VICENZA, Palladio et souvenirs

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Vicence se situe à mi-chemin entre ses grandes sœurs de Vénétie, Vérone et Padoue. La découverte de cette ville, non-assaillie de touristes, tient principalement son intérêt touristique de son patrimoine architectural qu’Andrea Palladio a bâti dans la cité. Alors que la vie m’avait déjà fait visiter Vicenza dans le cadre d’un jumelage avec Annecy, je m’y suis à nouveau arrêté 8 ans après, lors d’une journée-étape d’un road-trip en Italie du Nord.

 

Le centre de Vicenza

Petite ville à taille humaine, Vicence se visite en une journée (ou deux si vous voulez vraiment tout voir en poussant la porte de chaque palais et église). Toutefois, tout se tient dans le cœur historique, embrassé du Bacchiglione et du Retrone. C’est dans son quartier entièrement piéton que l’on respire il profumo di Vicenza, l’humeur de la città avec l’ambiance de ses rues. Pour cela, on se promène sur le Corso Andrea Palladio qui part du Giardini Salvi au Teatro Olimpico. Il faudra également ne pas oublier de s’en écarter pour sentir le pouls de la ville sur les piazzas autour de l’ancien Palazzo della Ragione et sur le Corso Antonio Fogazzaro, plus tranquille.

 

L’itinéraire Palladien

Né à Padoue en 1508, Andrea Palladio s’installe à Vicence à l’âge de 16 ans pour étudier la maçonnerie et deviendra l’un des plus célèbres bâtisseurs de son époque mais aussi influenceur dans l’histoire de l’architecture. Seul représentant du “1er art” à avoir donné son nom à un style. Le “palladianisme” s’est répandu dans la Vénétie avec de nombreuses villas (dont la célèbre Villa Barbaro hébergeant les fresques en trompe-l’oeil de Véronèse) mais aussi dans le monde entier à travers les siècles : de la Maison Blanche de Washington à la britannique Queen’s House.

Véritable architecte de Vicenza (ainsi reconnu par l’UNESCO en 1994), la paternité d’environ 27 bâtiments a été attribuée à Palladio (17 dans le quartier piéton et 3 villas dans la périphérie de la ville). On retrouve un peu partout des panneaux indiquant l’emplacement des différents édifices. Un peu comme les fresques BD dans les rues de Bruxelles, libre à vous de partir à la recherche de tous (c’est également un bon prétexte pour sillonner les rues sans pour autant “battre le pavé”).

 

Pour ma part, j’ai essayé d’en voir quelques-unes (et même vu d’autres sans m’en rendre compte). Néanmoins, pour la plupart, on ne peut en voir que la façade extérieure et, pour être honnête, le style classique est pompeux au bout d’un moment… J’ai fini par arrêter de chercher les œufs pour me recentrer sur découvrir au gré de mes envies. Si je ne devais vous en conseiller qu’une poignée, les plus remarquables et significatifs sont l’immanquable Basilique Palladienne, le Théâtre Olympique, le Palais Chiericati, la Loggia del Capitaniato, la Loggia Valmarana… Comme bon tout artiste de la Renaissance, son inspiration provient de l’Antiquité, reprenant ainsi l’esthétique d’équilibre et symétrie, structuré avec colonnes et frontons.

 

La Basilique Palladienne

Si vous ne deviez passer que quelques heures dans la ville, voici le lieu incontournable à voir à Vicenza, son édifice le plus remarquable. À l’origine de la Basilica Palladiana est un “Palais de la Raison”, siège des fonctions administratives et judiciaires de la città, construit au milieu du XVe siècle dans le style gothique. Son architecture en parallélépipède sur deux étages a très largement repris le modèle du Palazzo della Ragione de Padoue avec notamment une monumentale toiture en cuivre en forme de carène (bombardée durant la IIe Guerre Mondiale). Restaurée à nouveau entre 2007-2009, je n’avais alors vu que les bâches au cours de mon premier voyage à Vicenza.

