Re-découvrir BORDEAUX, il y a du nouveau à l’Ouest !

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Bordeaux, capitale de l’Ouest, est réputée pour son calme et son cadre de vie agréable au bord de la Garonne. Carrefour entre l’océan Atlantique et les terres, la cité girondine s’est historiquement développée autour du commerce maritime et vinicole. Une vingtaine d’années après ma dernière venue (désolé, j’avais zappé le « rendez-vous dans 10 ans » !), je suis revenu le temps d’un week-end à Bordeaux et j’ai redécouvert une ville en pleine transformation : tram déployé, grues dressées, quais réaménagés et façades rafraichies (l’ensemble urbain a d’ailleurs été inscrit sur la liste du Patrimoine mondial de l’Unesco en 2007). Ainsi, après avoir visité Bordeaux en 3 jours comme un néo-touriste, je vous livre les différents quartiers et lieux d’intérêt à ne pas manquer.

 

Visiter Bordeaux à pied

Pour visiter Bordeaux, le mieux est de se balader à pied (et en tram pour se rendre dans les quelques lieux d’intérêt un peu excentrés). Le centre historique se situe dans les quartiers de Saint-Pierre, Saint-Michel, Saint-Paul, Saint-Christoly, Quinconces, Chartrons… On ressent une certaine quiétude en parcourant les rues. Contrairement à d’autres villes (…), je ne me suis jamais senti menacé (je me suis baladé tous les jours avec mon appareil photo au corps sans crainte). Sans hiérarchie de préférence, voici une présentation des quartiers historiques afin de visiter Bordeaux à pied sans manquer les incontournables.

Le centre historique de Bordeaux

Pour faire simple, le cœur de Bordeaux se situe de part et d’autre de la rue Sainte-Catherine, de la place des Quinconces à la place de la Victoire, traversant le quartier Saint-Pierre. Et puisqu’il faut bien commencer par quelque part, faisons-le par la place des Quinconces, un des lieux emblématiques de Bordeaux et également un des points névralgiques (arrêts de tram et de bus, parking). Cette grande esplanade de 12 hectares a été créée au début du XIXe siècle sur l’emplacement du château Trompette et nommée ainsi en raison des arbres plantés en quinconce de chaque côté. À la manière et à l’allure de la place Bellecour de Lyon, elles accueillent de nombreuses manifestations durant l’année. Plusieurs sculptures ornent la place : côté fleuve, 2 colonnes rostrales surmontées de statues dédiées aux activités maritime et commerciale, deux statues de Montaigne et Montesquieu, deux illustres figures de l’histoire bordelaise et, à l’Ouest, le monument aux Girondins, érigé entre 1892 et 1904 en hommage aux députés Girondins victimes de la Terreur lors de la Révolution française. Celui-ci est composé d’une grande colonne surmontée d’une statue de La Liberté brisant ses fers, totem dans la ville culminant à 54 mètres avec, à ses pieds, deux fontaines équestres.

Au Sud, porte d’entrée du quartier Saint-Pierre, la place de la Comédie où se trouvent le Grand Théâtre (imposant édifice à colonnades néo-classique hébergeant l’Opéra National de Bordeaux), l’Office de Tourisme de Bordeaux, le Grand Hôtel InterContinental***** avec de charmants lampadaires-horloges en fonte sur son parvis, Sanna, sculpture anamorphique réalisée en 2013 par l’artiste Jaume Plensa ainsi que le bâtiment de l’Académie du Vin de Bordeaux, façon Flatiron Building, et un carrousel au début des allées de Tourny, genre de Champs-Élysées girondins. Également délimité par le cour de l’Intendance et le cour Georges Clémenceau, se dessine le Triangle d’Or, quartier chic de Bordeaux avec ses boutiques de luxe et autres cafés bourgeois. Sans nécessairement faire fondre la carte bleue, on peut néanmoins jeter un œil curieux au passage Sarget et sa verrière du XIXe siècle ou à la fameuse place des Grands Hommes, célébrée par Patriiiiick. Entourée de terrasses de café, la rotonde de verre et de métal abrite des magasins.

