Le PALAZZO PUBBLICO et les fresques du MUSEO CIVICO de SIENNE

Piazza del Campo de Sienne et le Palazzo Pubblico di Siena (Museo Civico)

Situé en contrebas de la Piazza del Campo, le Palazzo Pubblico était le siège administratif et judiciaire de la République siennoise. Si, de nos jours, le rez-de-chaussée est encore occupé par la municipalité, les étages supérieurs abritent dorénavant le Museo Civico qui expose au public les fresques de grands-maitres de l’art toscan dont la Maestà de Martini et Allégorie et effets du Bon et du Mauvais Gouvernement de Lorenzetti (analyse détaillée plus bas).

Le PALAZZO PUBBLICO

Construit entre 1297 et 1308, ce palais communal accueillait les « Nove » : élus par tirage au sort, neuf citoyens se recluaient pendant deux mois dans le Palazzo Pubblico pour assumer la charge du pouvoir de la République de Sienne. Le Conseil des Neuf était ensuite renouvelé de la même manière. Ce système devait garantir un gouvernement juste et équitable en limitant l’emprise de quelques familles sur la ville. Le Palazzo Pubblico est un mélange d’architecture médiévale (forme orthogonale, crénelage) et gothique (arches en ogive, fenêtres trilobées). La façade en trois pans est légèrement courbée pour épouser celle de la Piazza del Campo, faisant ainsi écho aux autres bâtiments de la place. Le rez-de-chaussée est fait de pierres blanches et les étages supérieurs de briques ocre rouge.

Sur la gauche, la Torre del Mangia domine Sienne du haut de ses 102 mètres (87 en pierre + 15 en métal), soit la même hauteur que celle du Duomo, affirmant ainsi l’égalité entre l’Église et l’État. Érigée entre 1325 et 1348, elle doit son nom à Giovanni di Duccio, son premier sonneur de cloches, qui était surnommé « Mangia guadagni » (le « mange gains ») pour sa gloutonnerie. Le sommet est accessible au visiteur (10€) après une montée de 332 marches et offre une vue panoramique sur les toits de la ville et la campagne toscane. À sa base, la Cappella di Piazza, construite entre 1352 et 1376 en offrande à la Vierge Marie pour la remercier d’avoir libéré Sienne de la peste noire. On entre dans le Museo Civico en passant le Cortile del Podestà (« Cour du Podestat ») et sa vertigineuse vue ascendante.

Le MUSEO CIVICO

Riche de nombreuses fresques, le principal musée de Sienne expose le patrimoine artistique du Gouvernement des Neuf qui commandait des peintures aux maitres de l’École siennoise (Duccio di Buoninsegna, Lorenzetti, Martini, Bartolo…). Les artistes, au service du pouvoir, y mêlaient des représentations d’inspirations religieuses et/ou politiques.

Infos pratiques :

Tarifs :  9€ (détails sur le site – pas besoin de prendre ses billets à l’avance, je n’ai attendu même pas 5 min dans la file)
Horaires : tous les jours, de 10h à 18h (novembre-mars) ou à 19h (mars-octobre)
Durée de la visite : 3/4h, en prenant mon temps pour profiter des salles (et esquiver les hordes en visite guidée…)

La Quadreria

La visite du Museo Civico débute (ou pas, puisqu’une porte amène directement à la salle du Risorgimento) par quatre petites salles. La première est occupée par la boutique du musée tandis que les suivantes présentent quelques tableaux et objets d’époque sous vitrines. À mon goût, cette galerie ne présente pas un intérêt essentiel ou remarquable mais ça met tout de même dans l’ambiance. À noter le moulage de la Louve qu’on retrouve plus loin, dans le vestibule, dans une version dorée.

