Randonnée glaciaire à la POINTE DE MÉAN MARTIN

Le sommet de la Pointe de Méan Martin, Massif de la Vanoise - Alpinisme Paysage Montagne Alpes Mountain Landscape mountaineering

Après une chouette randonnée menant au refuge du Fond des Fours, la pointe de Méan Martin est une belle course d’initiation en alpinisme. Sans difficulté technique particulière, elle peut également se faire en ski de randonnée. Située dans le massif de la Vanoise, elle est à cheval entre Haute-Tarentaise et Haute-Maurienne et son sommet offre une vue panoramique à 360°.

 

Sommet : Pointe de Méan Martin (3330 m)
Massif : Vanoise (Savoie)

Départ : Le Manchet (1930 m)

Carte IGN : Tignes Maurienne 3633 ET
Topos Alpinisme Vanoise

Difficulté : ★★☆☆☆ (alpinisme PD)
(randonnée au Fond des Fours : ★★☆☆☆)

Dénivelé : 1400 m en 2 jours (600 + 800 m)

Durée : montée 2h + 4h – descente 4h

Intérêt : ♥♥♥
Alpinisme
+ 3000 mètres
Glacier

Période : toute l’année en alpinisme
(de décembre à mai en ski de rando)

➜ Se rendre au Manchet

Pour rejoindre le parking du Manchet, il faut rentrer dans la vallée de la Tarentaise par Albertville en prenant N90 en direction de Moûtiers. Ensuite, suivre les indications Tignes et, après avoir traversé Bourg-Saint-Maurice, monter la D902 qui va vers Val d’Isère. Dans le village, monter au Sud direction Le Joseray et Le Châtelard et pousser jusqu’au parking situé au pied du télésiège du Manchet Express. Pour séjourner ou dormir la veille sur place, vous pouvez regarder les hébergements à Val d’Isère.

Autre possibilité si vous venez de la Maurienne, traverser Bonneval-sur-Arc et rejoindre Val d’Isère en passant le col de l’Iseran.

 

Montée au Refuge du Fond des Fours

La piste part du télésiège, passe aux abords de beaux chalets en pierre malheureusement en ruine (sauf un) jusqu’à arriver à un pont. Des panneaux du Parc National de la Vanoise explique l’environnement dans lequel on évolue. Ici, on quitte la piste pour prendre le sentier qui monte le long du torrent. On la retrouve ensuite et, peu avant le barrage EDF, idem, prendre le chemin (à droite cette fois-ci). Le tracé terreux louvoie entre les blocs rocheux éboulés et les chénopodes Bon-Henri. La providence nous fait traverser des ponts proches de cascades brumisatrices et autres ruisseaux rafraichissants. Les marmottes ne s’y trompent pas, elles aussi ne restent pas loin…

Après 1h30 de marche, on attaque notre première raideur (200 m de dénivelé +) au niveau du plan des Gouilles. Pour autant, on n’en a pas plein les c… car les lacets sont réguliers et digestes pour les cuisses. Plus on monte, plus la vue domine la combe, faisant poindre un à un les sommets alentour : l’aiguille de la Grande Sassière, le mont Pourri, la Tsanteleina, le massif du Mont Blanc (avec l’aiguille des Glaciers et Tré-la-Tête mais pas encore le toit de l’Europe). En haut, à 2450 m, le panorama déploie sa splendeur avec ruisseaux, cascades, falaises… Et, déjà, la pointe de Méan Martin tout au fond du Fond des Fours. Encore un petit effort…

 

Le Refuge du Fond des Fours

À la sortie de la dernière montée, 2 heures de marche tranquille depuis le parking, apparait le refuge du Fond des Fours. Ne m’étant pas moi-même occupé de la réservation, je ne savais abosulement pas à quoi ressemblait le bâtiment. Quelle merveilleuse surprise ! L’endroit est absolument fabuleux ! Avec ses trois petits chalets en bois entourés de murets en pierre, il y a quelque chose entre un village d’irréductibles gaulois et celui de hobbits. Nous sommes accueillis avec un grand sourire par Claire Lanari, la gardienne du refuge, et, dans le dos, son bébé.