l’Opéra National de Bordeaux © L’Oeil d’Édouard / Instagram 📷

On aperçoit alors la rue Sainte-Catherine, la plus longue rue commerçante piétonne d’Europe avec environ 1,2 km de long ! Il faut avouer que c’est véritablement impressionnant d’avoir une telle perspective urbaine. Si, en plus, on ajoute la marée humaine déambulant au milieu des enseignes, cela en deviendrait presque effrayant (ne serait-ce que symboliquement…). Agoraphobes, s’abstenir ! Du reste, mise à part par curiosité, elle ne présente pas un grand intérêt touristique (levez quand même la tête pour observer les multiples figures sculptées sur les façades). À savoir que si vous venez en février ou en juillet, vous verrez la grande braderie de Bordeaux qui s’y tient deux fois par an. Au second croisement avec la rue conduisant à la porte Dijeaux, la désuète Galerie bordelaise, passage couvert du XIXe siècle à la manière de la Galleria Vittorio Emanuele II de Milan ou des Galeries Royales Saint-Hubert à Bruxelles. Aujourd’hui, quelques commerces survivent encore…

la rue Sainte-Catherine

la porte Dijeaux

S’il y a bien un lieu iconique à voir à Bordeaux, c’est la place de la Bourse. Agencée entre 1730 et 1755 par les architectes royaux Gabriel père et fils (à qui l’on doit le Château de Versailles, excusez du peu !), elle a eu pour dessein de créer une trouée de la ville-forteresse médiévale. Mais, en plein essor commercial maritime, elle était également destinée à impressionner les visiteurs arrivant au « port de la Lune » par la Garonne (alors qu’il fallait s’en protéger derrière des remparts jusqu’présent). Son plan en hémicycle en fera historiquement la première place ouverte d’Europe (tout de même fermée par des grilles jusqu’à la Révolution). Symétriquement disposés de part et d’autre d’un bâtiment central, le palais de la Bourse et l’hôtel des Fermes forment le monumental ensemble architectural de style classique flamboyant (orthogonalité, colonnes et pilastres, fronton…). « Cette place Royale qui est tout simplement une moitié de place Vendôme, posée au bord de l’eau » dira Victor Hugo.

la place de la Bourse, carte postale de Bordeaux © L’Oeil d’Édouard / Instagram 📷

Lors de notre visite, Clémence Moreau, notre guide locale, nous a également fait remarquer les mascarons sculptés en bas-relief sur les façades. D’inspirations diverses et variées (symboliques, historiques, sociétales, religieuses…), il y en a plus de 3000 à découvrir dans Bordeaux ! Tour à tour, place Royale sous l’Ancien régime, place de la Liberté durant la Révolution, place Impériale sous Napoléon Ier puis à nouveau place Royale à la Restauration de la monarchie, la place de la Bourse prendra son nom actuel en 1848, à la chute de Louis-Philippe Ier. Ainsi, au centre, la fontaine des Trois Grâces (1869) a remplacé la statue équestre de Louis XV, détruite et fondue par les révolutionnaires pour faire des canons (ironie !), puis celle de Napoléon Ier. Le long de la Garonne, les quais ont été réaménagés (à partir de 2006) pour faire la promenade Corajoud, du nom du paysagiste à l’ouvrage. Celle-ci est agrémentée du Jardin des Lumières, un ensemble de plates-bandes végétales ornées de 33 000 plantes (arbustes, graminées, fleurs…) : un vrai bonheur bucolique en pleine ville ! D’ailleurs, les Bordelais aiment à s’y retrouver pour pique-niquer.

Mais l’autre attraction depuis 2006, c’est le miroir d’eau (de 3 450 m2, le plus grand du Monde !) installé en face sur les quais de la Garonne. L’œuvre du paysagiste Michel Corajoud est une véritable réussite esthétique et populaire, faisant de lui un des endroits incontournables de Bordeaux et un des plus photographiés. Petits et grands viennent y tremper les pieds (et parfois plus !) pour se rafraîchir ou s’amuser tandis que la surface réfléchissante vient souligner, soulever, amplifier la beauté de la place de la Bourse, décuplant alors la massive symétrie de l’édifice. Dans les faits, le niveau de l’eau varie, alternant entre jets avec brouillard et décrue (2 cm). Pour les photographes, il faudra attendre les derniers instants pour avoir un miroir parfaitement lisse sur les dalles de granit (et que les badauds sortent du cadre…).

