Le MUSÉE JUIF DE BERLIN, une expérience architecturale de l’Histoire Juive

Musée Juif de Berlin Allemagne - Jüdisches Museum, Deutschland Germany - Architecture Daniel Libeskind

Le Musée Juif de Berlin n’est pas un bâtiment destiné à simplement abriter des œuvres, il est une véritable sculpture pénétrable, une expérience sensible destinée à faire éprouver l’Histoire, celle du peuple juif. Que ce soit pour son esthétique ou son intérêt historique, le Jüdisches Museum est un musée incontournable à visiter, une référence dans le monde de l’architecture. C’est d’ailleurs un des principaux arguments qui a motivé mon séjour à Berlin.

Architecture du Musée Juif de Berlin

La construction d’un nouveau Musée Juif à Berlin fut voté par le Sénat en 1988, 50 ans après sa fermeture par la Gestapo, dans le quartier de Kreuzberg. Parmi les nombreux et illustres candidats, c’est Daniel Libeskind, un jeune architecte alors inconnu, qui gagnera le concours. Se destinant originellement à une carrière de musicien, son projet architectural est influencé par deux œuvres : le livre Sens unique de Walter Benjamin et, surtout, l’opéra d’Arnold Schönberg, Moïse et Aaron, une pièce en 3 actes dont la musique se termine au bout du second. L’absence sera alors le corps de sa démarche esthétique. Pour appuyer la référence, il rédigera sa proposition architecturale, intitulée Between the lines (“Entre les lignes”), sur une feuille de partition musicale.

L’histoire juive est un peu en-dessous du niveau du sol, elle n’est pas enterrée très profond mais certainement à quelques centimètres sous le sol sur lequel on marche. Donc je n’ai pas dû aller en bibliothèque pour étudier ce projet, prendre des photos pour trouver son orientation véritable. Parce qu’il est déjà orienté. Il est orienté dans le Monde, tout d’abord par la catastrophe de l’extermination des juifs européens, et ensuite par les traces laissées dans la ville par les noms et les adresses de tous ces gens qui ne sont pas seulement des numéros dans la liste des victimes mais qui, même absents, vivent toujours là et continuent à hanter ce lieu.” Daniel Libeskind

Rupture et intégration

Le projet de Libeskind sera construit de 1993 à 1998, à coté du Kollegienhaus, un bâtiment baroque du XVIIIe siècle, autrefois Siège de la Cour Suprême du Royaume de Prusse. Le Musée Juif de Berlin se compose en fait de ces deux édifices, posés l’un à côté de l’autre et que, pourtant, rien ne semble relier. De plus, ils n’ont visuellement rien à voir : volume général et détails formels (fenêtres, toit..), matériaux, couleurs…

Alors que le monument allemand a fièrement pignon sur rue, la nouvelle construction se veut beaucoup plus discrète. Elle ne cherche pas à dominer son aïeule en dépassant sa hauteur (22,5 mètres pour l’ancien, 20,5 mètres pour le nouveau). Pudique, elle se cache même derrière des arbres (sauf là, sur la photo en-dessous, quand j’y suis allé au printemps), la rendant alors à peine visible depuis la rue. Du reste, l’édifice, pourtant monumental, ne se présente ici que par le plus petit côté, la tranche, le reste de la forme se développant derrière. Ainsi, le bâtiment de Libeskind évoque cette histoire juive qu’on a voulu cacher.

© www.libeskind.com

Cependant, l’édifice contemporain est résolument plus audacieux que ce qu’il laisserait penser de prime abord. Seule une vue aérienne permet d’en appréhender l’expressivité de la forme, un imposant zigzag se déployant sur environ 150 mètres, que les Berlinois ont alors surnommé le “blitz”. Pour l’architecte déconstructiviste, cette longue ligne brisée, aux angles aigus et sommets pointus, figure l’Histoire des juifs en Allemagne, violente et dramatique… D’ailleurs, la forme apparait d’autant plus contrariée, tourmentée, lorsqu’elle arrive aux abords du bâtiment baroque. À l’extérieur, une grande tour en béton et un jardin de piliers inclinés (voir plus bas).