En 1496, une partie des loges réalisées par l’architecte Tommaso Formenton s’écroulent et, 50 ans plus tard, le Conseil de Vicence confie le projet de la difficile rénovation au jeune et alors quasi inconnu Palladio, l’occupant jusqu’à sa mort (et même 34 ans après, les travaux ne furent achevés qu’en 1614).

© L’Oeil d’Édouard

S’inspirant des basiliques romaines (d’où le fait qu’il la nomme lui-même ainsi), il a paré le bâtiment d’une architecture renaissante. Mais si le bâtisseur padouan est fortement influencé par l’Antiquité, il ne se contente pas de l’imiter, il la transpose et de l’adapte aux exigences de son époque et aux paramètres in situ (ici, par exemple, aux difficultés liées au terrain qui a voulu le premier effondrement) : partiellement en ruines, il ajoutera une enveloppe asymétrique d’arcades superposées sur deux niveaux, rythmées de colonnes et d’ouvertures en serlienne (plus d’infos détaillées ici). Au rez-de-chaussée, deux ruelles traversent sous l’édifice. Ainsi abritées de la pluie ou du soleil, diverses boutiques et terrasses de cafés font perdurer son historique attractivité commerciale.

 

Il est possible de rentrer dans le bâtiment pour visiter la Basilique Palladienne de l’intérieur (2€). En fait, cela consiste essentiellement en l’accès aux étages supérieurs. D’abord, l’immense hall, la salle du Conseil des Quatre-Cents de Vicence, impressionne avec ses 52 mètres de long et 25 de hauteur (sans aucun pilier, juste une structure portante en bois stratifié). On retrouve l’architecture gothique originelle du Palazzo della Ragione avec les fenêtres en ogive. Sur le mur du fond, un Lion ailé, symbole de Venise, rappelle l’appartenance à la Sérénissime République.

 

Mais, selon moi, l’interêt principale de la visite de la Basilique Palladienne se trouve au dernier étage. La terrasse supérieure offre une vue sur les toits de Vicenza et une plongée sur les spectacles de la Piazza dei Signori. Pour ma part, c’est à la nuit tombée que j’y suis allé et c’était grandiose avec les éclairages de la ville. Le bar La terrazza della basilica, un peu chic (mais pas trop non plus), a investi le balcon mais celui-ci reste intégralement accessible, sans obligation de consommer. Cela dit, un apéro ici au coucher de soleil au milieu des statues doit assurément être un moment tout à fait délicieux.

 

Autour du Palazzo della Ragione

Cœur historique de Vicenza, la Basilique Palladienne est entourée de places vivantes et de façades colorées et/ou sculptées. On tient ici un véritable concentré d’Italie. La plus grande est la Piazza dei Signori où l’on trouve deux colonnes sur lesquelles des sculptures du Christ Rédempteur et du Lion de Venise ainsi que la Torre Bissari, haute de 82 mètres, datant du XIIe siècle (faisant ainsi penser, en un sens, au paysage de la place Saint-Marc). Deux bâtiments marquent également l’attention : le rougeâtre Palazzo del Capitaniato qui était la résidence officielle du commandant militaire vénitien et aujourd’hui siège du Conseil municipal (la forme actuelle ne comporte que 3 arches sur les 7 initialement prévues) et le grand Palazzo del Monte di Pietà, répondant très modestement à l’œuvre de Palladio, qui intègre la très sculptée Église de San Vincenzo du XIVe siècle.

 

Adjacente et perpendiculaire, la Piazza della Biade, un peu moins intéressante mais avec de nombreuses terrasses débats au pied des façades ocre. Au Sud de la Basilica Palladiana, plus intimiste, la Piazza della Erbe, reliée à la Piazza de Signori pour un passage pittoresque sous le Palazzo della Ragione. Selon votre humeur, l’ensoleillement ou même la couleur des façades, on a plus qu’à choisir !

