2 rencontres insolites en voyage : Québec je t’aime, Québec tu me saoules

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Cet article participe à l’événement inter-blogueurs Voyager blogs organisé par le blog Novo-monde et dont voici la présentation pour cette édition :  2 ou 3 rencontres insolites en voyage.

Avant tout voyage, lorsqu’il commence à se mettre en place dans notre esprit, il arrive toujours un moment où l’on se laisser dériver doucement et rêveusement vers les futures rencontres que l’on va pouvoir faire et partager une fois arrivé à destination. On les fantasme, on les perfectionne parfois, on les rêve puis on les désire.

Pourtant, et je dirais bien sûr et fort heureusement, ce ne sont jamais les situations et personnes imaginées que l’on rencontre réellement lors de notre voyage.

En voici deux, auxquelles je ne m’attendais pas du tout et qui sont survenues lors d’un séjour au Québec : l’une fugace et attendrissante, l’autre un peu moins.

La dame de l’arrêt de bus

Alors que j’étais à Québec, ville « historique » du Québec, logé chez l’habitant, me vint l’envie de sortir découvrir la ville à la nuit tombée. Mes hôtes m’avaient conseillé d’aller voir le spectacle gratuit que le Cirque du Soleil donnait chaque soir en contrebas du centre-ville.

Pour y aller, il me fallait prendre un bus. Dans mon ignorance, je pensais pouvoir acheter un ticket au chauffeur en montant dans l’engin comme cela se fait en France. Mais nan, à Québec les tickets s’achètent à l’avance pour des raisons dont je ne me souviens plus mais qui n’étaient sans doute pas importantes (enfin c’est ce que je me dis quand j’oublie un truc).

Paysage urbain à Québec, Canada - Blog voyage Trace Ta Route

Québec depuis l’arrêt de bus

J’arrive donc d’un pas tranquille à l’arrêt de bus approprié (après m’être trompé de trottoir). Une dame attend aussi, assise sur le banc en bois élégamment disposé contre le mur d’un petit parc attenant à la route. Je vérifie sur le poteau servant d’arrêt les indications comme quoi mon bus s’arrête bien ici. Ok, check, c’est bon.

N’ayant pas de tickets et ne connaissant pas le prix, je décide de m’en enquérir auprès de la madame.

– Bonjour Madame, est-ce que vous pourriez me dire quel est le prix d’un ticket de bus s’il vous plait ?
– Bonjour. Oui bien sûr, un ticket coûte X dollars (mémoire de moineau désolé).
– Ah d’accord, merci.

Je vérifie alors ma monnaie pour savoir si je peux faire l’appoint ou si je dois craquer un billet. Le billet devra être craqué.

– Le chauffeur rend la monnaie ? Demande-je alors à la dame.
– Ah non, vous ne pouvez pas en acheter auprès du chauffeur malheureusement. Vous n’avez pas de carte de transport ? Me questionne-t-elle.
– Oh ben nan vous savez, je ne suis pas du coin, lui réponds-je avec un grand sourire genre « t’as pas remarqué mon accent français ?! » Si vous avez un ticket, je peux vous en acheter un ?
– Ben j’ai une carte mensuelle donc j’ai pas de tickets… me lance-t-elle alors d’une voix tremblante et empreinte de culpabilité.

Bien qu’elle soit sûre de ne pas avoir de tickets, elle fouille tout de même frénétiquement son sac à main. Ses gestes rapides, maladroits et manquants d’assurance révèlent un grand désarroi de ne pouvoir m’aider. Son être se mue et son incapacité à m’aider la fait devenir coupable. Je suis bouche-bée devant tant de sollicitude et d’implication. Elle fouille encore son sac, vérifie la moindre poche secrète et le plus petit recoin à la recherche d’un bout de carton salvateur. Si j’avais été dans sa tête je pense que l’aurais entendu s’insulter de monstre. Après avoir ausculté sa « poche de cuir », elle relève la tête et me regarde d’un œil soumis.

– Non je n’en ai vraiment pas malheureusement, me dit-elle d’une voix frêle comme si la guillotine divine allait lui tomber dessus.
– Et vous savez ou je peux en acheter ?

J’avais à peine fini ma phrase que le bus faisait crisser ses freins.

Je la vois alors s’avancer d’un pas bondissant vers le chauffeur, lui expliquer notre situation de pauvre étranger pas au courant des us et coutumes de la localité et lui demander d’un air implorateur si cela le dérangerait de nous laisser gratuitement 3 arrêts plus loin vers une supérette vendant les fameux tickets. Le chauffeur accepte sans rechigner (oh purée ! Je suis bien à l’étranger !).

Je remercie la dame chaleureusement pour son aide. Son regard croise le mien et me dit « de rien, avec plaisir ».