© Günther Schneider

Le bâtiment principal du nouveau Musée Juif de Berlin est entièrement recouvert de zinc monoxydé. Alors que l’on pourrait y voir une similitude avec le Musée Guggenheim Bilbao de Gehry, le projet ici est aux antipodes, loin du m’as-tu vu monumentaliste. En plus d’adoucir l’aspect agressif de la forme en absorbant la lumière, ce froid et doux métal gris-bleuté a la particularité de ternir au fil du temps, le rendant ainsi encore plus sobre.

Cette enveloppe est marquée d’entailles qui semblent être autant d’impacts et de cicatrices sur la peau. Des stigmates qui seront de plus en plus marqués avec le vieillissement du métal. Ces coupures ne sont pas de simples fenêtres et traversent littéralement le corps du bâtiment. Néanmoins, alors qu’elles suggèrent une grande violence, les formes si particulières (il a fallu les faire construire par un fabricant de pare-brise !) sont en fait dues à un dessin qui n’a rien d’émotionnel. En effet, à l’instar de Sol Lewitt ou de François Morellet, Daniel Libeskind a tracé sur une carte de Berlin des lignes reliant les adresses (réelles ou imaginaires) des personnalités emblématiques du Judaïsme allemand. Il a ensuite projeté la figure aléatoire ainsi obtenue sur les façades du bâtiment.

© www.libeskind.com

 

Le Kollegienhaus, le Glashof et le parc

Alors que l’attention se focalise sur le bâtiment contemporain, l’entrée au Musée Juif de Berlin se situe en fait dans l’édifice ancien. Rien ne semble pourtant les associer, ni les relier… On se serait alors trompé ? Ou alors on nous aurait menti ? Le Kollegienhaus date de 1735 et abritait l’administration du Royaume de Prusse, puis l’ancien siège de la chambre suprême de Prusse jusqu’en 1913. Sérieusement endommagé au cours de la IInée Guerre mondiale, il fut reconstruit en 1963 à partir des seuls murs restants et accueillît le musée de la ville de Berlin. Aujourd’hui, le bâtiment héberge la billetterie (à l’accueil aussi sympathique qu’un mur de béton Est-allemand…), les vestiaires, un café et un service de restauration qui revisite la cuisine juive à la sauce contemporaine.

En 2007, Libeskind revient au Musée Juif de Berlin pour réaliser le Glashof, une extension au Kollegienhaus. Cette grande verrière recouvre la cour intérieure du bâtiment en U, suspendue par quatre piliers en forme d’arbre et de branches. Cet espace s’inspire d’une soukka, cabane construite lors de la fête juive de Souccot. En accès libre et gratuit, il abrite la terrasse du café mais également des expositions, des concerts ainsi que la remise du Prix de la compréhension et de la tolérance décerné chaque année par le musée.

En sortant du Kollegienhaus, on peut se promener dans le petit parc du Musée Juif de Berlin, conçu par Hans Kollhoff et Arthur Ovaska. Certains se promènent au pied des arbres aux essences variées, d’autres s’assoient sur un banc ou une chaise longue… Sur le côté, derrière il y a un (horrible !) bâtiment expose la sublime et stupéfiante œuvre Aural de James Turell, tandis que, au fond, une butte avec une fontaine, un terrain de pétanque, un four à pain… Que ce soit pour les berlinois ou les touristes après leur visite, il s’agit d’un lieu de vie tout à fait agréable.




 

Le “Blitz”, une architecture en 3 axes

L’accès au bâtiment de Libeskind se fait à l’intérieur du Kollegienhaus mais le lien entre les deux est enterré, invisible de l’extérieur. Un grand portail en béton brut donne sur des escaliers obscurs s’enfonçant au sous-sol, symbole d’une histoire cachée… À l’inverse, l’espace s’étire sur plusieurs mètres au-dessus des têtes. Il s’agit en fait d’une immense tour de béton aux angles aigus traversant de haut en bas l’édifice baroque. Le musée juif et le monument allemand sont imbriqués l’un dans l’autre, à l’instar de leur histoire respective. Cette colonne est ainsi le point d’ancrage du parcours muséal à venir.