 

En s’engouffrant dans la rue Fernand Philippart, on pénètre dans le quartier Saint-Pierre. Je ne peux que vivement vous conseiller de déambuler, au gré des envies, dans les ruelles pavées du Vieux Bordeaux. L’ambiance y est ici aussi paisible que romantique. Les façades rénovées resplendissent de l’histoire étincelante. La place du Parlement est un parfait exemple de ce charme minéral girondin avec, en son centre, une fontaine et, sur ses côtés, les terrasses bondées (pour information, non, le café Édouard ne m’appartient pas !). À quelques pas de là, la place Saint-Pierre, et son église, est également un petit havre de paix dans la ville. Décidément, Bordeaux respire le bonheur détendu (ou la détente heureuse, comme vous voulez). Les places Fernand Lafargue, Camille Jullian et Saint-Projet méritent également le coup d’œil, tout comme la pittoresque rue Sainte Colombe.

palabres sur la place du Parlement

la paisible rue Sainte-Colombe

Construite entre 1493 et 1496 sur les remparts de la cité médiévale, la porte Cailhau était la principale entrée depuis le port et contrôlait ainsi les arrivées. Mais cet édifice militaire est également devenu un arc de triomphe visant à célébrer la conquête du royaume de Naples par le roi Charles VIII (on peut voir des lys et, au-dessus de la porte côté quais, une niche logeant une statuette du roi). Si la partie basse reflète la fonction défensive du Moyen-Âge avec l’emplacement de l’ancienne herse, des meurtrières et un mâchicoulis, la partie supérieure, elle, illustre l’élégance du style Renaissant avec des fenêtres à meneau surmontées d’accolades et une toiture dardée de gracieuses tourelles coniques et d’un clocheton élancé à 35 mètres de haut. Les quatre étages se visitent (5€, inclus dans le City Pass Bordeaux) avec une exposition sur l’histoire des remparts et de la ville au Moyen-Âge ainsi que sur les tailleurs de pierre. Enfin, un panorama sur la Garonne et le pont de pierre. Juste à côté, la charmante place du Palais et ses terrasses.

la porte Cailhau © L’Oeil d’Édouard / Instagram 📷

Située sur la vaste place Pey-Berland, à coté du Palais Rohan (actuel Hôtel de Ville), la cathédrale Saint-André de Bordeaux impressionne par sa splendeur (ses anciennes façades noires ont fait peau neuve !). Il s’agit du plus grand édifice religieux de la ville, lequel a été le lieu des mariages d’Aliénor d’Aquitaine et de Louis VII (futur Roi de France) puis d’Anne d’Autriche et Louis XIII. Si l’église primitive date du IIIe siècle, elle a été détruite par diverses invasions avant d’être partiellement reconstruite à partir du XIe siècle durant… près de 400 ans. Incendie de la toiture, écroulement d’une flèche… d’importants travaux eurent lieu à partir de 1860 pour lui conférer son aspect actuel. Son style gothique se caractérise par deux grandes flèches pointant à 81 mètres de hauteur, une série d’arcs-boutants, des gargouilles, des portails richement sculptés et une rosace (portail Sud). Néanmoins, comme pour la basilique Saint-Michel, la cathédrale doit partager la vedette avec la tour Pey-Berland. Ce campanile de 66 mètres a été érigé entre 1440 et 1500, séparément de la cathédrale pour ne pas être fragilisé par les vibrations de l’ensemble. Après avoir accueilli une cloche, c’est, depuis 1863, une Vierge dorée qui trône à ce sommet. 233 marches permettent d’atteindre la vue panoramique (6€, inclus dans le City Pass Bordeaux).

 

On rentre dans la cathédrale Saint-André de Bordeaux par le portail Nord. La nef primitive, haute de 23 mètres, est de style gothique et héberge un imposant grand orgue en tribune néo-classique. On observera la chaire en acajou et marbre, quelques tombeaux, une crucifixion du peintre flamand Jacob Jordaens et de superbes vitraux. J’ai également été particulièrement séduit par le traitement polychrome abstrait des murs et des colonnes dans certaines chapelles latérales.