La Sala del Risorgimento

La première des grandes salles du Museo Civico est consacrée au Risorgimento, période de l’Unification de l’Italie par le Roi de la Maison de Savoie. Les grandes fresques du XIXe siècle célèbrent les différents évènements et guerres d’indépendance : Rencontre de Victor-Emmanuel II avec le maréchal Radetzky à Vignale et Rencontre de Teano entre Victor-Emmanuel et Garibaldi de Pietro Aldi, La Bataille de Palestro et La Bataille de San Martino de Amos Cassioli, Présentation du plébiscite à Victor-Emmanuel II et Les funérailles de Victor-Emmanuel II (ou Transfert du corps de Victor-Emmanuel II d’Italie au Panthéon) de Cesare Maccari.

 

Mais l’élément le plus marquant dans cette pièce est sans conteste le plafond décoré tout en dorures (et croix de Savoie) : une femme assise sur un trône symbolise l’Italie libre et indépendante, entourée d’autres représentant les différentes régions unifiées. « Nous ne serons pas libres si nous ne sommes pas unis (…) Jusqu’à ce que surgisse un homme qui nous réunit » Alessandro Manzoni

 

© L’Oeil d’Édouard

La Sala di Balia

La Salle des Prieurs est somptueuse, on se régale avec ces images à chaque coup d’œil ! Les fresques sur les murs illustrant la vie d’Alexandre III, premier Pape siennois entre 1159 et 1181, ont été réalisées par Spinello Aretino tandis que les Allegorie ed altri personaggi sont de Martino di Bartolomeo. La porte en bois incrustée a été sculptée par Domenico di Niccolò.

La Sala dei Cardinali

La Salle des Cardinaux du Palazzo Pubblico est l’antichambre du Consistoire. J’ai été envouté par le bleu de ses murs au motif céleste. Elle est décorée avec des fresques du XIVe et XVe siècles dont certaines sont attribuées à Ambrogio Lorenzetti.

 

Malheureusement pour moi, la Salle du Consistoire était réservée pour un mariage et je n’ai pu pas passer le portail en marbre signé Bernardo Rossellino. À l’intérieur, le chœur en bois a lui aussi été sculpté et marqueté par Domenico di Niccolò entre 1415 et 1428. Les fresques maniéristes, peintes sur la voûte entre 1529 et 1535 par Domenico Beccafumi, sont des allégories représentant les trois vertus politiques nécessaires à un bon gouvernement : la Justice (Justizia), l’Amour de la patrie (Amor di patria) et la bienveillance mutuelle (Mutua buennevolenza). Les scènes peintes sur la frise, elles, sont tirées des mythologies grecque et romaine.

 

L’Antecappella et la Capella dei Signori

Deux passages amènent ensuite à la Salle de la Mappemonde : sur la droite, le Vestibule (par lequel vous rejoindrez les grands escaliers du Palazzo Pubblico qui mènent à la sortie) avec la sculpture dorée de la Louve et une Vierge à l’Enfant d’Ambrogio Lorenzetti ; sur la gauche, l’Antecappella dont les murs ont été décorés vers 1413/1415 par Taddeo di Bartolo sur des thèmes mythologiques et sur l’histoire romaine, Allégories et Figures de l’histoire romaine. La grille en fer forgé séparant la chapelle date en 1437 et est l’œuvre du siennois Giacomo di Giovanni.

 

La chapelle du Palazzo Civico est vraiment splendide. L’autel a été conçu par Marrina, la table de la Sainte Famille avec Saint-Léonard (1530) du Sodoma était à l’origine dans le Duomo. Le chœur en bois avec ses stalles a été raffiné et incrusté (1415-1428) par… Domenico di Niccolò, et oui, encore lui, le marqueteur avait raflé le marché ! Chaque siège représente les différents articles du Crédo.

 

Les murs de la chapelle ont été peint par Taddeo di Bartolo entre 1406 et 1407 et illustrent des Vertus ainsi que la vie de Saints, Évangélistes, Prophètes et la Vierge : L‘Adieu aux Apôtres, La Mort de la Vierge, Les Funérailles de la Vierge, L’Assomption. Sur la voûte décorée, on retrouve des croisées d’ogives, emblème autant technique qu’esthétique de l’architecture gothique.