 

Le Théâtre Olympique

L’autre lieu à ne pas rater lors d’une visite de Vicence (11€). En fait, de souvenirs, c’est même ce qui m’avait le plus marqué lors de mon premier voyage. Il me faut avouer aussi qu’il avait plu la majeur partie du séjour donc la ville n’a pas été mise en valeur. Après s’être fait la main en réalisant des théâtres éphémères (réinterprétant le texte de Vitruve et les ruines de théâtres romains), il soumet à ses confrères de l’Accademia Olimpica un projet pérenne et en intérieur (l’un des tout premiers). Alors que les travaux commencent en 1580, l’architecte décède. C’est son fils et Vincenzo Scamozzi qui termineront ce qui sera donc sa dernière œuvre (en y apportant toutefois quelques modifications), accomplissement de la carrière de Palladio. Le Teatro Olimpico a été façonné à l’intérieur des vieilles prisons du Castello del Territorio. Après avoir passé l’imposant portail, l’entrée dans la vieille forteresse médiévale se fait par la grande cour intérieure où sont exposées plusieurs statues antiques.

 

Mais ce qui m’avait profondément marqué à l’époque, c’est l’intérieur du théâtre qui nous immerge dans un décor entièrement reconstitué (colonnes, statues, gradins en hémicycle…). 400 ans avant les casques de réalité virtuelle, l’architecte nous plonge ici avec sa cavea dans un environnement totalement fictif (tout est en bois peint) dans lequel le spectateur voyage dans l’Antiquité pour mieux croire à la narration. Sur le plafond, est représenté un grand ciel bleu comme si on était finalement en plein air. Comme mes photos de l’époque sont plus que médiocres (je n’ai pas re-visité le Théâtre olympique ce coup-ci), je me permets d’utiliser celles de wikipédia.

 

Sur la scène, une grande (mais avec une échelle légèrement plus petite) façade architecturale ornée de niches et de sculptures et trois ouvertures sur des rues. C’est ici qu’on va toucher au génie de Palladio : comment figurer des espaces si profonds alors que l’on ne dispose que de très peu d’espace ? La suggestion. Fort des découvertes technico-artistiques de la Renaissance, il va duper le cerveau en créant une savante illusion d’optique. En réalité, il utilise les quelques mètres disponibles du fond de la salle en représentant un espace en profondeur en comprimant la perspective (c’est ce que l’on appelle un raccourci mais, ici, le principe n’est plus appliqué sur un plan mais à un espace réel). C’est absolument fabuleux ! Comme pour finalement l’ensemble dans la salle dans laquelle on se trouve (échelle, matériaux, profondeur, lieu), tout n’est qu’une illusion ! Platonisme palladien ou Palladianisme platonicien ?

© Laura Spizzichino

dessin de Ottavio Bertotti Scamozzi (1776)

© 林高志

 

Les églises à visiter ?

S’il y a bien quelque chose que j’aime visiter quand je parcours une ville, ce sont les musées et les églises, pour la même sensibilité artistique. N’ayant pas eu pris le temps d’aller dans les premiers, j’ai essayé les deuxièmes (c’est plus vite-fait et, parfois, ça remplit la fonction des premières). Pour autant, aucune d’elles ne m’a réellement subjugué (mais après celles de Bergame, Vérone et Padoue vues les jours précédents, la barre était placée assez haute). Dans le cadre de l’itinéraire palladien, il y a notamment l’Église de Santa Corona avec une Adoration des Mages de Véronèse et notamment la Chapelle Valmarana (probablement de l’architecte padouan).

