Trek dans le MERCANTOUR : Tour par la VALLÉE DES MERVEILLES

Randonnée Lac Vert - Massif du Mercantour Alpes-Maritimes Provence-Alpes-Côte d'Azur / Paysage Montagne Trek Outdoor Landscape Mountain lake Hike Hike Trekking

Dans les montagnes alpines françaises, le Mercantour occupe une place de choix dans l’imaginaire. Il résonnait de surcroît dans le mien avec un parfum d’exotisme puisque loin de mes terres savoyardes. À force d’en entendre parler depuis plusieurs années, je me suis motivé à aller visiter ces paysages des Alpes du Sud lors d’un trek de 4 jours. L’itinéraire part de la Vallée de la Vésubie jusqu’à la célèbre Vallée des Merveilles, agrémenté des ascensions du Mont Clapier et du Mont Bégo.

Itinéraire : GR 52 et variantes
Massif : Mercantour (Alpes-Maririmes)

Départ : Saint-Grat (1550 m)
Arrivée : Pont du Countet (1700 m)

Carte IGN : Vallée de la Vésubie 3741 0T

Dénivelé cumulé : +4000 m / -3850m
Distance : 41 km

Durée : 4 jours (de 9h à +/- 18h)

Difficulté : ★★★☆☆
(quelques passages à ★★★★)

de juin à octobre

Intérêt : ♥♥♥♥
Trekking
Bivouacs / Refuges
Lacs de Montagne
+ 3000 mètres
Bouquetins / Chamois

Autonomie : semi-complète (nuits en bivouac + dîners en refuge)
Matériel : sac à dos 44L + contenu, tente ul 2 personnes, duvet, matelas autogonflant

Avant de partir, êtes-vous bien équipé ? ➜ retrouvez ma liste de contenu de sac à dos de randonnée ✔︎

➜ Se rendre au Pont du Countet

Compter 1h30 depuis Nice. Mais peu importe d’où on part, l’idée est de rentrer dans la Vallée de la Vésubie, par le Sud de préférence (Plan-du-Var). La M2565 remonte durant 30 min les splendides gorges en passant Saint-Jean la Rivière et Lantosque. Juste avant Roquebillière (à gauche), poursuivre à droite pour monter les lacets allant au bien-nommé village Belvédère. Ensuite suivre le Chemin de Saint-Blaise M171 dans le Vallon de la Gordolasque jusqu’au bout de la route. Venus à deux voitures, on en a laissé une au Pont du Countet pour réellement démarrer le trek à Saint-Grat (ça sera toujours ça de gagné lors du 4e et dernier jour.

 






 


J1 : Saint-Grat ➜ Madone de Fenestre ➜ Refuge de Nice

dénivelé : +1600 m / -950 m cumulés

distance : 14 km

durée : 8 h hors pauses

Par la Baisse de Prals

Depuis le grand parking du Pont du Countet, on peut rejoindre le Refuge de Nice en 2 heures en remontant le Vallon de la Gordolasque. Toutefois, ça aurait fait trop court pour une première étape. Du coup, on s’est rajouté une variante par la Madone de Fenestre. Après tout, le nom Mercantour tient son étymologie du sommet la Cime du Mercantour, originellement mau contour, « mauvais contour ». Alors que, sans intention de dévoiler en amont, tout s’est plutôt très bien passé durant ces 4 jours de trek.

Comme nous étions montés à deux voitures, nous sommes redescendus au hameau de Saint-Grat en se garant sur un petit parking au bord de la route. Le sentier remonte vers la Baisse (va comprendre…) de Prals. Les lacets traversent des pentes herbeuses en passant au milieu des conifères. À la sortie de la forêt clairsemée, la vue se dégage sur un premier sommet remarquable, le Mont du Grand Capelet (2935 m). Après les deux cabanes d’alpage et son bébé patou, le chemin se poursuit à découvert dans une grande prairie. Idéal pour se mettre en jambe.

