La VALLÉE DES MERVEILLES et ses gravures rupestres

Vallée des Merveilles - Massif du Mercantour Alpes-Maritimes Provence-Alpes-Côte d'Azur / Paysage Montagne Randonnée Trek Outdoor Landscape Mountain Hike Hike Trekking

Site archéologique classé Monument historique, la Vallée des Merveilles est le lieu d’expression de l’humanité au fil de siècles. Les rochers et parois présentent des gravures préhistoriques datant de 4000 ans. Un trésor patrimonial qui en fait une randonnée assurément pas comme les autres !

Sommet : Lac des Merveilles (2255 m)
Massif : Mercantour (Alpes-Martimes)

Départ : Refuge des Merveilles (2135 m)

Carte IGN : Vallée de la Vésubie 3741 0T

Dénivelé : 120 m
Distance : 5 km aller/retour

Durée : 2-3h aller, selon les arrêts

Difficulté : ★★☆☆☆

d’avril à novembre

Intérêt : ♥♥♥
Refuge
Lacs de Montagne
Site archéologique

➜ Se rendre au Refuge des Merveilles

Depuis le Pont du Countet et par le Refuge de Valmasque. Mais l’itinéraire classique se fait depuis le parking du Lac des Mesches. Pour cela, il faut remonter la Vallée de la Roya sur la route D6204 de Sospel jusqu’à Saunt-Dalmas-de-Tende, puis le D91 pour se garer au niveau du barrage (1370 m).
Ensuite, la randonnée s’engouffre dans le Vallon de la Minière de Vallauria sur une piste carrossable conduisant au Refuge des Merveilles après 750 mètres de dénivelé. Grosso modo, selon votre rythme de progression, compter +/- 3h de marche pour atteindre le refuge depuis le parking.

Avant de partir, êtes-vous bien équipé ?
➜ retrouvez ma liste de contenu de sac à dos de randonnée
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La Vallée des Merveilles, monument historique

Situé autour du Mont Bégo, cet ancien site glaciaire tient sa notoriété de son patrimoine archéologique. Environ 40.000 inscriptions ont été gravées dans le schiste depuis l’Âge du Bronze, il y a plus de 4000 ans. Incluant également la Vallée de Fontanalba, il s’agit de l’un des plus grands sites de gravures rupestres d’Europe. Les hypothèses sur leurs origines sont multiples mais le consensus général est bien l’expression de la vie quotidienne des premières populations agro-pastorales (bétail, outils…) et vraisemblablement une fonction cultuelle (en savoir plus avec cette conférence ou sur ce site). Riche de ce passé nourri au fil des siècles, le site a été classé « monument historique » depuis 1989 et est, dorénavant, protégé par un ensemble de règles à respecter (rester sur les sentiers, ne pas utiliser les pointes métalliques des bâtons pour ne pas abimer les rochers…).







 


Sur le chemin des gravures rupestres

Depuis le Refuge des Merveilles, le sentier terreux part à l’Ouest en direction du Pas de l’Arpette avant de bifurquer au Nord. La vaste étendue herbeuse dominant le plateau offre une large vue sur le Lac Long Supérieur et le Mont Bégo. Sur la droite, on commence à deviner des replats en escalier avec les lacs Mouton, Fourca, Carbon, du Tram et de la Muta. À partir de là, nous entrons sur un parcours aménagé par le Parc National du Mercantour.

© L’Oeil d’Édouard

Ce sentier serpente entre les rochers en permettant de découvrir les gravures pariétales situées au creux de la vallée. Des panneaux d’interprétation aident à la compréhension des représentations et les techniques utilisées. Afin de préserver le site et ce patrimoine en l’état, il est interdit de quitter ce sentier (de fait, le fameux Sorcier, icône de la vallée est inaccessible, sauf avec un guide). Les gravures du Mont Bégo ont traversé cinq millénaires sans dommages mais ont subi d’importantes dégradations depuis plusieurs décennies à cause des nombreux visiteurs. La curiosité s’accompagne donc nécessairement de la responsabilité de chacun.

 

La Roche de « l’éclat »

Située après la Roche « du poignard » et la Dalle « surélevée » qu’on a ratées (on avait pourtant les yeux rivés sur la carte IGN, on cherchait désespérément à ne pas en louper une), cet imposant rocher de schiste doit son nom à la grande partie circulaire enlevée. De nombreuses représentations caractéristiques y figurent : corniformes (bétail), réticulés (symbolisant la terre) et armes (poignards). On peut également observer de nombreuses cupules. Dans la partie supérieure, isolés, pourraient être des champs labourés.