 

On arrive alors au cœur du projet architectural du Musée Juif de Berlin. Alors que la forme du blitz est complexe, cet espace souterrain se compose plus simplement des trois lignes s’entrecoupant. Toutefois, leur disposition fait qu’on ne peut jamais en voir que deux à la fois. Daniel Libeskind les appelle des “axes”, chacun d’eux incarnant les trois expériences du Judaïsme allemand dans une narration en trois actes : l’Exil, la Mort et la Continuité. Ces couloirs noir et blanc, affirmés par une violente strie de lumière au plafond, conduisent chacun à une expérience sensorielle différente, évoquant l’histoire du peuple juif.

Ce ne sont pas des espaces libres, ils ont une très forte charge idéologique. Je fais partie de ceux qui pensent que l’espace doit faire éprouver quelque chose d’authentique. Sinon, on n’aurait pas besoin d’architecture, l’ingénierie suffirait. Donc, je me sers des moyens traditionnels de l’architecture (matériau, proportions, lumière…) pour créer un espace qui n’a jamais existé avant. Car il n’y a jamais eu un bâtiment dont l’entrée se cache dans un édifice baroque, où l’on doit ensuite descendre 12 mètres sous terre, et dont les escaliers et les principales circulations ne sont pas du tout dans l’ordre où on s’attend à les trouver. Pour moi, tout cela traduit l’expérience des juifs berlinois. Ce ne sont pas des effets de mise en scène, ou du cinéma, c’est réfléchi. Et pour le meilleur ou le pire, ça parle de l’expérience qui me semble importante de transmettre.” Daniel Libeskind

 

L’axe de l’Exil

Au départ de ce couloir, sur la droite, quelques salles appelées “Galerie Rafael Roth” offrent un espace de monstration des œuvres d’art (exposition res∙o∙nant en l’occurence lors de ma visite). Ensuite, des vitrines encastrées dans les murs de l’axe de l’Exil et celui de l’Holocauste présentent des objets ayant appartenu à des personnes juives. Si l’on ne peut couper au traditionnel chandelier à sept branches et à l’effroyable étoile jaune, les lettres, dessins d’enfants, photos de famille… sont autant de souvenirs concrets de petites histoires réelles de la grande Histoire. L’émotion prend alors au ventre et monte au cœur, qui se serre.

Au bout de cet axe, une porte ouvre sur l’extérieur. Il s’agit du “Jardin de l’Exil“. Cette échappée au grand jour figure l’Exode, de l’Allemagne en particulier mais aussi plus généralement du peuple juif au cours de son histoire. L’espace est structuré de 49 piliers en béton (7, chiffre sacré, multiplié par lui-même, dans un carré, le seul espace parfaitement orthogonal du musée). Au sommet de ceux-là, poussent des arbustes (déracinés, hors-sol…) formant ainsi un jardin suspendu (en référence à celui de Babylone ?). Mais ici, la fuite, emplie d’espoirs, est une chimère. Alors qu’elle est au grand jour, elle est un autre enfermement, extra-situ. Le Jardin de l’Exil, entouré d’une douve, n’a aucune échappatoire. Dans cette impasse, le “Retour” est alors la seule issue… (ps : d’un point de vue beaucoup plus pratique, cela permet que les fraudeurs n’entrent pas gratuitement dans le musée en faisant le mur !).

© L’Oeil d’Édouard / Instagram 📷

Si, dans sa forme, il rappelle le Mémorial aux Juifs assassinés d’Europe, vers la Porte de Brandebourg, Libeskind va “plus loin”. Le sol du jardin est incliné de 10° sur les deux axes du plan horizontal, créant ainsi une double pente : en marchant au milieu des piliers, on subit un déséquilibre avant/arrière et gauche/droite, rappelant l’expérience de la Matière de Temps de Richard Serra au Musée Guggenheim Bilbao. De plus, cette perte de repères, symbole de l’Exil, du déracinement, change à chaque virage de la déambulation. J’ai vu certains visiteurs devant s’arrêter et s’asseoir sur le bord tellement la sensation étant troublante et perturbante.