 

Deux heures après notre départ de Saint-Grat, nous atteignons la Baisse de Prals (2345 m). Premier point de contrôle sur nos états de forme (« ça va ? la baisse ! ») et sur les premiers panoramas sur le Mercantour. Chacun est unanime : « c’est splendide ! On va se régaler ! » Le Vallon de Prals amène le regard sur celui de la Madone de Fenestre et les montagnes rocheuses dont la fameuse Cime du Gélas (3143 m), objectif mort-né de notre trek. On s’attendait à une étape banale mais, en fin ce compte, ce tronçon est bien plus joli qu’escompté. On a même vue sur la mer ! « On dirait le Sud… »

Vers la Madone de la Fenestre

Le sentier, très agréable, traverse ensuite une pente débonnaire sur la droite. Avec non moins de délectation, nous traversons maintenant le vaste paysage mêlant végétal et minéral sous un grand ciel bleu qu’on observait plus haut. Quelques 100 mètres plus bas et 2,5 kilomètres plus loin au fond à droite, nous arrivons sur le plateau des cinq Lacs de Prals. Nous pensions qu’en ce milieu de mois d’août, nous risquions de trouver des mares asséchées mais il n’en est rien. Midi approche, ce sera un endroit parfait pour se poser et casser la croûte (enfin, c’est déjà bien ce qu’on avait prévu de toute façon). Il y aura juste un gars qui pensera pertinent de substituer la quiétude des montagnes que sont venus chercher les randonneurs au son de sa flûte imposé à tous. Merci mec mais j’me suis pas tapé 6 heures de route hier et 3 heures de marche ce matin pour vivre une ambiance « couloir de métro à Châtelet Les Halles ».

 

Profitant d’une bonne pause d’1h30 (nous avons trempé les pieds mais personne n’a osé se baigner), je suis allé voir sur le petit promontoire juste au-dessus. L’être humain est incorrigible avec ses aspirations icariennes… De mauvaise foi, je rétorquerai l’alibi du point de vue photographique. En effet, le belvédère permet une plongée (visuelle !) sur l’ensemble des cinq lacs.

 

La salade de thon et le pain de seigle dans l’estomac, nous reprenons notre trek du Mercantour par la Baisse des Cinq Lacs (faut-il y voir une ancestrale appellation d’anticipation en prévision au réchauffement climatique ?). C’est à partir de ce col qu’on a aperçu les premières espèces animales, à savoir des chamois. Alors que connues pour être particulièrement très sauvages, un couple de randonneurs, croisés peu avant, de nous dire que les caprinés locales ici étaient très peu farouches et qu’on pouvait les approcher d’assez près. Dans ce cas précis, ils descendaient tranquillement un pierrier en famille mais la joie d’en voir juste après quelques heures était déjà là.

L’itinéraire s’enfonce ensuite dans le forestier Vallon du Ponset. Agréable mais un peu longuet… On croise des gens faisant la montée aux Lacs de Prals à la journée. Sur la fin, les branches laissent apparaître le refuge et la Chapelle de Madone de la Fenestre. Mais il est déjà « tard » et un détour touristique rallongerait d’au moins une heure aller-retour.

 

Par le Pas du Mont Colomb

Au niveau de la bifurcation n°367 (ne me demandez pas pourquoi les croisements sont numérotés dans le Mercantour, je ne suis pas du tout du coin !), on se lance dans notre dernière ascension cette première journée dans le Mercantour, le Pas du Mont Colomb, avec +650 mètres de dénivelé sur 2 kilomètres. Tout ça (re)commence par une sentier suivant le Cabret. Pendant que, masochistement, nous nous remettons encore quelques suées épidermiques certains, eux, dans une innocente arrogance, se rafraichissent sous nos yeux à la faveur d’une cascade torrentielle, brumisateur naturel vertueux en ce mois d’août. Qu’importe, vaillants, nous connaissons notre chance d’être ici, même transpirants.

Mais il est vrai que cette deuxième raideur, cumulée à la chaleur de ce milieu d’après-midi, plombent un peu notre joie de vivre. Concentrés sur notre économie d’efforts (et la bière qui viendra les récompenser ce soir !), nous avançons pas à pas sur ce sentier qui devient pierrier. Ça cogne ! Un petit replat et on finit de contourner le Caire de la Madone pour se retrouver à ses pieds. Si « Madeleine a les genoux cagneux », la Madone a les petons rocheux.

 

C’est dorénavant une casse que nous traversons dans cet ubac. Et c’est exactement ici que commencera le fil rouge comique quoique pénalisant (surtout pour le principal intéressé) dans notre trek dans le Mercantour : une semelle qui se défait… Les frottements et les appuis en pivot ont fait qu’elle a commencé à se décoller devant et derrière. « Tiens, mets du strap, on réparera ça mieux au refuge. » (affaire à suivre…) Alors que le vallon gagne en altitude, il perd en largeur et le Pas du Mont Colomb commence à poindre au cœur d’un cirque minéral chaotique. On se dirait trois hobbits cheminant vers une porte du Mordor. D’autant plus que la météo semble être en train de rapidement se gâter…

 

Mais, clap de fin sur un scénario sombre, c’est un tout autre spectacle qui attire notre attention sur notre droite : une harde de chamois (mères et éterlous) se paie la vie belle sur les rochers. Plus loin, en haut à gauche, ce seront deux bouquetins nonchalants qui marchent tranquillement au loin. Encore quelques lacets dans les cailloux et, après 2h30 d’ascension, nous atteignons le Pas du Mont Colomb (2548 m). Il est 17h et la soupe est servie dans deux heures en bas. Plus de temps à perdre !

