Le Col de Marocaz, petite pépite des Bauges

Cyclisme Col de Marocaz en vélo - Massif des Bauges Outdoor road bike

Ne vous fiez pas aux chiffres, le Col de Marocaz n’a apparemment pas à vous faire peur si vous êtes un habitué des grands cols. Mais gardez-vous bien, ce Marocaz (ne pas prononcer le ‘z’ final) est sauvage, indompté, inattendu. Il peut s’avérer rugueux et impardonnable pour celui qui le prendrait de haut. Le retour de manivelles ne se ferait alors pas attendre et les derniers kilomètres pourraient vite s’apparenter à un calvaire. D’ailleurs, en regardant les chiffres de plus près, on s’aperçoit que la pente moyenne affiche un joli 8%, avec pourtant un replat d’un petit kilomètre à mi-parcours…

Col : Col de Marocaz (958 m)
Massif : Bauges (Savoie)

Départ : Cruet

Itinéraire : Trace GPS

Difficulté : ★★★☆☆
pas très long mais irrégulier avec des passages pentus (dont 10% sur 1,2km)

Distance : 7,5 km

Dénivelé + : 645 m
(moyenne : 8% / max : 12,4%)

Intérêt : ♥♥♥
de belles vues sur la Chaine de Belledonne et le Mont Blanc. Une route étroite avec quelques beaux lacets serrés.

Route : ✔︎✔︎✔︎✔︎
– état de la route rugueux au départ puis correct
– très peu de trafic, un plaisir !




L’histoire du Col de Marocaz

Cette rudesse est-elle due à son histoire ? Le Dauphine Libéré titrait en 2012 : « Le Marocaz, ce mal-aimé », et Roland Troillard, membre de l’association Cruet et Patrimoine nous rappelait dans cet article que le col de Marocaz était ‘un enfant non désiré’. Le col relie les communes de Cruet, dans la combe de Savoie, au petit village de La Thuile, dans le Massif des Bauges, via notamment un pont de pierre construit en 1900. Une prouesse du génie militaire qui rallongeait cependant considérablement le chemin entre les deux villages qui passa alors de 3 à 8 kilomètres (!). Encore aujourd’hui, le col sert davantage de route touristique, notamment pour rejoindre l’agréable petit lac de La Thuile, que de véritable voie de liaison. Ce qui n’est évidemment pas sans déplaire aux cyclistes. Le trafic est limité sur cette route étroite et pittoresque, les automobilistes ne peuvent appuyer sur le champignon qu’au risque de se retrouver dans le ravin et les autocars n’ont pas le droit de l’emprunter.

le pont construit en 1900

le lac de la Thuile, quelques kilomètres après le col

 

Le Marocaz et le peloton pro

Le Tour de France, la plus grande course cycliste du monde ne semble pas non plus très attachée au Marocaz. Un passage aujourd’hui, avec le convoi publicitaire précédant le peloton et les milliers de spectateurs sur-excités aux bords de la route, paraît inimaginable. Les coureurs de la Grande Boucle ne risquent donc plus de s’escrimer sur les pentes du Marocaz. Mais même en remontant l’histoire du Tour, on ne trouve trace du col bauju qu’à deux reprises, en 1954 puis en 1974. La première fois, Louison Bobet décrira ‘une route à chèvres’ – et les ovins que l’on peut encore croiser côté Bauges semblent lui donner raison. Cette année là, au lendemain d’une étape d’anthologie allant de Gap à Briançon lors de laquelle le ‘Boulanger de Saint-Méen’ forgea sa légende, le peloton rejoint Aix-les-Bains, par les cols du Galibier, de Marocaz et de Plainpalais. Jean Dotto passe en tête au sommet des deux derniers et s’impose sur les rives du lac du Bourget, après 221 km de course. Mais ce coup de force n’aura pas porter chance au coureur. Certes, grâce à cette victoire d’étape, sa seule sur les routes du Tour, il s’empare provisoirement de la 3e place du général, à 17’22’’ de Louison Bobet. Mais alors que Bobet remporte l’épreuve quelques jours plus tard pour la seconde fois de sa carrière, Jean Dotto, lui, finira finalement au pied du podium à Paris, sa meilleure place sur le Tour.

En 1974, le Marocaz est abordé par son versant le plus facile et peu après le départ d’Aix-les-Bains. Le sprinteur (!) Eric Leman passe le col en tête, mais c’est l’Espagnol Vicente Lopez-Carril qui s’impose à Serre-Chevalier après 199 km, devant le cannibale Eddy Merckx. Cette année là, le Belge rafle son 5e tour, devant Poulidor et Lopez-Carril.

Les lacets du Marocaz ont également vu passer des professionnels lors de la Classique des Alpes 1998, remportée par un certain Laurent Jalabert, mais force est de constater que le ‘mal-aimé’ n’a que rarement eu les faveurs des caméras. Un mal pour un bien, le Marocaz gardant ainsi de son mystère.

Grimpons maintenant !