Cet instant a peut-être duré 5 minutes. 5 minutes où je suis passé du « Ah zut ! » à « purée elle est à fond celle-là » puis « mais elle est barge ou… » puis « ah ouais nan mais ils sont trop sympas ces québécois ! » pour finir par « j’aurais peut-être dû lui demander 100 balles pour voir tiens ! ».

Moi, français, de voir cette dame se transcender pour faire apparaître par magie un ticket de bus dans son sac à main et s’impliquer autant pour pouvoir m’aider alors que ma détresse était tout relative (si ce n’est inexistante), et bien ça m’a fait un drôle d’effet ! Avec un autre français ce moment aurait duré le temps d’un « Nan, j’en ai pas » bref et concis.

Québec je t’aime.

Hélène et Pole ne perdent pas le Nord

Cette deuxième rencontre remonte à une semaine avant la première. Voici les faits.

L’histoire commence entre Montréal et Québec, à la sortie d’autoroute de Lornay exactement. Je faisais du stop d’une ville à l’autre dans l’espoir d’arriver à Québec en fin de journée. J’avais été pris par une première chauffeuse assurément peu habituée à l’auto-stop puisqu’elle avait eu l’idée de génie (« parce que ce sera plus facile pour vous » avait-elle dit) de me déposer en plein milieu de l’autoroute. Près de la sortie qu’elle prenait. Sortie de Lornay.

Plein d’espoir, je me suis dit : « challenge accepted, on va essayer ! » Ouais ben vous le croirez ou non, ça n’a pas marché. Les québécois ont beau être gentils, ils sont encore assez rares ceux qui pilent sur l’autoroute pour vous prendre, vous, pauvre « pouceur » optimiste, alors même qu’ils roulent à 120km/h. En gros, dans ce pays, la motivation de l’altruiste n’a pas encore surpassé l’attrait de la vitesse : ça viendra sûrement avec l’expérience.

Je décide donc, d’un commun accord avec la personne m’accompagnant (et qui était en train de me dire depuis 15 minutes que ça ne marcherait pas), qu’on irait plutôt vers la sortie/entrée d’autoroute située à environ 200 mètres, sur une route où les chauffeur(euse)s ne seront grisé(e)s que par ses jambes sveltes ou mes poils virils. Choix judicieux. Long, mais judicieux.

C’est donc au bout de pffffou vachement longtemps et moults essais vains qu’une dame daigne s’arrêter et nous inviter dans son véhicule. Come aboard ! Yes we can(ette de bière) !

Nous entrons donc dans l’univers d’Hélène.

Hélène, chez nous, c’est un concept musical et pseudo-comique fait de cris de Cri-cri, de coups de baguettes et de riffs endiablés de garçons « chevelus mais quand même très gentils », tendance catho-rock-chaste, et de filles sveltes aussi chastes en vrai qu’elles sont de vraies comédiennes. Mais je m’égare.

Ici, Hélène, c’est un concept pas qui n’a de musical que l’accent et de svelte que son manque de distinction et de réserve (même si c’est loin de me choquer).

Nous passons un bon moment à discuter avec Hélène. Elle est divorcée (ou vieille fille je ne sais plus trop), elle a dans la cinquantaine grisonnante, pèse plutôt bien son poids en bûcherons (vous remarquerez le pluriel) et possède une tchatche digne de Bernard Tapie. Du genre qui te propose des choses en te donnant des ordres pseudo-interrogatifs.

Ni vu ni connu, peu à peu, au fil de la discussion, Hélène nous propose d’absolument passer la voir chez elle à Saguenay, puisque nous devions y être d’ici quelques jours. Ouais sympa, me dis-je. Elle propose de nous faire visiter son coin.

Puis l’air de rien, au fil de la discussion elle commence à nous organiser notre trip sans trop nous demander si cela nous convenait.

« Ben on ira au zoo, je vous montrerais le zoo, il est bien le zoo j’y suis allé avec mes neveux et nièces, y’a plein d’animaux, et puis on ira voir et blablabla et blablabla. »

« Ah bah tiens on y arrive bientôt, vous avez bien le temps, je dois passer chez ma sœur qui habite un peu avant Québec, on va s’y arrêter, j’ai des affaires à prendre chez elle, vous verrez elle est sympa ma sœur, c’est la plus petite de la famille, on est plein dans la famille et moi je fais partie des grandes, je ne la vois pas souvent ma sœur alors on va s’arrêter, j’ai des affaires à prendre ». N’osant pas contrarier la personne qui nous a gentiment pris en stop, on lui dit « oui bien sûr pas de soucis ».