La Grosse cloche, bâtie au XVe siècle en lieu et place de la porte Saint-Éloi (église éponyme adjacente), est un des derniers vestiges des anciens remparts de la ville médiévale (on peut encore observer les meurtrières et le blason). On pénétrait alors dans la cité girondine par la rue Saint-James, du nom des pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle arrivant par ici. Cette grande porte est agrémentée d’un clocheton surmonté d’une girouette et, de part et d’autre, de deux tours circulaires, hautes de 40 mètres. La cloche de 2 m de haut et de diamètre pèse 7800 kg ! On comprend mieux son surnom… Celle-ci, fondue en 1775 pour remplacer la précédente et officiellement baptisée Amande-Louise, ne sonne que pour les grandes célébrations et le premier dimanche du mois. À l’origine, le beffroi signalait, comme indiqué sur la plaque en métal, les vendanges et les dangers pour la ville mais il a eu aussi servi de geôle pour enfermer les délinquants (en été, on peut visiter l’intérieur). Sous la cloche, de chaque côté, une horloge avec un cadran solaire. Plus bas sur le cour Victor Hugo, la porte de Bourgogne mais qui est bien plus classique et moins intéressante esthétiquement… À quelques pas de là, la Grande Synagogue de Bordeaux est l’une des plus majestueuses de France et ouverte à la visite.

 

Saint-Michel, le quartier populaire

De par son dynamisme populaire, Saint-Michel est un des quartiers les plus vivants de Bordeaux, mais aussi réputé pour être quelque peu malfamé. Ce contraste nait de sa forte activité nocturne, d’une certaine délinquance qui en découle et autres formes de trafics (comme souvent aux abords des gares, la gare Saint-Jean ici en l’occurence). C’est autour de la place de la Victoire, à l’extrémité sud de la rue Sainte-Catherine, que les étudiants remplissent les terrasses de bar (la fac de médecine est adjacente) avant de prolonger la nuit… Au centre de la place, une colonne de 16 mètres de haut en marbre rouge, honorant la culture de la Vigne et du Vin, réalisée en 2005 par le sculpteur Ivan Theimer, ainsi que deux tortues en bronze nourrissant l’émerveillement et l’amusement des enfants.

la place de la Victoire, la porte d’Aquitaine et la colonne de la Vigne et du Vin

À quelques pas, le marché des Capucins avec ses étals de fruits et légumes, de charcuterie et fruits de mer. Clémence m’avait conseillé de manger au Guet-A-Pan, au Bistro Poulette (moules, homard…) ou Chez Jean-Mi (huîtres, fruits de mer…). Mais, pour réellement sentir le pouls de Saint-Michel, il faut se rendre sur la place Meynard avec ses multiples terrasses de café. Loin du chichi des quartiers bourgeois, on goûte ici la rumeur citadine, la mixité sociale et le bon vivre.

Face à nous, se dressent la basilique Saint-Michel et son impressionnant campanile pointant à 114 mètres du sol (troisième plus haute tour de France). Le clocher a été érigé sur une crypte du XIIIe siècle dans laquelle, de 1791 à 1979, furent exposées les 74 « momies de Saint-Michel », déterrées et installées ici à la suite de la suppression du cimetière paroissial alentour (cf : reportage tv de 1958). L’autre particularité de la tour est qu’elle a été construite séparément de la basilique afin d’éviter que le poids de l’un ne fragilise l’autre. En effet, les sous-sols bordelais marécageux étant instables, les vibrations de l’ensemble unifié se seraient propagées dans la flèche et auraient risqué de provoquer son écroulement (d’ailleurs, elle est restée tronquée pendant un siècle après un effondrement partiel causé par la foudre en 1768). Lors de mon week-end à Bordeaux, la tour était justement en restauration et l’accès était fermé. C’est regrettable car on a là-haut un panorama à 360° assurément sensationnel sur toute la ville de Bordeaux.

la place Meynard et la basilique Saint-Michel

Deuxième plus grande église catholique de Bordeaux, elle a été classée monument historique dès 1846, puis inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1998 au titre des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France. Bâtie au XIVe et XVIe siècles dans un style gothique flamboyant, on retrouve des arcs-boutants, des fenêtres et portails en ogive, des ornements dentelés, des arêtiers à crochets, une rosace…). À l’intérieur, la nef, haute de 23 mètres, conduit classiquement le regard jusqu’au chœur selon un plan en croix latine. Si les pierres sont parées de la patine du temps (façon courtoise de dire qu’elles mériteraient une restauration), les vitraux, eux, resplendissent et irradient leur lumière colorée. La plupart sont d’époque mais, soufflés par des bombardements lors de la IInde Guerre Mondiale, certains ont été remplacés par de séduisants vitraux modernes (comme cela se voit beaucoup dans les églises de Bretagne ; cf : Saint-Malo, par exemple). Autres éléments remarquables : le grand orgue de 41 jeux et 3 claviers ainsi que, dans les chapelles des collatéraux, les retables sculptés ayant retrouvé leurs albâtres dérobés.

