ville, je décide d’aller grailler un coup dans un resto de rue près du marché aux fleurs (endroit tout autant touristique que les autres en fait).

Je prends mes tongs, ma bonne humeur et ma faim et je pars tranquillement en direction du marché, le Routard en poche. N’ayant pas eu envie d’acheter une carte précise de la ville, je me réfère donc aux cartes pourvues par le célèbre guide pour me rendre au marché. Bon, vous avez déjà utilisé les cartes du Routard ? Vous connaissez donc leurs légendaires précisions : ils ont remplacé le mètre par le « pif ». « Tiens si je faisais quelques pifs à droite pour essayer d’aller sur la seule route présente sur cette rognotudju de carte ?! »
Mieux vaut en avoir du pif, en gros.
Bon an mal an, j’arrive tout de même à me repérer mais plus grâce à mes souvenirs de la carte Google Maps de la ville regardée hier soir au coin du f…heu nan de la clim’.

Je passe par des rues sombres (l’éclairage public ayant l’intensité d’une LED, oui j’ai bien dit une), des rues fleuries comme un avant-goût de ma destination, et des ruelles que l’on peut appeler sans trop se tromper de décharges. Bref, à Bangkok on passe d’une odeur à l’autre, ce qui a l’avantage de ne pas nous ennuyer, bien au contraire.

Vous savez que vous arrivez au marché aux fleurs tant les odeurs vous emportent et vous y amènent. Le soir, les rues adjacentes sont inondées de bonnes odeurs de fleurs mélangées aux douces effluves de riz thaï, de fruits et autres légumes délicieux.
Autant vous dire que je bavais.

Je me pointe donc la bave aux lèvres et le regard bovin dénué d’énergie auprès du premier resto de rue qui croise ma route.
Je m’attable. Ou plutôt j’assiège une table.
La grosse madame cuisinière me lance d’une grâce néandertalienne le menu composé de… trop de trucs qu’on l’air trop bons ! Je mets environ 18 minutes à choisir. Je choisis.

En attendant mon plat, mon regard s’arrête un peu plus attentivement sur la rue. Elle grouille de monde cette rue : voitures, scooters, tuk tuks, motos, piétons, marchands ambulants, étales nomades, senteurs.
Toute l’énergie de ces gens déployée pour rendre cet endroit si bouillonnant : les thaïs ont une vraie passion pour leur cuisine et moi aussi, dévorante même.
La grosse madame m’apporte mon plat sur coulis de délicatesse apparemment.

La cuisine de rue à Bangkok est vraiment excellente !

La cuisine de rue à Bangkok est vraiment excellente !

A la manière d’un San Goku, je me jette sur le bol rempli de petits légumes croquants tout chaud et sur son frère plein de riz. La première bouchée est une délice ! Une larme envahit mon œil droit, je relève la tête pour dire à la madame « C’est super top, Chef ! » mais mon thaïlandais ne sort pas (ne le parlant accessoirement que sous la torture).
En guise de remerciement, je décide de ne rien laisser dans ce si merveilleux plat. C’est un principe.

C’est à cet instant qu’une silhouette apparaît dans mon champ de vision, silhouette qui s’attable en face de moi.
Je relève une fois de plus la tête de mon plat (« vous avez un bout de patate là… ») pour apercevoir un vieux monsieur thaï assis droit sur sa chaise en plastique, qui scrute mon plat d’un air envieux. Il commande.

N’étant sûrement pas habitués tous les deux à manger en face d’un étranger inconnu, nous nous adressons un large sourire signifiant « Salut, cool de manger à deux ! »
Nous restons scotchés quelques secondes, souriants, en nous regardants droit dans les yeux. Cet instant devient un moment. Puis ce moment devient de plus en plus long. Puis cette longueur devint un peu gênante. « Si ça se trouve il me fait un fight d’yeux en fait » ! pensais-je.

Je décide donc de jouer le jeu. Orgueil quand tu nous tiens.
Il me fixe, je le fixe. Son regard se fait de plus en plus intense. Je décèle un petit plissement de la paupière (han il me nargue !), je fronce un peu un sourcil pour lui faire croire que je vais détourner les yeux mais rien. Il est fort le bougre !
Il esquisse un petit rictus en coin me signifiant qu’il va m’exploser. Je le cherche un peu en bougeant sensiblement ma fourchette, il se gratte la joue. Je contre-attaque par un reniflement mais son regard me pointe toujours. Je décide alors de sortir ma botte secrète, de jouer le tout pour le tout, je bouge ma tête vers la droite comme s’il y avait quelques chose d’intéressant à voir (mais je le fixe toujours). Ahah je sens que ca va marcher ! Mais nan… « Mais c’est le Chuck Norris du fight d’yeux ou quoi ?! » me dis-je.
La cuisinière lui apporte son plat mais il fait mine de rien voir et continue de me fixer tel un lion face à sa proie. Un bruit de fourchette qui tombe. Réflexe. Mince, perdu !
La madame a fait tomber la fourchette. Et moi j’ai perdu la face.

Voyant qu’il avait gagné, un autre petit sourire s’esquisse sur son visage. De toute la fierté de son être il dévore son plat sans même me re-regarder une seule fois. Moi le perdant, je deviens alors invisible. Je tombe dans l’ignorance la plus totale.

Il se lève enfin, repus. En repartant, il me regarde une dernière fois, signe un haussement de tête hautain et s’en va.

C’était mon premier lien avec une personne âgée thaï. En trois semaines, je n’ai plus regardé un seul thaï de plus de 50 ans plus de 2 secondes dans les yeux : on ne sait jamais, ils ont peut-être pris des cours de fight d’yeux !

Pour ceux qui voudraient s’entraîner, voici LA vidéo de notre coach universel :

Comment j’ai rencontré le Chuck Norris du fight d’yeux
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