L’axe de l’Holocauste

Comme l’axe de l’Exil qu’il croise, celui de l’Holocauste est un lieu d’exposition. Au bout de ce couloir de la mort, une porte noire, lourde. En l’ouvrant, un courant d’air froid effleure la peau. On pénètre dans la salle obscure. Puis les yeux commencent à s’habituer à la faveur d’une fente où rentre la lumière. On découvre les murs de béton brut de la “Tour de l’Holocauste” ainsi que son impressionnant volume. Située à l’extérieur de manière indépendante, elle n’est reliée au bâtiment que par cet axe souterrain. Si elle semble être une jumelle de la tour d’entrée, ici, l’expérience est toute autre : on est dans une chambre d’extermination. Cet espace vide manifeste l’absence. Seuls quelques bruits arrivant de la rue par la lucarne mais ceux-ci renforcent la sensation d’être coupé du monde. Puis, le froid et l’épouvante glacent le sang et l’esprit… La mort comme finalité, aucun espace ne poursuit. Nous, avons la liberté de faire demi-tour et sortir en vie…

L’axe de la Continuité

À l’inverse des deux autres axes, celui de la continuité n’est qu’un lieu de passage et n’expose rien sinon sa propre architecture. Démarrant au pied de la tour d’entrée, il est le plus long des trois couloirs. L’axe de la Continuité est le seul à “emmener”, symbolisant la poursuite de l’existence du peuple juif en Allemagne. Si, au départ, il a les mêmes dimensions que les autres, la perspective s’étend subitement au pied de l’escalier auquel il conduit. À la plus grande surprise du visiteur, l’espace trouve ici une nouvelle profondeur mais surtout une hauteur alors inattendue. Toutefois, le couloir garde sa largeur originelle dont les deux parois ne semblent maintenues qu’à la force des grandes (mais proportionnellement minuscules) poutres en béton qui traversent l’espace. Nous éprouvons ici une résistance architecturale précaire visant à assurer la continuité malgré la tension, aussi difficile soit-elle face aux pressions du Monde. Cette ascension se veut être comme une épreuve pour revenir au-dessus du niveau du sol. Lueur d’espoir et optimisme, cet écart s’agrandit de plus en plus sur la partie haute.

© www.libeskind.com

© L’Oeil d’Édouard / Instagram 📷

Les salles “d’exposition”

L’escalier de l’axe de la continuité dessert trois des quatre étages du Musée Juif de Berlin. Mais, lors de ma visite, seul le premier était accessible. Si, à l’intérieur on retrouve l’esthétique dessinée par Libeskind (angles pointus, envers des entailles, lignes obliques et étirées… à la manière expressionniste d’un film de Fritz Lang), il est toutefois légitime de penser que le projet architectural natif de l’architecte américain a été corrompu. Après moultes discussions, le musée a ouvert ses portes en 1999, avec rien de plus à exposer que sa propre architecture : une œuvre d’art à part entière, pénétrable, dont l’expérience esthétique et sensible se suffisait à elle-même. Mais, malgré la fréquentation (50.000 visiteurs en deux ans), les administrateurs berlinois (démagogiques et/ou ignorants de la chose artistique ?) ne se contentaient pas de ce vide pourtant hautement signifiant. Ainsi, comme l’architecture du Musée Juif de Berlin n’était pas propice à cela (l’intention n’avait jamais été celle-ci), des décorateurs d’intérieur munichois furent missionnés pour aménager les espaces d’accrochages : panneaux, modules, colonnes, vitrines, cimaises, éclairages, escaliers et mezzanines (parfois repeints avec des couleurs abjectes) sont alors venus altérer les formes et les volumes dans un but fonctionnel. (quelques exemples du carnage ici ou ).

Le musée inaugure en 2001 une riche collection de plus de 4000 objets retraçant 2000 ans de présence juive en Allemagne. Le muséographie développe notamment la thématique de l’écriture et de la lettre. Pour ma part, je suis venu découvrir le bâtiment et l’exposition permanente m’a assez peu intéressé. Je dois aussi dire que j’ai, par exemple, apprécié les œuvres vidéo d’Hadassa Goldvicht, Writing Lesson (2005), Taking it all back (2006) et Kiss (2012). Insolite, le distributeur kasher.