Reliant le centre historique (porte de Bourgogne) au quartier de La Bastide (place Stalingrad), le pont de Pierre, avec ses 17 arches (487 mètres de long sur 19 m de large), est l’un des emblèmes de la cité girondine. Premier pont de Bordeaux à franchir la Garonne, il ne fut construit qu’en… 1822 ! Ordonné par Napoléon 1er lors de son passage afin de faciliter la traversée du fleuve par son armée (guerre d’Espagne), il aura fallu 12 années de travaux afin de résoudre enfin les ancestrales difficultés pour braver les tumultueuses conditions du fleuve (on sent la puissance du courant en observant les piles). Alors qu’en 1941 sa démolition avait été projetée, il sera finalement sauvé et il sera le seul pont durant 150 ans à unir les deux rives de Bordeaux. Afin de mettre en valeur l’élégance de ce patrimoine (classé monument historique en 2002) et également de prévenir sa fragilité, les voitures ne sont plus autorisées à y circuler depuis 2017.

ricochets étincelants sur la Garonne © L’Oeil d’Édouard / Instagram 📷

La Bastide

Seul un quartier est établi de l’autre côté de la Garonne, car bien plus tardivement relié au centre historique de Bordeaux par le pont de pierre, celui de La Bastide. Autrefois industriel puis quelque peu délaissé, il s’agit aujourd’hui d’un secteur en plein développement. Le Lion (2005), sculpture contemporaine de Xavier Veilhan installée place Stalingrad (il a fait “pareil” à Lyon), vient affirmer cette volonté de modernité. Mis à part avoir traversé le pont de Pierre pour le photographier au crépuscule (photo ci-dessus), je n’ai pas eu le temps de fouler la rive droite (sinon pour aller boire une bière aux derniers rayons du soleil à la terrasse-trottoir du Central pub, installé dans l’ancienne gare d’Orléans bâtie en 1852 et classée Monument de France).

Pourtant, je voulais m’y rendre pour découvrir le Darwin écosystème. Cette ancienne caserne désaffectée a été réhabilitée pour en faire un lieu alternatif effervescent, nourri par la culture underground et la création au sens large. Ainsi, on y retrouve des espaces d’exposition (notamment street art), de collaboratifs (ou co-working, comme on dit si bien en français…), des concerts et autres spectacles, des commerces et restaurants, un skatepark… et même une ferme en permaculture et son marché. La prochaine fois, c’est sûr, j’irai voir ça ! La promenade au jardin botanique et, le long des quais des Queyries, au parc aux Angéliques semblent tout à fait agréables (guinguette, concerts, yoga, Mölkky…). L’église Sainte-Marie mérite également le coup d’œil semble-t-il.

Les Chartrons, un village dans Bordeaux

Développé au XIVe siècle autour d’une abbaye de Chartreux (d’où le quartier des Chartrons tient son nom), cet ancien faubourg est un mélange de petits immeubles ocre bordelais, recouverts de glycine ou de jasmin diffusant une pointe d’alacrité dans les rues, et, au rez-de-chaussée, de boutiques anciennes (antiquaires, brocanteurs…) et vintage colorées. La rue Notre-Dame et la halle des Chartrons avec ses terrasses en sont les symboles. Il y a quelque chose d’un petit village à l’esprit apaisé et communautaire, où il fait bon vivre ensemble. Pour ceux qui connaissent Lyon, cela rappelle grandement l’esprit des pentes de Croix-Rousse. L’église Saint-Louis des Chartrons a attiré mon attention avec sa façade néo-gothique étriquée et dentelée. L’intérieur est apparemment superbe mais, malheureusement, elle était fermée quand je suis passé.

Mais les Chartrons, c’est aussi son histoire fluviale avec le négoce et les docks où se déchargeaient les navires marchands. Au début des années 2000, les quais des Chartrons et de Bacalan ont été réhabilités pour devenir de véritables espaces de vie urbaine. Ainsi, les hangars ont été rénovés pour devenir des boutiques et des restaurants, la rive gauche a été rafraîchie pour être une agréable promenade fleurie et panoramique sur la Garonne. Pari réussi, les Bordelais (et les touristes) les utilisent pour se déplacer, se balader, courir, rouler (il y a même un skatepark), flâner, pique-niquer… Tous les dimanches, le marché des Chartrons se tient sur les quais avec près de 60 étals.