© L’Oeil d’Édouard

La descente est un peu raide (et donc délicate, notamment après une journée dans les pattes). On reste vigilant à ne pas se faire un genou ou une cheville en roulant sur les pierres n’amassant pas mousse. Une demi-heure pour rejoindre le sentier classique démarrant du Pont du Countet, puis une autre en longeant le Lac de la Fous jusqu’au Refuge de Nice.

⛺️ Bivouac au Refuge de Nice

Les ultimes marches pour atteindre le refuge sont un dernier petit supplice, tant physique que mental. On avait fait le deuil de toute ascension pour cette journée. Objectif n°1 : s’enlever une petite appréhension en signalant notre arrivée au gardien du refuge (j’avais réservé le dîner – obligatoire – mais je n’avais pas eu de confirmation). Ensuite, on descend se chercher un replat en contrebas pour passer les tentes. Forcément, premiers arrivés, premiers servis, les meilleurs spots ont été pris. Argh ! Au final, on sera quand-même pas si mal non plus.

La logistique réglée, nous retournons au refuge et maintenant… place au plaisir ! Enlever ses chaussures, prendre une douche (2€ les quelques minutes), se changer, boire une bière… Le refuge est complètement rempli ! On partage la table et les plats avec de sympathiques italiens venus randonner dans le Mercantour.

Après le repas, nous revoyons notre itinéraire du lendemain (« Alors, Mont Clapier ou pas Mont Clapier ? Ok, mais on redescend par où ? Ça passe par là tu penses ? »). Christophe, gardien du refuge et donc expert en son jardin, nous apportera sa lumière en validant notre projet et nous conseillant de descendre par le couloir Asquasciati. Premier jour également de réparation de chaussure pour Gaël. Le gardien lui file une vieille chambre à air de vélo pour l’enrouler autour de la semelle…

En revenant à la tente à la frontale, deux billes lumineuses nous fixent dans le noir. Puis file à toute vitesse, s’arrête brusquement, se retourne, nous observe, puis détale à nouveau. Notre malheureux cordonnier improvisé, fin connaisseur de la faune sauvage, nous affirmera que c’était un loup… (il y en aurait une quarantaine sur l’ensemble Parc du Mercantour). On urinera toutes les bières qu’on peut autour des tentes !!

J2 : Refuge de Nice ➜ Mont Clapier ➜ Refuge de Valmasque

dénivelé : +900 m / -900 m cumulés

distance : 7 km

durée : 2h + 3h hors pauses

Réveil sous une douce lumière venant raviver les cimes du Mercantour… On plie nos gaules pour aller prendre un grand café chaud sur la terrasse du refuge (encore à l’ombre, dommage, mais on aura bien le temps de cramer). Cela permet également d’observer notre itinéraire de montée, enfin du moins la partie évidente parce que la suite est cachée. 8h01, les lacets sont faits (et les chambres à air aussi…), les sacs sont sur les dos et le traditionnel « on a rien oublié ? » (comme si on le faisait consciemment ou si on pouvait déjà le savoir) en guise de top départ.

 

Ascension du Mont Clapier

La montée dans le Vallon de Pagari est un peu raide mais les lacets sont parfaits pour réduire l’effort et se chauffer progressivement. Chaque pas offre une vue de plus en plus saisissante sur la plaine de la Fous et son lac, le refuge, le Mont Colomb, le Mont Ponset… En une heure à peine, nous arrivons au niveau des deux Lacs du Mont Clapier, alimentés par encore quelques plaques de neige persistantes. Leur couleur émeraude nous oblige à une pause contemplative, dernier instant de fraicheur avant, on le sait, le cagnard sur cailloux à venir.

