La petite traversée de la Barre des Écrins

Bivouac sur le Glacier Blanc, au pied de la Barre des Écrins Hautes-Alpes Alpinisme Paysage Montagne neige France Outdoor French Alps Mountain Landscape snow Mountaineering

En plus d’être le point culminant du massif, la Barre des Écrins est un sommet emblématique. Si vous cherchez une voie majeure, une aventure sans trop de risque ou encore un défi physique, le couloir de Barre Noire et la traversée Est-Ouest de la Barre des Écrins vous attendent.

C’est un massif sauvage et grandiose, protégé par la règlementation des parcs nationaux et, de ce fait, aucune remontée mécanique ne salit ses sommets. Le téléphérique de la Meije est peut-être la seule entorse, mais nous ne reviendrons pas sur ce débat. Les sommets sont donc loin et demandent volonté et courage pour faire les approches qui y conduisent. Pour ma part, j’ai fait cette course au début du mois de juin 2020 et il n’y avait pas beaucoup de neige pour la saison, ce qui rendait de nombreuses voies impraticables ou avec des conditions plus difficiles.

Sommet : Barre des Écrins (4102 m)
Massif : Écrins (Hautes-Alpes)

Départ : Pré de Madame Carle (1874 m)

Dénivelé + : env. 2230 m (difficultés 650 m)

Carte IGN : Meije Pelvoux Écrins 3436 ET

Distance : 24 km cumulés aller-retour
9,6 km (J1) + 14,5 km (J2)

Durée : 4h (J1) + 16h (J2)

Difficulté : ★★★☆☆
(alpinisme AD, engagement 3, mixte 2)

Intérêt : ♥♥♥♥

Ski de randonnée
Alpinisme
+ 3000 mètres
Glacier
❄️ Neige ❄️

Prépa de course pour la Barre des Écrins

Une voie incontournable en condition, ça ne se refuse pas

Cela faisait quelques temps que je voulais monter en haut de la Barre des Écrins. J’avais déjà fait quelques sommets dans le coin et elle m’appelait. J’étais au milieu d’une saison bien lancée par quelques goulottes à la Tête Sainte Marguerite et des cascades dans le vallon du Diable. C’est donc tout naturellement que, début juin, je me suis dit qu’il était temps. Les conditions météo du printemps avaient fait fondre la neige en altitude un peu plus que d’habitude pour la saison. Il nous fallait donc composer avec une neige présente mais de manière éparse. La voie normale était en condition mais je voulais faire une course avec plus d’ampleur. Il y avait encore trop de neige pour le pilier sud et les voies de grimpe. C’est pourquoi, avec un copain, nous avons choisi de faire le couloir de Barre Noire, enchainé de l’arête Est de la Barre des Écrins. Cette course est complète : glace, rocher, ski et elle demande une bonne connaissance de soi, de la montagne et des techniques.

Ne pas lésiner sur le confort quand on fait un bivouac

Le couloir de Barre Noire est une grande pente de neige à 45/50° sur 300 m de dénivelé. Elle peut être en glace sur le haut dès juillet, nous prévoyons donc les piolets techniques. Les protections y sont difficiles et nous savons qu’il faudra faire attention aux glissades. L’arête Est de la Barre commence par un couloir pour atteindre l’arête, c’est la partie la plus difficile de la traversée. Nous espérons que ce couloir sera en condition. Il nous faut donc un peu de matériel pour nous protéger : un jeu de cablés, des sangles et un jeu réduit de camalots. La descente se fera par la voie normale de l’arête Ouest, la plus facile mais qui demande un rappel de 25 mètres. Nous prenons donc une corde multi-label de 50 mètres.

Nous sortons du confinement et les refuges sont non-gardés, nous savons que beaucoup d’alpinistes, comme nous, sont en montagne et dorment dans les refuges. Nous ne voulons pas nous retrouver agglutinés dans les dortoirs et nous décidons donc de faire un bivouac. Il existe plusieurs endroits où le bivouac est possible entre le pré de Madame Carle et le sommet. Voici les 3 options les plus classiques :
▪︎ sur les prairies du Refuge du Glacier Blanc
▪︎ juste au-dessus du Refuge des Écrins
▪︎ sur le Glacier Blanc, vers 3160 et 3180 m d’altitude sur la rive gauche

Ce dernier est peu utilisé car la nuit sur glacier demande du matériel, mais il nous permet de gagner facilement une heure sur l’approche. Nous décidons d’y planter la tente.

 

Le bivouac sur glacier, ça caille !

Après avoir rempli les sacs, mis les skis dessus et fermé la voiture : nous voici partis sur le sentier qui monte à la Barre des Écrins. Le chemin est large et facile jusqu’au refuge du Glacier Blanc, un peu moins au-dessus (plus de détails sur l’itinéraire de randonnée au pied du Glacier Blanc). J’ai acheté il y a peu un sac light de 45 litres. C’est léger mais, dès qu’il est chargé, il me scie les bras et ballotte de gauche à droite à chaque pas. Nous arrivons enfin près du glacier. Nous chaussons les skis après avoir planqué les baskets de montée sous les cailloux. Respectueux des consignes du Parc National des Écrins, nous ne voulons pas nourrir les marmottes qui ont la fâcheuse tendance à confondre les chaussures d’alpinistes avec du fromage.

montée au bivouac

Après 4 heures de montée, nous voici arrivés sur le lieu de bivouac. Nous nous mettons sur la neige près de rochers et installons la tente. Heureusement, quelques cailloux nous permettent de remplacer nos sardines qui ne tiennent pas dans cette neige ramollie par le soleil. Il nous faut encore faire fondre de la neige pour l’eau du soir et du lendemain. En plus du mal au dos de la montée, je n’ai pas grand-chose pour le repas. Note pour moi-même : prendre un plus gros sac pour les bivouacs et surtout un sac confort. Avant de nous coucher nous refaisons les comptes : le créneau de beau temps se termine à 15h, il nous faut 3h pour monter le couloir de Barre Noire et autant pour arriver au sommet. Nous prenons évidemment un peu de marge. Je mets mon réveil à 2h du matin.