Quand on visite une ville, le rythme peut être soutenu et l’attention commencer à saturer, la tête à fatiguer et les jambes devenir lourdes. Ainsi, entre le quartier des Chartrons et la place des Quinconces, je suis allé faire une pause au jardin public, comme de nombreux Bordelais cherchant le calme et la fraîcheur. Créé en 1746, cet espace vert de 11 hectares en plein cœur de Bordeaux est une agréable parenthèse bucolique, au milieu des immeubles bourgeois du XVIIIe siècle. En son sein, un jardin botanique derrière le palais du Capitole, une petite île (dont on peut faire le tour en barque dans une atmosphère digne d’un tableau de Monet ou de Renoir) avec une aire de jeux pour enfants et un carrousel, un restaurant, des statues…

paysage impressionniste à Bordeaux

Bacalan, le néo-quartier

Situé au Nord du centre-ville, ce quartier bénéficie du dynamisme impulsé par la réhabilitation des quais et l’installation de La Cité du Vin. Aujourd’hui, la zone autour des Bassins à flot est en pleine mutation pour devenir très attractive. En plus des immeubles résidentiels fraichement érigés, de nombreux commerces s’y sont installés pour en faire un secteur émergeant dans la vie bordelaise : halles de Bacalan, restaurants, bars, hôtels (dont d’ailleurs celui où j’ai logé). Toutefois, et c’est là la réussite du plan d’urbanisme et ainsi le charme du lieu, le quartier de Bacalan n’oublie pas son histoire maritime et conserve son identité vernaculaire : les grues et silos demeurent, les nouveaux bâtiments reprennent la forme des hangars tandis que les péniches et autres bateaux ornent le port. Tous les ingrédients pour en faire la future « place to be » des prochaines années à Bordeaux .

coucher de soleil sur les bassins à flot © L’Oeil d’Édouard / Instagram 📷

Par ailleurs, plusieurs lieux culturels ont également élu demeure dans ce quartier alternatif au centre-ville de Bordeaux. Ainsi, les Bassins des Lumières ont investi l’ancienne base sous-marine (voir plus bas), le Musée Mer Marine vient d’être construit, ainsi qu’un complexe cinématographique. Juste derrière La Cité du Vin, j’ai découvert par hasard Les Vivres de l’Art. Cet espace de création contemporaine et de monstration pluridisciplinaires (arts plastiques, musique, danse, théâtre…) a réinvesti les Vivres de la Marine, ensemble architectural du XVIIIe siècle classé aux monuments historiques.

En prolongeant au Nord, on arrive dans le quartier Bordeaux Lac, dans lequel une plage a été aménagée pour s’y baigner, l’éco-quartier Ginko (rappelant celui de Västra Hamnen à Malmö) et, plus haut, le parc floral avec le golf et le stade Matmut Atlantique (construit par Herzog & De Meuron!), où se déroulent les matches des Girondins de Bordeaux ainsi que les grands concerts.

 

Que visiter à Bordeaux ?

La Cité du Vin

Avec La Cité du Vin, Bordeaux s’est dotée en 2016 d’un monument contemporain à la mesure de son histoire. Nouveau signe architectural fort dans la ville, ce musée met à l’honneur le « nectar des dieux », non seulement en Gironde mais également en France et dans le Monde, à travers son caractère ancestral et universel. Située tel un phare au bord de la Garonne, la Cité du Vin se voit en arrivant à Bordeaux. Depuis le célèbre Musée Guggenheim Bilbao en 1999, toutes les villes veulent leur musée-iconique. C’est le groupe XTU Architects qui a remporté le concours en présentant ce projet associant audace esthétique et ancrage territorial. Une architecture in situ, doublement, par son évocation globale ainsi que par ses lignes et couleurs. Selon la météo et l’heure, l’édifice prend vie, s’anime au gré et à la faveur des éclaircies. Quand le soleil l’illumine, la Cité du Vin se pare de reflets dorés. Le soir, au coucher du soleil, elle s’embrase comme un feu sacré dans la ville.