 

Les “vides”

Autre signe fort de l’architecture du Musée Juif de Berlin, Daniel Libeskind a placé des tours de béton. Celles-ci jalonnent en pointillés le “blitz” à chaque croisement d’une ligne droite tracée arbitrairement. Chaque forme est différente. À l’intérieur de ces espaces, il n’y a rien. Ils incarnent la dernière figure du Judaïsme allemand, l’absence, et l’architecte les appelle “les vides”. Ce volume en négatif symbolise tout ce qui a été anéanti au fil de l’histoire juive. Ces lieux fantômes sont inaccessibles (en fait, dans les salles de “Galerie Rafael Roth” on peut voir au-dessus de nous deux des six oculus). Celle-ci n’est réellement perceptible que depuis le ciel, par les verrières sommitales, ou à travers quelques meurtrières lors de la visite. Mais il n’y a y rien à voir, sinon le vide en lui-même, à ressentir.

Vous imaginez que ce n’est pas un projet que je pouvais concevoir tranquillement chez moi, en montrant quelques jolis dessins. Chaque semaine, je devais rencontrer une cinquantaine de bureaucrates qui contestaient le moindre détail. Pourquoi devons-nous dépenser de l’argent pour construire un espace qui ne sert à rien ? Vous pouvez toujours l’appeler ‘le vide’, mais réduisez-le à des proportions économiquement viables. J’ai essayé de les convaincre qu’il fallait organiser ce musée selon des principes totalement autres, parce que c’est ce musée là qui est aujourd’hui nécessaire. Ce n’est pas une histoire qu’on peut ranger une fois pour toute et dire ‘Voilà c’est fait’ et on peut passer à autre chose. Il y aura toujours une tension entre la substance de cette histoire, ce qui peut être raconté et ce qui ne peut jamais l’être, dont on ne peut avoir que l’intuition et qui résistera toujours à toute tentative de contrôle, toute tentative d’en finir. C’était pour moi l’un des défis de la construction de ce bâtiment.” Daniel Libeskind

Néanmoins, un seul, le dernier et plus grand, appelé “le vide de la mémoire”, est accessible aux visiteurs. Il est le seul lieu destiné, dès l’origine du projet, à accueillir ce qui était censé être l’unique œuvre du Musée Juif de Berlin. Cette installation de Menashe Kadischman s’intitule Shalechet (1997-2001), “les feuilles mortes”. Il s’agit de milliers de disques d’acier posés au sol. Sur ceux-ci, des trous figurent un visage humain à travers une représentation rudimentaire : deux yeux, un nez, une bouche. Un anonymat en même temps qu’un universalisme, même si chacun d’eux est unique (certains, plus petits, même des enfants…). Un mémorial en hommage aux victimes de la Shoah.

Shalechet (1997-2001) Menashe KADISCHMAN 📷 L’Oeil d’Édouard ©

Mais là où l’œuvre prend toute son ampleur de ce lieu spécifique lorsque l’on marche dessus (oui, on a le droit !). Au départ, le pied est hésitant, coupable. Les disques métalliques s’entrechoquent sous nos pas et les visages crient dans un son strident dont l’écho, prisonnier dans cette tour, résonne épouvantablement. Tout notre être est alors saisi jusqu’au plus profond par une intense émotion, un malaise étourdissant. En traversant ce charnier, nous, vivants, marchons sur des âmes hantant et hurlant l’atrocité du génocide. Une double interprétation m’a alors semblé possible : s’agit-il d’un devoir de mémoire en réactivant le souvenir des victimes pour ne pas tomber dans l’oubli du drame ou bien une sensibilisation à “notre” inaction de l’époque, une complicité passive de l’extermination ?


On ressort ensuite par le même itinéraire qu’à l’aller. Pour tout amateur d’architecture, mais également toute personne qui vient à Berlin, visiter le Musée Juif est, à mon sens, incontournable. Humainement sensible au sujet traité mais sans être passionné non plus, j’ai été impressionné par le bâtiment de Daniel Libeskind. L’expérience qu’il donne à vivre est stupéfiante, par l’intention du projet comme par l’esthétique. Cela dit, il est victime de son succès et je vous conseille de ne pas venir à la première heure (comme je l’ai fait). La présence de groupes de touristes venant en masse dès l’ouverture remplit les espaces et vient véritablement parasiter l’expérience de l’absence, du silence, du vide…

Infos pratiques :

Adresse : Lindenstraße 9-14
Tarifs : 8€ (pré-vente) / gratuit -18 ans et avec le MuseumPass
Horaires : tous les jours, de 10h à 19h

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