Nous arrivons chez la sœur d’Hélène, Pole. Pole n’est pas chez elle mais « sûrement chez la voisine, venez on va leur dire bonjour ». Ok cool, c’est sympa de rencontrer des québécois dans leur milieu naturel 🙂

On va donc chez la voisine, en fait dans son jardin, et retrouvons la dite voisine et la dite sœur Pole en pleine discussion. « Regarde je t’amène des amis, mes amis français ! Je les emmène à Québec mais avant je viens prendre des affaires chez toi ». Perso j’aime la chaleur de cette rencontre mais je commence à trouver qu’on fait quand même office de bouche-vie-de-femmes-seules

Pole, 120 kilos EPB (Equivalent Poids Bucherons) toute mouillée nous accueille très spontanément et nous invite chez elle à boire une bière. Ma proposition de ne pas nous attarder car nous sommes attendus à Québec connait un soufflet tout aussi bref que sec : on se retrouve donc logiquement assis à une table à boire une binouse. Entre-temps, nous avions bien sur visité toute la maison de Pole (plutôt bordélique soit dit en passant) et entendu toute la vie sentimentale de Pole (qui avait rendez-vous avec un homme ce soir mais qui se cherchait une excuse pour ne pas y aller car elle avait peur, ça faisait longtemps qu’elle n’avait pas côtoyé un homme, nous racontait-elle en pliant ses petites grosses culottes sorties du tas de linge propre étalé sur la table de la cuisine).

Les sœurs continuent donc à palabrer sur leur vie de femmes seules et en viennent tout naturellement à nous organiser, sans consultation préalable, notre arrivée à Québec. « Bon ben on va changer de voiture, on va prendre celle de Pole, car moi finalement je vais dormir chez ma sœur, et on vous emmène là-bas mais avant on va vous montrer le lac qui est tout prêt et ensuite on va vous faire découvrir la ville, mes amis français, et puis de toute façon on se retrouvera à Saguenay, hein ! » (notez le manque de point d’interrogation). Première pensée de type « oui oui c’est ça ».

Nous voici donc maintenant dans la voiture de Pole, sur la banquette arrière. Ici, on m’intime la requête toute relative de noter le numéro de téléphone du fils de Pole, « il vous fera visiter la ville cet après-midi (heu, il a p-e prévu autre chose nan ?!), ah et puis le numéro de sa copine aussi, tiens note-le on sait jamais, si si note vas-y. Nan mais ne vous inquiétez pas je vais leur dire de vous faire une visite (et de nous faire un pique-nique aussi ?) ! » Je me retrouve donc à noter les numéros de téléphone d’Hélène, de Pole, du fils de Pole et de la copine du fils de Pole. Je n’ose demander le numéro de tatouage du chien.

« Bon, demain vous êtes ok hein ?! On vous emmène chez mon frère sur l’île d’Orléans, départ 9h. Ca vous va hein ! Nan ne dites pas nan, c’est super chez mon frère, il a un verger il fait de l’alcool, c’est beau et pas loin. Vous préférez 9h30 ?! Ah ouais mais c’est tard.. (comment j’hallucine ! me dis-je) bon ok 9h30 mais pas après hein ! » Que fais-je ? Je dis oui bien sûr…

Château de Frontenac, Québec, canada - Blog voyage Trace Ta Route

Ce qu’on aurait loupé si on avait écouté Hélène

Entre-temps, Hélène nous avait embarqué dans l’hôtel Frontenac (le château) « parce que c’est là où on faisait nos réunions de famille, attendez on va monter (on monte les escaliers alors que c’est forbidden mais rien à foutre la Hélène), je vais vous montrer la salle où on se réunissait (elle essaie carrément de forcer la porte !), ah merde c’est trop bien fermé, bon ben on redescend, il est beau hein le château ! Vous avez vu la galerie ! Attendez je vais vous trouver une carte de la ville et on va demander si on peut pas voir la salle ! »

Quelques minutes interminables plus tard, elles nous déposent enfin à notre logement, réservé sur AirBnB, pile à la porte, après ne pas avoir voulu nous laisser descendre et terminer à pied, alors même qu’elles ne connaissaient pas la rue et qu’elles ont cherché pendant plus d’un quart d’heure en tournant en voiture et en piaillant. Hystérie fraternelle.

Nous sortons enfin de la voiture et de cette hystérie et on se pose chez nos hôtes Françoise et Jim (wouah enfin des gens normalement gentils ?!)

J’appelle alors Hélène sur son portable et je laisse un message sur son répondeur pour lui dire qu’on ne sera pas au rendez-vous demain et qu’on se retrouvera, peut-être éventuellement si j’ai pas d’autre choix que le hasard fortuit et que j’ai pas de bol surtout, à Saguenay.

Non, je n’ai pas besoin qu’on m’organise ma vie. Ou comment débuter en disant oui par envie et terminer par « je te dis ok parce que tu me saoules trop et que de toute façon tu ne comprends pas quand je te dis nan ». Dommage.

Hélène et Pole resterons sûrement dans ma mémoire comme une rencontre mitigée, teintée d’exaspération et de remerciements pour l’aide apportée.

Décidément le stop au Québec peut être goudronné de (trop) bonnes intentions…

Québec tu me saoules.

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