La Cité du Vin de Bordeaux © L’Oeil d’Édouard / Instagram 📷

Le dessein de La Cité du Vin de Bordeaux est de consacrer un lieu à la découverte du vin, à travers différents prismes (historique, géographique, sociétal, technique, scientifique, artistique…) : 19 modules en 6 grandes thématiques dans un parcours immersif, didactique, ludique et sensoriel. Cependant, elle se veut être également un animateur de la vie culturelle locale avec de nombreux autres espaces pour découvrir l’univers du vin tout au long de l’année : des expositions temporaires, des ateliers de dégustation, des spectacles et conférences, une bibliothèque, une cave à vin et deux restaurants. Au sommet, depuis les coursives extérieures du belvédère, situé à 35 mètres du sol, Bordeaux s’offre à 360° : la Garonne et le pont d’Aquitaine, les quais, les flèches dépassantes de l’église Saint-Louis des Chartrons, de la cathédrale Saint-André de Bordeaux et de la basilique Saint-Michel ainsi que le néo-quartier des Bassins à flot.

En fin de compte, La Cité du Vin de Bordeaux a été une très agréable surprise ! Pour être honnête, en arrivant le matin, je pensais y passer juste quelques heures. Mais, particulièrement séduit par l’architecture du bâtiment et finalement très intéressé par la muséographie (qualité et diversité des contenus, mise en scène), j’y ai passé quasiment toute la journée ! Je vous recommande vivement la visite, même et surtout en famille, de ce lieu incontournable à Bordeaux ! (réserver son billet coupe-file)

Article : architecture et visite de la Cité du Vin

 

Les Bassins des Lumières

L’autre belle découverte lorsque j’ai visité Bordeaux ! Située dans le quartier des Bassins à flot, cette ancienne base sous-marine, construite par l’armée allemande (1940-1943) lors de l’occupation, a été réhabilitée en lieu culturel en 2020 (le Beau finit toujours par vaincre !). En arrivant, l’édifice impressionne ! Vraiment ! On sent le poids (c’est le cas de le dire) de l’Histoire, avec un bâtiment massif, devant protéger les sous-marins des bombes (plus d’infos ici). Aujourd’hui, seuls quatre bassins en eau (110 mètres de long sur 22 m de large et 12 m de hauteur) sont ouverts au public. Avec un espace scénograghique de 12000 m2 (équipés de 90 vidéoprojecteurs et 80 enceintes), il est le plus grand centre d’art numérique au monde !

À l’intérieur, la même sensation, décuplée même ! Plongé dans le noir, l’espace est illisible, on perd ses repères. Le son, lourd, étouffé, résonnant, et la chaleur estivale, modérée mais pesante et humide. L’atmosphère m’a littéralement pris aux tripes. Le lieu ici n’est pas neutre, symboliquement et physiquement. Puis, la gravité, à double titre, bascule en émerveillement. Alors qu’on déambule et stationne sur les passerelles au-dessus de l’eau, les images, projetées sur les murs et le sol, se meuvent, nous soulèvent, se reflètent sur la surface de l’eau, se mettent en abîme dans les ouvertures entre les bassins. Pour ma part, c’est Venise qui était à l’honneur avec un programme long Venise, de Canaletto à Monet et un programme court Sorolla, promenades en bord de mer (dossier pédagogique). Le spectacle est indéniablement impressionnant, stupéfiant, majestueux, splendide… Pendant environ 1h, on est pleinement immergé dans « la Sérénissime » à travers des œuvres de l’art byzantin et d’illustres peintres (Canaletto, Carpaccio, Le Tintoret, Le Titien, Véronèse, Turner, Monet…) ainsi que des lieux iconiques comme la basilique Saint-Marc, le palais des Doges, la Fenice…

En parallèle des quatre bassins, trois modules abritent des projections immersives de plus petite ampleur. Parmi eux, une Citerne immersive avec une projection à 360° et Le Cube, dont l’intérieur réfléchit dans un écrin total les images sur le sol vitré. Ce sont les lieux d’exposition pour des artistes numériques actuels. En l’occurence, Cell immersion nous plongeait dans un univers microscopique, dans un fascinant balai polychromique et abstrait, à la manière d’une des Dots obsession de Yayoi Kusama (mais en numérique). Pour conclure, j’ai absolument adoré cet endroit ! Émerveillé par toutes ces images dansant dans ce sensationnel espace, j’ai passé plus d’1h30. Avec La Cité du Vin, les Bassins des Lumières font incontestablement partie des lieux à ne pas manquer à Bordeaux ! (réserver son billet coupe-file)