 

C’est ensuite une randonnée à la bonne intuition dans un désert de rochers. S’il y a bien quelques cairns (a priori…) providentiels qui viennent rassurer ces choix, l’ensemble de l’itinéraire se fait à vue, en confrontant lecture de carte à celle du terrain, agrémenté d’une pointe de bon sens. L’idée est de remonter certaines combes (les bonnes si possible) en suivant le tracé de ski de rando (sur la carte, évidemment, pas sous nos pieds ! Quand on vous dit de lever le nez…). Par moments, oser aller se confronter à une « faiblesse » dans une barre rocheuse, laquelle nécessitera parfois l’aide des mains. Sortis de là, la partie finale de l’ascension du Mont Clapier ne trahit pas son appellation (rien à voir avec les lapins, un clapier signifie en occitan un « tas de pierre » et usuellement aujourd’hui un gros pierrier ou une petite casse). Par conséquent, la marche est plus éprouvante. Des zigzags sont bien plus ou moins marqués versant Ouest mais les pas sont inégaux et s’enfoncent sous notre poids lesté ou vacillent sur des pierres instables.

 

10h45, nous voilà arrivés aux 3045 mètres sommitaux ! J’ai bien fait d’insister hier soir auprès de mes deux acolytes (je voulais absolument faire « un 3000 » au cours du trek, la vue est tout bonnement splendide depuis le Mont Clapier !! Sommet de plus de 3000 mètres le plus méridional des Alpes, il offre un panorama à 360° sur l’ensemble du Mercantour ! Pour une première dans le massif, on est servis ! Au Nord (un mètre de plus et on est en Italie mais aussi plusieurs centaines de mètres plus bas !), une vue vertigineusement plongeante sur un profond vallon avec le Lago Bianco et quelques névés et plein de sommets italiens (dont le Monte Argentera, plus haut sommet local culminant à 3297 m, et, au loin, dans son habituel écrin de nuages, l’iconique Monte Viso, 3897 m d’altitude).

 

Côté français, le regard balaie un paysage imprenable. À l’Ouest, le Lac Long, suspendu contraint au pied d’une enfilade alpine Pas de Pagari, Cime de Malédie et Cime de Gélas (3143 m). Puis, plus au Sud, les siamois Mont Ponset (2828 m) et Mont Neiglier (2786 m), le Mont du Grand Capelet (2935 m) et le mythique Mont Bégo (2872 m), objectif de notre 4e jour de trek dans le Mercantour. Et, assez insolite pour moi, la Mer Méditerranée en toile de fond (ça me change du Mont Blanc !).

Variante pour le Refuge de Valmasque

Heureux de ne pas avoir maintenant à redescendre jusqu’au Refuge de Nice pour reprendre le GR52 pour remonter à la Baisse du Basto (+ 500 m de dénivelé), nous entamons notre descente au Mont Clapier à la recherche du couloir Asquasciati, conseillé la veille par le gardien du refuge et marqué sur la carte. De toute façon, c’est simple, on ne peut pas se tromper, il n’y en a qu’une, toutes les autres nécessitent une corde pour ne pas se tuer ! En fin de compte, nous « tombons » dessus assez facilement au pied d’un gros rocher. Du haut, cette brèche apparait raide mais ça ne semble pas non plus hyper compliqué. En revanche, c’est une accumulation hyper casse-gueule de pierres ! Et, comme elles ne poussent pas, elles sont forcément tombées d’au-dessus de nous… Consigne : on ne traine pas et on reste groupé (pour ne pas que les pierres prennent de la vitesse sur le copain plus bas). Par ailleurs, attention, on était mi-août et fort est à parier que ce couloir reste longtemps enneigé et praticable uniquement équipé de crampons / piolet… Nous poursuivons la sortie du couloir par un pierrier et filons vite et loin nous mettre à l’abri d’un éventuel chamois expérimentant les apprentissages de Newton…

 

Dans le creux du Vallon de la Fous, la fonte des anciens glaciers a laissé place à un grand chaos de pierres, encore recouvert de neige à de nombreux endroits. Nous ne sommes pas prêts de croiser quelqu’un ici… Hé bien si, ou pas tout à fait… Justement, la faune sauvage a trouvé asile au niveau de ce col et nous apercevons de loin quelques jeunes bouquetins joueurs, étrangement plus farouches que les chamois du Mercantour ! Quel plaisir de pouvoir s’émerveiller de cela, intense parce que fugace. En poursuivant au Pas de la Fous (2828 m), on cohabitera encore avec quelques cornus curieux pendant notre pause casse-croûte / repose-cuisses.

