DOEL, village fantôme en Belgique

Urbex - Graffitis Street Art sur un commerce abandonné de Doel Belgique - Rat par Roa

Au départ, Doel ne devait juste être une petite escale d’une heure avant la visite d’Anvers. Un indicateur (qu’on appellera Antoine, mais en fait c’est son vrai prénom), avait filé le tuyau indiquant que c’était un lieu incongru qui méritait le détour. Mais, arrivés sur place… quelle bonne surprise ! (retrouvez toutes les photos dans notre album photo de Doel).

L’HISTOIRE de DOEL

« Mais pourquoi ? » « Qu’a-t-il bien pu se passer ici ? » vous entends-je… Doel se situe dans la très importante zone portuaire d’Anvers (qui rivalise avec les ports de Bruges et Rotterdam). En 1998, un projet de construction d’un nouveau dock a été décidé pour étendre le port, et ce, en lieu et place même du petit village de Doel. Ses maigres 700 ans d’existence et ses 900 habitants de l’époque n’ont alors pas pesé lourd face aux impératifs économiques. Du coup, les habitants ont été « invités » à se faire volontairement exproprier (contre compensation financière). Mais tous ne sont pas de cet avis et certains résistent ! Le projet d’extension est même remis en cause et la démolition a été (provisoirement?) arrêtée. Une sorte de « cimetière des maisons » a été mis en scène avec des panneaux afin de garder en mémoire l’histoire de la ville. Dans le village, on retrouve ainsi plusieurs écritures « Doel moet blijven » (Doel doit rester).

BALADE SILENCIEUSE dans les rues

(…pas si désertes que ça) Comme je vous le disais, on était dimanche. Et dans le coin, la balade dominicale en famille se fait en visitant Doel et/ou en se promenant sur les rives en regardant passer les super tankers sur fond de port industriel et de centrale nucléaire… Ah si, quand-même, il y a le petit moulin typique, classé monument historique depuis 1946, aujourd’hui une Taverne bien-nommée « De Molen », qui contraste fortement avec l’ensemble !

 

Mais « on est pas venus là pour acheter du terrain », comme dirait l’autre, (d’ailleurs, on peut pas !), et la découverte de Doel se fait en voguant dans les rues aux allures de films western. Le village se structure en 3 rues perpendiculaires à 4 autres, autant dire que vous devriez pas trop vous perdre. On s’attend à tout moment à voir traverser un tumbleweed (« virevoltant » en français, vous savez, ce petit arbuste sec qui roule et qui n’amasse pas mousse). En omettant les touristes donc (surtout un week-end donc !), l’ambiance de la ville est vraiment prenante. J’ai tout de suite pensé à « Silent Hill » ou « Je suis une légende » (mais à une autre échelle). En un sens, Doel serait donc le voyage idéal pour l’adepte de lieux désertés, des ruines contemporaines, mais qui n’aurait pas les moyens d’aller jusqu’à Chicago pour voir les quartiers désaffectés ou qui n’aurait pas les… le courage sanitaire de visiter Tchernobyl. Bref, si vous êtes fan de Urbex (Urban Exploration, Exploration Urbaine en français), Doel est un site incontournable que vous devez connaitre !

 

Dans la ville, on trouve un vieux bar, une école, une église (encore quelques fois en usage) et son cimetière, un garage et une ancienne pompe à essence, un ancien élevage d’oiseaux ? Par contre, la crise cardiaque ne fut pas loin quand, en scrutant l’intérieur d’une maison à travers la fenêtre, un chien vivant bondit au carreau en aboyant comme un… chien… La plante verte pas desséchée était justement en train de commencer à me mettre la puce à l’oreille avant le chien aux carreaux. En fait, il reste quelques maisons encore occupées par d’irréductibles résistants. Une maison, par exemple, prévient qu’elle est sous surveillance vidéo (ils ont dû en avoir marre de voir des hordes de touristes zombies pénétrer chez eux comme bon leur semblait).

Un lieu de STREET ART

Par la force des choses, une fois que les habitants ont quitté la ville, logiquement, elle n’était (quasiment) plus… habitée ! Doel a alors été investie par les graffeurs  (comme le gantois Roa par exemple) et est depuis un lieu d’expression du #street Art aérosol (mais aussi peinture, acrylique?). Il suffit de voguer dans les rues au fil des images. Il y a du bon et du moins bon, le bon se trouvant généralement sur les parties extérieures des bâtiments tandis que les intérieurs abritent de simples tags tout pourris. Le hangar de l’ancien garage est assez riche et un groupe de djeun’s français était en train de tourner (un clip ? un court-métrage ?). J’imagine que Doel doit en inspirer quelques-uns d’un point de vue underground.

Fan de Street Art ? Découvrez d’autres lieux dans notre rubrique Trace La Culture !

 

Des VANDALES et des FANTÔMES

Normalement, les maisons étaient closes mais les vandales et autres pilleurs se sont autorisés à visiter les propriétés pour récupérer ce qui avait été laissé sur place. Certaines maisons ont donc la porte fracassée et, si on n’a pas trop regardé de films d’horreur traumatisants, on peut pénétrer à l’intérieur et visiter à notre tour. Personnellement, j’ai pas osé monter aux étages : pas envie de miser mon bassin sur la solidité du plancher… L’expérience est vraiment insolite. Globalement, tout ce qui avait à saccager l’a été ! La moindre porte de placard a été défoncée, taguée etc… D’ailleurs, normalement, c’est là qu’un chat surgit d’un coup en miaulant, non ? Mais là, on est plutôt dans « Resident Evil » (heureusement, on est pleine journée, mais j’imagine que la nuit il faut les avoir bien accrochées !).

Retrouvez toutes les photos dans mon album photo de Doel

Ce qui est surprenant également ce que les habitants ont laissé une quantité non négligeable d’objets et de mobilier. Vraisemblablement les indemnités pour leur expulsion ont permis d’en profiter pour changer de canapé (en laissant sur place le vieux, hérité de mamie, plutôt que de s’embêter à le déménager). On retrouve ainsi des meubles, des fauteuils, une cafetière… Des traces authentiques d’existences comme si on pénétrait dans la vie des personnes qui ont vécu ici, une sorte d’archéologie contemporaine. J’ai par exemple été fasciné par un tas de feuilles éparpillées au sol qui étaient les évaluations (de géo ?) d’un écolier. Il y a même un avis de recherches placardé sur une vitrine ! Décidément, on se croirait vraiment au début d’un film d’épouvante…
nb : quitter cette ville avant le coucher du soleil !!!

 

Au final, tellement c’était bon, que le temps passé à Doel a été beaucoup plus long que voulu initialement (j’ai pris plein de photos ! 🙂 ). Ensuite, comme prévu au départ, direction Anvers même si le temps imparti à la visite de la « capitale du diamant » a été quelque peu entamé. => Visiter Anvers et contre le temps qu’il reste !

📷 L’Oeil d’Édouard ©

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