© L’Oeil d’Édouard / Instagram 📷

Après avoir investi l’un des deux dortoirs (18 et 20 places, à l’ancienne), on s’installe dans les chaises à palabre en bois avec une délicieuse blonde de Vanoise (je parle bière là…). Pour les -encore- motivés, un vélo permet de recharger son téléphone via un câble USB. On observe notre objectif du lendemain et discutons de la faisabilité (et d’un plan b) selon les conditions de neige. Nous sommes fin juin 2019 et la canicule opère depuis de nombreux jours déjà. Aujourd’hui, l’herbe est verdoyante mais, d’après ce que nous dit Claire, il y avait encore plus d’1 mètre de neige sur la terrasse il y a seulement deux semaines ! (cf : actus sur la page Facebook)

À quelques mètres de là, en toute sérénité, les poules picorent, le chat chasse et les marmottes arpentent les mottes. Le refuge du Fond des Fours est juché sur un promontoire rocheux et herbeux, recouvert de fleurs de montagne : diverses gentianes, pulsatilles printanières et blanches, soldanelles des Alpes, silènes… En levant les yeux, on observera même un gypaète faisant sa ronde et deux chamois dans les éboulis du Pélaou Blanc, juste au-dessus de nous. Il y a de la vie ici haut !

Au loin, les (désormais officiels) 4808 m du sommet du Mont Blanc ne se montrent que timidement. En contrebas, la chute d’eau provenant des lacs du Plan des Fours se déchaîne. Le soir venant, on se dirige vers la soupe et reprenons des forces avec un dîner copieux et gouteux, conclu d’une tomme de Savoie et d’une compote de pommes locales. Le monde de l’alpinisme appartenant à ceux qui se lèvent tôt, il en va de même pour le coucher… Un dernier tour sur le belvédère pour voir les couleurs se dorer. Vu l’heure, ça sera pour une prochaine fois pour les photos de nuit…

© L’Oeil d’Édouard / Instagram 📷

 

Ascension de la Pointe de Méan Martin

Réveil 3h15. Ça pique les yeux… Entre les habitudes d’endormissement plus tardives et les ronflements de Christophe, la nuit a été courte. Trop. Mais le corps humain est une machine remarquable. La promesse d’un superbe plafond étoilé ne déçoit pas. Ça scintille de partout avec la voie lactée lumineuse qui traverse la voûte. Pas le temps de trouver un caillou (le trépied est resté à la maison), il faut prendre le chemin pour conserver une neige acceptable, voire tolérable, avec les chaleurs caniculaires. Il est 4h00, le soleil se lève au plus tôt en cette fin juin. On part donc à la frontale en direction d’un premier mur de neige en traversant quelques gués. Comme le veut l’expression, c’est bien à son pied qu’on le voit le mieux et la pente à 25/30° n’impressionnera finalement plus. Elle nécessitera juste de faire quelques zig-zags.

 

Le plateau et le Glacier des Fours

Arrivés au col, on découvre ce fameux vaste plateau qui nous interrogeait tant la veille. De gros cairns marquent les passages clefs. Dans les faits, la neige a déjà bien fondu et la traversée sera moins pénible que prévu. Ce n’est que sur sa deuxième moitié qu’il sera pleinement recouvert (attention aux ponts de neige, des ruisseaux coulent en-dessous). 5h00, le ciel est déjà lumineux. 5h45, la pointe de Méan Martin reçoit déjà ses premiers rayons. 1/2h plus tard, le soleil se lève derrière les pointes de Bézin, en même temps qu’on attaque la montée. Il n’y a pas eu de regel cette nuit et la neige va vite commencer à se ramollir.