 

Nous abordons alors la dernière partie de cette deuxième étape, une longue descente pour atteindre le Refuge de Valmasque. Le sentier serpente sur des ressauts terrasses avec vue plongeante sur le Lac de la Lusière et le Lac Gelé, enclavés entre la Cime Ouest de la Charnassère, la Cime Viglino et la Cime Lusière. Avec cette intense couleur verte, presque noire, sur laquelle baignent des névés et ce plafond grisâtre, l’ambiance est absolument sublime. Très différente de ce qu’on avait vu jusque là, plus arctique. (note pour plus tard : Gaël, assoiffé, a bu ici l’eau du lac…)

 

Après avoir encore surpris des chamois cavalant dans les barres rocheuses (le Parc du Mercantour est leur paradis !), le « sentier » traverse un pierrier débonnaire où l’horizon se dégage petit à petit sur le Lac Noir, puis le Lac Vert avec le très photogénique Refuge de Valmasque. Le Mont Bégo tout à droite. Malgré de multiples bienveillants, les semelles refont parler d’elles, d’autant la droite est maintenant jalouse de sa sœur gauche avec une fâcheuse à venir lécher les pierres à chaque lever de pied. « Tiens, mets du strap, on réparera ça mieux au refuge. » (affaire à suivre…)

 

Après deux heures de descente (et de bricolage), nous atteignons le barrage du Lac Noir et rejoignons un sentier balisé. Deux itinéraires sont possibles : un plus long, rejoignant aussi la Combe de Valmasque, ou un plus direct, serpentant au milieu des rochers le long du Lac Vert. Lorsque le Refuge de Valmasque apparait à nouveau, les papilles s’affolent en imaginant la bière tant méritée couler dans le dallot…

 

⛺️ Bivouac au Refuge de Valmasque

Au milieu des montagnes du Mercantour, le Refuge de Valmasque est un vrai havre de paix ! Pendant que nous installons nos tentes près du barrage, les bouquetins font tranquillement leur vie à proximité des randonneurs épuisés et des pêcheurs montés bivouaquer. Absolument somptueux, le lac inspire un profond sentiment de quiétude (en plus de la détente de fin de journée…).

L’accueil est très agréable, avec une ambiance très détendue malgré le fait qu’il est plein à craquer (je le précise parce que c’est souvent une dite-excuse…). Au repas, une délicieuse polenta et viande cuisinée au curcuma (ou tofu pour les végétariens). On est refait ! Puisque l’étape du lendemain ne présente aucune complexité, on finira la soirée en sirotant un génépi…

J3 : Refuge de Valmasque ➜ Refuge des Merveilles

dénivelé : +350 m / -450 m cumulés

distance : 8 km

durée : 5 h hors pauses

Comme une impression d’avoir été visité par une bête sauvage cette nuit… En fait, on apprendra que c’est Gaël a vomi toute la nuit. L’eau du Lac de la Lusière ingurgitée la veille lui a vraisemblablement été fatale (maintenant, on saura qu’il faut reminéraliser la neige fondue et l’eau glaciaire). Du coup, ce matin, aujourd’hui, on va se la faire tout doux… Ainsi, l’horaire indiqué juste au-dessus est très laaarge (les panneaux indiquent plutôt 3 heures si on veut tracer sans savourer ces splendides paysages que nous offre le Mercantour). Petit-déjeuner contemplatif sur la terrasse du refuge. Le Lac Vert est encore plus beau ce matin. Aucune brise, aucune onde, c’est un parfait miroir où se reflètent les formes et couleurs des montagnes.

Les trois lacs et la Baisse de Valmasque

Pendant ce temps-là, en plus de réparer son estomac, Gaël s’emploie également à celle de ses chaussures. Aujourd’hui, épisode II de MacGyver dans le Mercantour, c’est avec du fil de fer ! Nous reprenons le chemin de la veille au bord du Lac Vert, toujours aussi charmant… En quelques minutes, des nuages se forment un peu partout et se fixent sur les sommets… Au niveau du barrage, nous poursuivrons au Sud sur un sentier longeant tranquillement les lacs. Très peu de montées ou alors, tout au plus, juste douces…

 

Plus petit que ces deux voisins, le Lac Noir n’en est pas moins charmant. Esthète idéaliste (et idéalisant), Léonard de Vinci aurait surement cherché ici les signes d’une perfection de la nature (si on met de côté que c’est un artificiel). En effet, le ciel se reflète dans l’eau et une remarquable symétrie gauche/droite se joue autour du rocher situé plein axe central. Le sentier balcon suit à gauche avec une délicieuse vue sur les reliefs de la Cime Chamineye.