La route n’atteint pas les 1000 mètres d’altitude (958 m pour être précis) et est donc assez vite praticable dans la saison. Pour les photos, nous avons gravi le col fin février et il faisait très bon. Attendez néanmoins mi-mars pour être sûr de ne pas vous retrouvez dans la neige, notamment dans la descente à l’ombre des arbres, et profitez des vues sur la Chaine de Belledonne enneigée. En été, il sera préférable d’attaquer le col le matin, afin d’éviter les fortes chaleurs, notamment sur la première partie exposée au soleil. La deuxième moitié, après le pont, sera plus agréable, car plus ombragée.

Une pente à apprivoiser

Malgré ce caractère impétueux et un brin acariâtre, le Marocaz est dans le fond un grand sentimental un peu timide, franc, taquin, joueur, adorable par instant et plus revêche parfois. Dès les premières rampes, il se montre farceur ! Pas le temps de prendre son rythme, la route se cabre dans le village de Cruet, quelques hectomètres après l’église du village. Les pourcentages (12%) et le palpitant s’affolent ! Mais les blagues les plus courtes sont les meilleures et la pente ne tarde pas à s’adoucir. Ouf ! Les présomptueux auront déjà laissé quelques plumes en chemin et quelques toxines dans leurs cuisses. Le replat au lieu-dit du Masdoux permet de reprendre son rythme et son souffle, sans oublier d’admirer les maisons de pierre cossues et jardins bien entretenus du hameau. La route tourne à gauche entre les maisonnées et se dresse de nouveau devant nos yeux, mais plus doucement cette fois. Les vues sur Belledonne sont magnifiques, avec le Grand Arc qui domine la vallée.

 

La route s’élève relativement vite, ondulant à flanc de montagne, avant de bifurquer sur la gauche. Le revêtement n’est pas bien lisse, plutôt rugueux, et ajoute autant au côté pittoresque de la montée qu’à sa difficulté. Les prés alentours sont verdoyants et souvent des chevaux y broutent paisiblement, contrastant avec la force déployée pour gravir le col. Le tracé s’enfonce ensuite dans la forêt, quelques lacets en épingle permettent de sortir du sous-bois et de relancer la machine. Les pourcentages sont coriaces mais plus réguliers (entre 6 et 9%) et mieux vaut en garder encore sous le pied si on ne souhaite pas défaillir plus loin.

 

Ça passe ou ça casse

Au bout d’environ 3,5 kilomètres, à l’ombre du feuillage, la pente s’adoucit soudainement. Les plus costauds pourront enrouler du braquet, les autres reprendre tranquillement leur souffle, jusqu’à l’étroit pont de pierre, construit en 1900. Après, juste après, la route se cabre, droit devant sur quelques centaines de mètres, puis le long d’une falaise après un virage en lacet. La pente est raide, ardue et serpente comme cela sans répit pendant deux bons kilomètres. C’est à cet instant précis qu’il faut être capable d’appuyer fort sur les pédales, ou avoir gardé une dent de mieux, afin de ne pas être collé au bitume. Les pourcentages ne sont plus aussi sympathiques et taquinent constamment les 10%. Le Marocaz se rebiffe, et mieux vaut en avoir gardé si vous ne souhaitez pas que la grimpée se transforme en chemin de croix. La route s’enroule encore plusieurs fois sur la paroi, soit à l’abri du feuillage soit avec d’imprenables vues sur la Chaine de Belledonne de l’autre côté de la vallée et même sur le Mont Blanc.

 

Un dernier lacet à droite, une courbe à gauche, une à droite et la montée atteint le lieu-dit Les Beaux. La pente s’adoucit (un peu) ensuite. Il reste deux kilomètres, un peu plus roulants, mais qui peuvent paraître interminables si vous avez décidé de « faire un temps ». La route est assez rectiligne et bordée d’arbres, le sommet invisible. La dernière facétie de cet imprévisible diable de Marocaz. Soudainement, sans prévenir, la route sort du bois, tourne brusquement sur la gauche dans un dernier coup de cul et enfin le panneau marquant le col apparaît. Aucun replat, la route plonge dans la forêt de l’autre côté…

 

Il serait pourtant dommage de ne pas s’arrêter, pour récupérer et reprendre son souffle d’une part, mais surtout pour admirer la splendide vue qui s’offre à vous, la récompense suprême (en plus de la fierté d’avoir dompté le col de Marocaz), avec notamment les Grands Moulins et le Grand Charnier, encore coiffés de neige en début de saison.

 

L’ascension présentée ici débute sur la commune de Cruet, au croisement de la D201 et D11, entre Montmélian et Saint-Pierre-d’Albigny. Il n’y pas d’autres routes sur ce versant. L’autre versant, beaucoup plus irrégulier, avec des parties raides et des descentes propose bon nombre d’options différentes, notamment depuis Barby par Curienne ou depuis Saint-Jeoire-Prieuré puis le Boyat, avec de ce côté la possibilité d’un détour par la Thuile et son petit lac. Pour faire un plus parcours, c’est dans cet itinéraire en boucle depuis Chambéry.

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