Comme il faut toujours faire le choix entre confort et poids en montagne, j’ai pris un matelas gonflable léger pour dormir. Résultat : je ne dors pas de la nuit car je sens le froid passer à travers mon duvet en plumes et la couverture de survie. Heureusement qu’ils sont là, sinon j’aurais fini en lasagnes façon Picard. Note pour moi-même : prendre un bon tapis de sol quatre saisons pour faire un bivouac sur un glacier.

Petite traversée de la Barre des Écrins

Le Couloir de Barre Noire au petit jour

Nous sortons du duvet à 2h du matin et avalons un petit-déjeuner chaud pour trouver la motivation d’affronter le froid qui nous attend dehors. Nous partons encordés et forçons l’allure pour nous réchauffer. La nuit est noire et nous trouvons le bas du couloir de Barre Noire grâce au GPS et au baromètre. Nous troquons nos skis contre des crampons, et mettons les skis sur les sacs.

lever du soleil dans le couloir de Barre Noire

Nous devons faire notre propre trace dans ce couloir. La neige ne porte pas très bien et nous nous retrouvons parfois avec de la neige jusqu’à mi-cuisse. Le haut du couloir est en glace sur 3 mètres. Nous continuons en corde tendue et sortons sur la brèche des Écrins sans encombre. Il est 6h00 du matin, il nous reste encore toute la traversée à finir.

vue sur la traversée Est-Ouest de la Barre des Écrins

 

L’Arête Est de la Barre des Écrins

L’arrivée sur l’arête est plus difficile que prévue. Le manque de neige entre la brèche et l’attaque nous ralentit énormément. La glace est apparente à plusieurs endroits, ce qui nous oblige à tirer des longueurs avec seulement quatre broches. Deux de plus auraient permis de passer confortablement. Être obligés de changer notre mode de progression nous fait perdre du temps. Le mauvais état de la neige nous oblige à passer entre des cailloux branlants et à faire mordre les crampons dans une glace pourrie. Nous engageons un peu pour sortir de ce passage délicat.

Une fois sur l’arête, le cheminement est plus évident et les protections plus aisées à poser. Nous arrivons enfin sur le toit des Écrins et embrassons la croix qui nous faisait de l’œil depuis si longtemps. Pour le repas de ce midi nous avons quelques graines qu’une gorgé de génépi aide à faire passer. Il faut encore descendre les 2230 mètres qui nous séparent de la voiture.

le sommet de la Barre des Écrins

 

L’arête Ouest et la descente au Pré de Madame Carle

La descente est assez évidente, les crampons des cordées qui sont passées depuis 1864 ont laissé des traces sur les rochers. La neige est quand même piégeuse et demande de se méfier. Une sangle posée sur un béquet avec une maillon rapide nous induit en erreur et nous tentons un rappel au mauvais endroit. Le rappel de la brèche Lory est évident et solide avec ses pitons en place. 25 mètres plus bas, nous voici sur la voie normale du Dôme au niveau de la brèche Lory. Nous pouvons enfin enlever les skis qui ballottent sur notre sac depuis 6 heures. Heureusement pour nous, la rimaye est bien bouchée et nous la sautons allègrement. Plusieurs cordées nous ont damé la descente. Il ne nous reste qu’à suivre les traces de ce slalom géant entre les séracs et les crevasses. Le bleu des blocs de glace et le noir des abysses du glacier se mélangent grâce aux rayons du soleil qui percent à travers les nuages. C’est grandiose !

En bas, sur le glacier, la neige est molle. Nous devons pousser sur les bâtons pour rejoindre le bivouac. Au-dessus de nous, les nuages arrivent sur le sommet de la Barre des Écrins. Je regarde ma montre : il est 15 heures. Nous replions notre matériel, duvet, tapis de sol… En rangeant la tente, je réalise que nous avons oublié de manger les deux œufs durs que nous avions fait hier. Hum !!! C’est un vrai délice. Le ventre plein et les sacs deux fois plus, nous redescendons d’abord à ski jusqu’au bout du glacier. Les spatules sur le sac, nous enfilons les baskets que nous avions laissées sous les pierres. Le chemin est agréable mais long. Vers 18 heures, nous arrivons enfin à la voiture.

descente sur le Glacier Blanc

Ce sommet qui me faisait tant rêver, un engagement et des difficultés variés dans la voie, des paysages à couper le souffle, une ambiance de haute montagne… tout cela place cette course au rang des sorties inoubliables. Je la conseille à ceux qui ont déjà un bagage en alpinisme de niveau AD ou plus, mais qui n’ont pas l’habitude de faire des sorties aussi longues (16h). La plus grosse difficulté réside dans la longueur. Allez-y et faites un bisou à la croix de ma part.

 

Les Dirtbags sont les créateurs du Carnet Montagne, un carnet pour tous les amoureux de ski de rando, d’escalade et d’alpinisme… qui veulent noter où ils sont allés, suivre leur progression et ne rien oublier en veille de course. Ils ont également adapté une version pour les 6-11 ans en créant Mon Premier Carnet Montagne, pensé plus particulièrement pour la découverte de la randonnée en famille.

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