La Roche « vandalisée »

Non loin, cette autre pierre orange a été brisée (comment ?) et il lui manque une partie. J’ai du mal à croire qu’un mec l’ait embarquée dans son sac à dos ! Toutefois, on peut encore observer plusieurs corniformes : une tête avec des cornes de lyre, deux autres respectivement inscrites dans un cercle ou au bord d’un hypothétique champ.

La Paroi vitrifiée

Plus loin, dans un couloir, un mur rocheux montagneux poli et strié par le mouvement de l’ancien glacier. Comme un mille-feuilles, il regroupe de multiples gravures inscrites au fil des époques. Toutefois, il est véritablement regrettable que les innombrables graffitis de bergers, bandits et soldats des XIXe et début XXe siècles aient recouvert les premiers dessins. Les deux plaques informatives nous aident à les situer mais certains resteront indécelables malgré tous nos efforts oculaires.

 

L’orage s’abat sur nous à ce moment-là. Apparemment, la situation météorologique est courante du fait des hauts reliefs alentours sur lesquels viennent s’accrocher les nuages. Il existerait donc un micro-climat dans la Vallée des Merveilles. Quelques minutes à peine après, le soleil réapparait par enchantement ! Jusqu’ici, avec ce temps maussade, l’ambiance était assez terne au milieu de roches violettes et verdâtres. Là, le lichen scintille ! J’adore la vibrance des couleurs après la pluie.

Le Christ

Cette gravure là est assez intéressante. En effet, son histoire en dit long sur l’histoire de l’anthropologie. Alors qu’on y verrait un visage humain (en forme d’ampoule), le panneau nous informe que, à l’origine, il ne s’agissait que d’un simple réticulé. Ensuite, deux cornes ont été ajoutées. Puis, celles-ci ont été réunies par une ligne circulaire et la figure a été anthropomorphisée par la suite avec deux yeux, une barre horizontale et une verticale pour le nez. Les marques de martelage ferait allusion à la couronne d’épines christique, d’où son appellation actuelle.

La Stèle du Chef de Tribu

Dans un rétrécissement au milieu d’un éboulis, la massive dalle est en fait une reproduction moulée. L’original a été en enlevé en 1988 pour le préserver et est conservé au musée des Merveilles à Tende. C’est alors qu’on a découvert une lame de faucille en silex en-dessous, vraisemblablement laissée au cours d’une cérémonie rituelle en guise d’offrande. Sur la stèle, plusieurs formes gravées dont trois poignards verticaux alignés. Une grande figure anthropomorphe pourrait représenter le Dieu du Bego, mi-homme/mi-taureau, maitre de la foudre et de l’orage, lors d’une cérémonie sacrificielle.

La Roche de l’Autel

Juste après le Lac des Merveilles, une immense paroi rose et bleutée facile Haribo nous interpelle. De nombreux graffitis ont, là encore, dégradé les inscriptions originelles. Le grand spermatozoïde gravé est une illustration du respect et de l’intelligence de son auteur. C’est un guide du Parc dévoué à cette mission (et à la surveillance également) qui nous partagera d’intéressantes explications et nous conduira un peu à droite pour repérer les corniformes.

© L’Oeil d’Édouard

 

Au final du parcours, on ne s’est pas non plus extasiés à la vue de ces représentations. Pour être honnête, vu tout le tintouin publicitaire, on s’attendait à des choses de plus grandes envergures et plus complexes. Néanmoins, il me faut être honnête, c’est quand-même très impressionnant de remettre cela dans une perspective temporelle. Il y a 3000 ou 4000 ans, des hommes ont gravé cela sur une pierre et, aujourd’hui, au XXIe siècle, nous pouvons encore observer leurs œuvres et leurs pensées. Et c’est absolument vertigineux !

« L’art, c’est le plus court chemin de l’homme à l’homme. »
André Malraux

La Baisse de Valmasque

Pour ceux qui en ont encore dans les mollets, le cul-de-sac de la Vallée des Merveilles n’en est pas un. En poursuivant sur le faux-plat de la fond de la combe, un dernier effort de 300 mètres de dénivelé permet de rejoindre la Baisse de Valmasque en une petite heure. Le sentier est bien tracé et les lacets digestes.
Arrivé au 2540 mètres du col, la vue plonge ensuite sur un splendide vallon où se loge le Lac du Basto. À gauche la Tête Sud du Basto (2767 m) et, au fond, la Cime Chamineye (2921 m). De nombreux chamois viennent paitre dans la prairie en contrebas. Il s’agit également d’un carrefour de plusieurs itinéraires de randonnée. En plus de relier le Refuge de Valmasque, un sentier part en direction de la Baisse du Basto (il s’agit du tracé du GR52, Grande Traversée du Mercantour) ou du Refuge de Fontanalba.

© L’Oeil d’Édouard / Instagram 📷

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