© L’Oeil d’Édouard

Le plus méridional du triptyque lacustre du vallon de Valmasque, le Lac du Basto en est aussi le plus grand. Le contraste eau et roches se conjugue dans ce superbe paysage où la vaste étendue horizontale souligne les montagnes escarpées du Basto. Les randonneurs ne s’y trompent avec, ça et là, de nombreuses pauses « sieste au bord de l’eau ». L’ambiance méditerranéenne porte ses effluves jusque dans les altitudes du Mercantour… Ne « manquent » que la glacière et le parasol. Ouf, nous sommes encore préservés ici-haut !

 

Le bout du lac est le carrefour de plusieurs itinéraires de randonnées. En plus de relier le Refuge de Valmasque et le Refuge des Merveilles comme nous faisons aujourd’hui, un sentier part en direction de la Baisse du Basto (il s’agit du tracé du GR52, Grande Traversée du Mercantour) ou du Refuge de Fontanalba. Mais cette grande prairie herbeuse est surtout le lieu où les chamois viennent paitre comme des chèvres. Alors que chez moi, on galère à les apercevoir à moins de 100 mètres avant qu’ils ne détalent, ici, on peut s’en rapprocher à quelques mètres à peine. Hallucinant !! Si quelqu’un peut donner à tous (dans les commentaires en bas) l’explication de pourquoi sont-ils aussi peu craintifs de l’Homme, je suis carrément preneur !

La Vallée des Merveilles

Ensuite, la montée au col se fait, une fois n’est pas coutume, dans un gros pierrier. Plus raide passage de la journée, il s’agit du seul effort physique que nous faisons et encore, pas bien violent. Le sentier est bien tracé et les lacets digestes. 200 mètres plus haut et 30 minutes après le Lac du Basto, nous atteignons les 2540 mètres de la Baisse de Valmasque. Curieux d’enfin voir la tant attendue Vallée des Merveilles, nos yeux plongent de l’autre côté dans la foulée (c’est le cas de le dire !). Bon… la météo est en train de tourner et… c’est sans doute plus joli sous un soleil radieux… Tiens, il y a un lac qui a l’air sympa là-haut à droite (Lacs des Conques).

© L’Oeil d’Édouard

Quelques lacets sur sentier terreux et nous arrivons dans la Vallée des Merveilles du Parc National du Mercantour. Cet ancien site glaciaire tient sa notoriété de son patrimoine archéologique. Environ 40.000 inscriptions ont été gravées dans le schiste depuis l’Âge du Bronze, il y a plus de 4000 ans. Les hypothèses sur leurs origines sont multiples mais le consensus général est bien l’expression d’une vie quotidienne (bétail, outils…) et vraisemblablement une fonction cultuelle. Riche de ce passé, le site a été classé « monument historique » et est dorénavant protégé. Un ensemble de panneaux renseigne pour le lieu et indique les règles à respecter (rester sur les sentiers, ne pas utiliser les pointes métalliques des bâtons pour ne pas abimer les rochers…).

Globalement, c’est à partir du Lac des Merveilles que se trouvent les gravures rupestres les plus remarquables. Au début, les yeux rivés sur la carte IGN, on cherchait désespérément à ne pas en rater une. En fait, des panneaux indicatifs jalonnent le parcours de randonnée. La première est la Roche de l’Autel, immense dalle rose et bleutée à inspecter… C’est un guide du Parc, dévoué à cette mission (et à la surveillance également), qui nous partagera d’intéressantes explications. Ensuite, après le lac et la cluse qui suit, la massive Stèle du Chef de Tribu (qui n’est en fait qu’une reproduction moulée de 1988 pour préserver l’original conservé au musée des Merveilles à Tende) et le Christ, originellement juste figure à deux cornes anthropomorphisée par la suite en rajoutant des traits.

 

L’orage s’abat sur nous à ce moment-là. Apparemment, la situation météorologique est courante du fait des hauts reliefs alentours sur lesquels viennent s’accrocher les nuages. Il existerait donc un micro-climat dans la Vallée des Merveilles. Quelques minutes à peine après, le soleil réapparait par enchantement ! Jusqu’ici, avec ce temps maussade, l’ambiance était assez terne au milieu de roches violettes et verdâtres. Là, le lichen scintille ! J’adore la vibrance des couleurs après la pluie.