Les musées à voir à Bordeaux

Pour les esthètes, il y a le Musée des Beaux-Arts (art européen du XVe au XXe siècle avec quelques Titien, Véronèse, Brueghel, Van Dyck, Rubens, Chardin, Delacroix, Corot, Rodin, Picasso, Matisse..) et, pour l’art contemporain du XXe, le FRAC Nouvelle-Aquitaine situé dans le nouveau bâtiment de La MÉCA, créée en 2019, et l’Institut Bernard Magrez ainsi que le Musée des Arts Décoratifs et du Design. Pour les amateurs de street art, allez déambuler dans le quartier des Chartrons ou, comme dit plus haut, du côté du Darwin écosystème (localisation sur street-artwork.com). Vous pouvez aussi partir à la découverte des nombreuses œuvres d’art contemporain installées dans la ville.

Mais, du séjour de mes 20 ans, alors en étude en école d’art, je me souvenais de ma visite du CAPC, un lieu qui m’avait marqué. En effet, le musée d’art contemporain a investi un ancien entrepôt de denrées coloniales de 3422 m2. Particularité de l’édifice bâti en 1824 : une immense “nef” offrant la possibilité d’œuvres monumentales (comme, par exemple, une des plus impressionnantes, l’installation in situ Arguments topiques (1991) de Daniel Buren, démultipliant l’espace tout en en perturbant la perception).
Outre les expositions temporaires, le centre d’art possède une collection de près de 1300 œuvres d’environ 200 artistes, dont les plus célèbres de l’art contemporain de la seconde moitié de XXe siècle (Daniel Dezeuze, Hervé Ri Rosa, Robert Combas, Jean-Marc Bustamante, Miquel Barceló, Mario Merz, Sol Lewitt, Richard Long, Claude Viallat, Lawrence Weiner, Bernd & Hilla Becher, Bruce Nauman, Annette Messager, Fabrice Hybert, Gilbert & George, Nan Goldin, Georges Rousse, Claude Boltanski…)

Pour les passionnés d’histoire (mais pas que), Clémence, la guide rencontrée sur place, m’a également fortement recommandé la visite du Musée d’Aquitaine pour son apport historique sur la ville. Dans le même registre, il y a le Musée de l’Histoire Maritime de Bordeaux, le Musée du Vin et du Négoce et le Musée National des Douanes. Pour les scientifiques, le Museum Science et Nature, le Musée d’Ethnographie, Cap Sciences et le nouveau Musée Mer Marine.

Astuce : pour optimiser votre budget visite, je vous conseille le City Pass Bordeaux (48 ou 72h) que j’ai utilisé. Il regroupe l’accès à 20 musées et monuments, les transports publics illimités (pour se déplacer rapidement d’un site à l’autre en tram) ainsi qu’une visite guidée de Saint-Émilion.

Infos pratiques

Pour profiter au mieux de votre week-end à Bordeaux (notamment pour les plus gourmands !), retrouvez mon guide pratique (avec une carte) dans lequel je partage mes bons plans et conseils ainsi que les adresses et avis : transports, musées, bars, restaurants et hébergement testés…

Où dormir à Bordeaux ?

Moxy Bordeaux :
J’ai passé deux nuits dans cet hôtel situé juste au nord du centre-ville, dans le nouveau quartier de Bacalan, juste à côté de La Cité du Vin. La décoration intérieure est séduisante avec une ambiance loft auberge de jeunesse (canapés en cuir et mobilier vintage, baby foot, photomaton, étagères avec livres, bd, jeux de société…). Accueil très sympa avec un cocktail maison en arrivant. À savoir qu’un parking couvert se trouve juste derrière pour laisser garée la voiture durant son séjour.

Au sujet de la chambre (parce que c’est quand même bien ça l’essentiel !), grande classe : décoration sobre mais très élégante, un canapé, un écran-plat, un grand lit 2 places, une salle de bain avec douche à l’italienne… bref, le top ! C’est le cas de le dire puisque j’ai logé au dernier étage avec une grande terrasse orientée Ouest : vue imprenable sur les bassins à flot et le coucher de soleil (en prime, un hamac 2 places pour profiter !). Le matin, petit déjeuner qualitatif, varié (français sucré et nordique salé) et copieux (à volonté). Nuit absolument silencieuse. ➜ tarifs et réservation



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