© L’Oeil d’Édouard / Instagram 📷

L’itinéraire choisi nous fait longer par l’Ouest pour passer sous les barres rocheuses et rejoindre le glacier des Fours par la droite. Nous faisons 2 cordées de 3, espacés de 7 mètres chacun. Traversée de la partie basse du glacier (pente à 30/35°), à l’endroit des crevasses annoncées. Arrivés au niveau de la rupture de pente bombée, le sol s’horizontalise un peu : virage à droite en direction de l’arête Nord-Ouest. On découvre alors une splendide vue sur le massif de la Vanoise. Elle se remonte facilement jusqu’à un champ de pierres dressées verticalement. Encore une centaine de mètres sur un terrain mixte, alternant neige et rocher, et nous atteignons le sommet visé.

 

Le sommet de la Pointe de Méan Martin

Arrivés aux 3330 mètres culminants, un cairn trône au sommet (ainsi qu’une petite boite aux lettres). On rejoint un randonneur qui, lui, est venu du refuge de la Femma. La vue panoramique à 360° force le silence et la contemplation. Au Sud-Est, côté Haute-Maurienne, le glacier de Méan Martin à nos pieds en bas à droite et, de l’autre côté de la vallée, la pointe de Ronce qui cache le lac du Mont-Cenis, la pointe de Charbonnel, l’Albaron… Si la vue ne plonge pas directement sur Bonneval-sur-Arc, on devine néanmoins le départ vers le cirque des Évettes depuis L’Écot.

 

À l’Ouest, le massif de la Vanoise avec le Grand Roc Noir et et le glacier du Vallonnet, les glaciers de la Vanoise et la pointe de la Réchasse, la Grande Casse, la Grande Motte, le dôme de la Sache et le mont Pourri. Au Nord, le plateau des Fours qu’on vient de remonter avec le massif du Mont-Blanc en arrière-plan, l’aiguille de la Grande Sassière, la Tsanteleina et le Grand Paradis. Au loin au Nord-Est, en plissant un peu les yeux, on aperçoit le col de l’Iseran.

 

La descente

Le retour se fait exactement par le même itinéraire. Toutefois, la neige s’est beaucoup ramollie et il faut faire attention à ne pas s’enfoncer. Chaque pas est une expérience singulière, révélant sa vérité propre. Après avoir retraversé le glacier des Fours, la foulée s’allonge et se laisse quelque peu glisser tout en restant vigilant (ça serait embêtant de se faire un genou). Le plateau nous apparait sous un autre jour, une autre lumière, et les lacs glaciaires ressemblent à deux topazes dans leur écrin. De retour sur le plat, on se désencorde et rangeons les crampons. La marche est rapide.

La dernière descente nous conduit sur le Fond des Fours, ses ruisseaux et son refuge, toujours aussi photogénique avec la Grande Sassière en toile de fond. On s’y arrêtera récupérer quelques affaires laissées sur place, se dévêtir pour une tenue de randonnée plus adaptée à la suite du parcours. Une crêpe, une bière et un café revigorants (et pour un tarif tout à fait honnête, je tiens à le souligner parce que c’est pas toujours le cas dans certains refuges… !) et on reprend le chemin vers les voitures. Nous remercions également vivement Claire pour son accueil en or et ses conseils nivologiques avisés.

À l’instar de la plupart des descentes, les lacets nous semblent longs et interminables. Comme à la montée la veille, une petite pause fraicheur au bord d’un ruisseau fera le plus grand bien. 3 heures plus 1 depuis le refuge (soit 4 heures de descente depuis le sommet de la pointe de Méan Martin) et nous arrivons au parking du Manchet, tout heureux d’enlever nos “grosses”. À Val d’Isère, une dernière bière de cordée pour célébrer la bonne humeur d’une course déroulée sans accroc (il y a toujours un bon prétexte…).

 

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