Plus loin, alors que l’on sort de ce couloir, un mur rocheux montagneux, poli par le mouvement de l’ancien glacier : la Paroi vitrifiée regroupe de multiples gravures inscrites au fil des millénaires. Toutefois, il est véritablement regrettable que les innombrables graffitis de bergers, bandits et soldats des XIXe et début XXe siècles aient recouvert les premiers dessins. Si deux plaques informatives nous aident à les situer, certains resteront indécelables malgré tous nos efforts oculaires. Sur le chemin vers le Refuge des Merveilles, nous nous arrêterons voir la Roche « vandalisée » (brisée en deux) et la Roche de « l’éclat ». Pour avoir plus d’infos et de photos sur ces gravures, rendez-vous sur mon article spécifique sur la Vallée des Merveilles.

 

Même si, depuis le début, on ne s’extasie pas non plus à la vue de ces représentations (pour être honnête, vu tout le tintouin, on s’attendait à des choses de plus grandes envergures et plus complexes), c’est quand-même très impressionnant de remettre cela dans une perspective temporelle. Il y a 3000 ou 4000 ans, des hommes ont gravé cela sur une pierre et, aujourd’hui, au XXIe siècle, nous observons leurs œuvres. C’est vertigineux !

Le sentier arrive ensuite sur une vaste étendue herbeuse avec le Lac Long Supérieur en son creux et le Refuge des Merveilles aux abords. L’ensemble du site regorge de lacs sur le plateau, plus d’une dizaine. Arrivés un peu tard pour repartir, nous n’aurons pas le plaisir de les découvrir (c’était notre plan B pour demain).

⛺️ Bivouac au Refuge des Merveilles

En arrivant, le serveur nous donne les consignes : dormir en tente autour du Refuge des Merveilles est autorisé mais « parqué » dans une aire de bivouac située 50 mètres au-dessus. De plus, on ne peut pas s’installer avant 19h (ou toléré à 18h30 si repas au refuge, les forces du consumérisme peut faire plier n’importe quelle valeur…). Bière et cacahuètes pour patienter donc… Sur la terrasse encore ensoleillée, on retrouve certaines mêmes têtes que la veille. Au vu du nombre de clients servis sur fond de forte musique rock et reggae, le Refuge des Merveilles ressemble davantage à un gros gîte ultra-touristique du Mercantour qu’à un refuge de montagne.

 

Le diner est copieux et assez bon dans l’ensemble. D’ailleurs, à la fin du repas, quand on décide de se décider si oui ou non on tente de gravir le Mont Bégo, les infos météo pour le lendemain seront plus qu’approximatives (« Non, on ne sait pas, il devrait sans doute peut-être pleuvoir quelques gouttes en fin d’aprèm »). Un autre serveur de nous dire qu’il fallait 2h30 pour atteindre le sommet en ayant un rythme sportif (en fait, le lendemain ben…. lire la suite). En attendant, après la pluie, le beau temps nocturne (le ciel est décidément très capricieux dans le Mercantour). Avant de rentrer sous la tente, on se laisse divaguer en regardant les étoiles, faisant un vœu de clémence météorologique pour demain…

© L’Oeil d’Édouard

 

J4 : Refuge de Merveilles ➜ Mont Bégo ➜ Pont du Countet

dénivelé : +1150 m / -1550 m cumulés

distance : 12 km

durée : 6 h hors pauses

Ascension du Mont Bégo

Face aux incertitudes météo des gardiens (…) mais bien décidés à gravir le Mont Bégo, Fabrice et moi avons mis le réveil à 6h pour un départ à 7h. Gaël restera avec Morphée pour se requinquer pour le retour et gardera nos affaires délestées (on monte ultra-light !). Le ciel est voilé ce matin. Même s’il n’est pas menaçant, il est quand-même en avance sur nos prévisions / espérance… Nous sommes d’accord, on ne traine pas ! Cela tombe bien, l’ascension du Mont Bégo est très directe (topo détaillé ici). Après avoir traversé le barrage du Lac Long Supérieur, le sentier fait des nombreux lacets en montée sèche (870 m d+ sur 3 km). Du coup, on gagne vite de la hauteur avec une vue de plus en plus dominante sur le plateau du refuge. Les lacs Fourca, Carbon, du Tram et de la Muta (pas le temps de prendre la photo !) que nous n’avons pas visités hier se révèlent et nous donnent justement quelques regrets.

Mais, pas le temps de s’apitoyer, l’esprit est ailleurs et les yeux oscillent entre bas (le sentier) et haut (le ciel). Le gris s’obscurcit à vue d’œil et nous commençons réellement à nous poser des questions (mais aucun des deux ne l’avoue à l’autre…). Un duel s’installe entre nous et la météo. Sans se le dire, chacun accélère encore… Mais, au bout d’un moment, on confesse nos doutes respectifs (d’après les dires de la veille, il nous resterait 2h de montée) et on décide… d’un point de décision : on atteint ce replat juste au-dessus, on observe la situation et on voit ce qu’on fait.