J’ai commencé par l’Église San Lorenzo de Vicence qui, du reste, a été la seule a réellement susciter mon intérêt (et encore…). Située sur la place éponyme et le Corso Antonio Fogazzaro, elle a été construite à la fin du XIIIe siècle dans le style gothique. Le portail de la façade principale est décoré de nombreux personnages : le Christ bénissant, le mécène, en repentance devant la Vierge et l’Enfant, plusieurs Saints, Prophètes et Patriarches ainsi que deux lions stylophores. Quatre sarcophages d’hommes célèbres datant du XIVe siècle ont été insérés dans la façade. L’intérieur se présente dans une grande nef bordée de fenêtres en ogive, d’autel, retables, sarcophages sculptés, de peintures sans grand nom notable. Entre le pavement en losanges et la voûte , j’ai gouté l’harmonie chromatique rouge et “blanche”, légèrement contredite par les colonnes gris-vert. Le chœur et le transept ne m’ont pas présenté d’intérêt particulier. L’église comporte deux agréables cloîtres et un Oratoire de l’Immaculée Conception.

 

L’autre édifice est la Cathédrale Sainte-Marie de l’Annonciation, Duomo di Vicenza. Construite entre 1482 et 1560, elle a été bombardée au cours de la IIe Guerre Mondiale. Si la façade originale et le campanile ont survécu, le reste de l’édifice actuel a été reconstruit (la coupole était d’Andrea Palladio). Si j’ai été interpellé par l’originalité de la façade (un sorte de rideau bichrome par-dessus un mur gothique), je n’ai pas pu visiter l’intérieur car la porte était close à l’heure à laquelle je suis passé devant. Dommage car, d’après les photos, l’intérieur semble être vraiment chouette. Sa nef colorée donne l’impression d’une rue extérieure et son chœur en cercle, placé sous la coupole.

Petite curiosité en retournant à la voiture, je me suis arrêté dans la Parrocchia di Santa Croce ai Carmini, au bout du Corso Antonio Fogazzaro. L’extérieur de cette église m’avait fortement interpellé avec ses motifs abstraits (similaires à celui de la terrasse de la Basilique Palladienne). Du coup, je me suis dit que l’intérieur pouvait être du même acabit. Et en effet, la nef aux murs colorés et finement sculptés est pourvue d’un splendide plafond bleuté. Si vous passez devant, je vous conseille le coup d’œil.

 

Les parcs et jardins de Vicence

Si, comme moi, vous avez envie de quitter la minéralité de rues italiennes (et les gens !), sachez que Vicenza a su garder des espaces verts au sein de la ville. C’est aussi l’occasion de pouvoir faire une pause pour casser la croute, poser les pieds dans l’herbe ! Aux abords du centre historique, trois parcs à portée de pas permettent de se mettre en retraite dont le Campo Marzo (“Champ de Mars”). Leur entrée est gratuite (fermée la nuit, horaires variables selon les lieux et les périodes de l’année).

Les Guardini Salvi se situent à l’Ouest du centre-ville. Acquis au XVIe siècle par la famille Valmarana (qui avait également pris possession du vieux château de Scaligero à côté, transformé alors en palais), il furent donc d’abord privés, puis fermés pendant plusieurs siècles avant de rouvrir au public en 1909. Ponctué d’allées et de fontaines, ce parc tient surtout son charme du petit canal qui le borde et de la Loggia Valmarana palladienne qui semble flotter au-dessus de l’eau dans un paysage pittoresque. On retrouve les éléments typiques de l’architecture classique avec un fronton triangulaire posé sur des colonnes. L’autre loggia, moins séduisante, est de Baldassarre Longhena.

 

Situé au Nord du centre historique, le Parco Querini est le poumon vert de Vicenza avec sa vaste prairie de 12 hectares. C’est ainsi le lieu privilégié par les familles et les joggers (j’ai également vu un cours de Taï Chi) mais aussi pour les festivités estivales. J’ai adoré m’allonger dans l’herbe pendant que des canards et des lapins en liberté (comme à Liège) venaient manger autour de moi. Quelques bosquets se dressent ça et là tandis qu’une longue allée traverse le parc. Un temple néoclassique, construit en 1820 par Antonio Piovene, est juché sur un îlot entouré d’un canal venant du Bacchiglione adjacent.

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