 

Arrivés au dit-replat, on est bluffés par notre vitesse de progression, le sommet est juste là, sous nos yeux ! Nos regards excités se croisent, « on y va, on finit ! » Sans pour autant réduire le rythme, on poursuit sur ce champs de pierres. Le final nécessite un pas plus alerte avec des passages crapahute sur rochers. 8h10, nous atteignons le sommet du Mont Bégo (2872 m). Mais, la tête dans les nuages, on voit rien du tout ! Une fenêtre sur la Valauretta à l’Est et le Vallon de la Minière tout au plus. Veni, vidi, vici, on redescend direct, l’urgence est à ne pas se prendre l’orage sur le nez ! C’est vraiment con ! Ça fait des heures, des jours, des semaines qu’on rêvait de ce sommet, point d’orgue de notre trek dans le Mercantour, et en fin de compte, on pourra juste dire « on l’a fait ». On apprendra plus tard que cette montagne mythique l’était vraisemblablement devenue parce que la foudre la frappait souvent. En effet, à l’instar du Mont Olympe grec, sa forte teneur en minerai de fer, attire les éclairs (sciences & croyances…).

© L’Oeil d’Édouard

Le retour au Refuge des Merveilles se fait au pas de course. Sur le front, les premières gouttes commencent à se mêler à la transpiration. Dans la descente, le verdict tombe avec l’eau. Là, on ne rigole plus, je range l’appareil photo, on court ! Moi qui conspue tant les traileurs… (« Ah, mais en fait tu sais courir ? » se moque Fabrice). 9h00, nous arrivons au refuge. Le serveur du refuge nous avait annoncé 2h30 la montée « en mode rapide » et nous venons de faire l’aller-retour en 2h ! Si on rajoute à cela, les prévisions au pifomètre, je peux en conclure que ces jeunes saisonniers, employés pour tenir le refuge, sont complètement incompétents par rapport à la noblesse qu’est le MÉTIER de gardien de refuge !

De retour à l’abri, on découvre Gaël au milieu de tous les réfugiés climatiques en train de couper patates, carottes et oignons pour la soupe du soir. Pendant ce temps-là, le ciel explose et les randonneurs (ayant mal choisi le jour) venus depuis le Lac des Mesches arrivent au… compte-goutte.

Retour au Pont du Countet

Après 1h30 de déluge, l’accalmie se profile. Comme on se sait pas comment va se goupiller la suite, on se remet en mouvement et tentons notre chance. Gaël a fait le deuil de ses semelles et les a enterrées dans son sac. « Ça sera pas pire !« . Nous reprenons le sentier de la veille vers l’Ouest puis celui remontant progressivement en deux heures les 400 mètre vers le Pas de l’Arpette (2511 m). Dans le rétroviseur, le lac et le refuge, signe immédiat que nous quittons le Mercantour : notre trek touche à sa fin.

 

La dernière partie de notre trek dans le Mercantour se fait dans une looongue (et plutôt inintéressante, au vu du reste) descente comme on ne les aime pas dans le Vallon d’Enpuonrame. D’autant plus que le ciel est encore maussade. D’un coup, alors que nous aurions presque pu oublier son existence, nous nous étonnons d’apercevoir une simple marmotte (alors qu’on aura vu des dizaines de chamois, et encore quelques autres un peu plus bas… le monde est à l’envers dans le Mercantour !). L’ironique délicatesse du sort dans ces 4 jours de trek ponctuera une rencontre fortuite avec deux filles : l’une d’elles, observée depuis le col, avait une chaussure façon rouleau de papier toilette, emmitouflée sous des tours de strap. Gaël enchainera expériences et conseils techniques… Enfin, d’interminables lacets se terminant dans la forêt, dans une ambiance humide tropicale de chaleur post-orage. Moins de trois heures après notre départ du refuge des Merveilles, nous arrivons au Pont du Countet, (presque) point de départ de notre trek.

 

Au final, pas de blessé (sinon le décès d’une paire de chaussures), des paysages splendides associant prairies d’alpage, lacs de montagne, curiosités historiques et sommets rocheux… Les plus téméraires (pas moi !) oseront le bain dans les eaux froides et tumultueuses de la Gordolasque avant de reprendre la voiture amenant l’autre voiture laissée à Saint-Grat 4 jours plus tôt.

© L’Oeil d’Édouard / Instagram 📷

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