La Sala del Mappemondo

La Salle du Mappemonde (ou Salle du Globe) est la plus grande du Palazzo Pubblico. Son nom vient du parchemin circulaire (aujourd’hui détruit) sur lequel Ambrogio Lorenzetti avait peint en 1345 l’ensemble des territoires siennois. Sur les murs, on retrouve de nombreuses fresques : des niches en trompe-l’œil, La Battaglia della Val di Chiana de Lippo Vanni et La Battaglia del Poggio Imperiale de Giovanni di Cristofano Ghini et Francesco d’Andrea célébrant des victoires militaires siennoises sur sa rivale Florence.

 

Les œuvres phares de cette salle du Museo Civico sont surtout les deux fresques réalisées par Simone Martini : le portrait équestre de Guidoriccio da Fogliano lors du siège de Montemassi (1328) (ou peut-être qu’une réplique) et la Vierge en Majesté, Maestà (1312-1315) qui veille sur la cité. Les deux se font face pour exposer la dualité d’un pouvoir religieux et politique. Le primitif italien était réputé pour la richesse de détails de ses représentations raffinées ainsi que pour le traitement humaniste des expressions du visage (version hd) qui différencie avec les icônes médiévales. Concernant l’espace suggéré, ce n’est pas encore du Giotto mais on décèle toutefois une intention de profondeur dans la représentation : vue plongeante sur le campement, personnages au premier plan ou superposés, fuyantes du baldaquin. En-dessous, plus petite, La conquista del castello (di Giuncarico ?), redécouverte et possiblement réalisée par Duccio di Buoninsegna aux alentours de 1314.

La Sala dei Nove

Aussi appelée Salle de la Paix, la Salle des Neuf était, entre 1287 et 1355, le lieu où se réunissait le Conseil de 9 citoyens gouverneurs de Sienne. En 1338, alors que le pouvoir de la cité commence à décliner (en proie à la famine, à la mort et aux insurrections), Ambrogio Lorenzetti reçoit une commande du Conseil visant à promouvoir les vertus politiques, comme un rappel des principes inspirant l’action des responsables de la cité. Anticipant le grand dilemme visant à identifier la différence entre le bon chasseur et le mauvais chasseur, le toscan (du plantier) peint alors la (caricaturalement manichéenne, il faut quand-même le dire) Allégorie et effets du Bon et du Mauvais Gouvernement (1338-1339). Réalisée sur les trois murs sur plus de 2 mètres de hauteur et 35 de long, cette fresque est considérée comme l’un des premiers paysages panoramiques depuis l’Antiquité et une des premières grandes peintures politiques de l’histoire de l’art. Je vous conseille, autant que possible, d’essayer d’entrer quand il n’y a pas de groupes, histoire d’être un peu au calme pour admirer sereinement tous les détails. Juste derrière, la Sala dei Pilatori est réservée à la restauration d’oeuvres.

Analyse de l’Allégorie et effets du Bon et du Mauvais Gouvernement de Lorenzetti

L’Allégorie du Bon Gouvernement figure sur la partie centrale du programme iconographique de la fresque. Sur la partie supérieure, quatre figures sont représentées sur un somptueux fond bleu céleste : la Sagesse à gauche et, sur la droite, rappelant que l’inspiration est divine, les trois vertus théologales que sont la Foi, la Charité et l’Espérance (qui regarde le visage de dieu apparaissant dans le ciel). En-dessous, l’homme barbu assis sur un trône, tenant un sceptre et un bouclier décoré d’une Vierge à l’Enfant protégeant la cité, incarne la figure du Bon Gouvernement. Perpétuant l’esthétique byzantine, ses dimensions sont symboliques pour signifier l’importance de son statut. Il est entouré de 6 femmes incarnant les vertus cardinales du bon pouvoir : de gauche à droite, la Paix (allongée sur une armure et un rameau d’olivier à la main), la Force (tenant une masse et un bouclier et avec des soldats à ses pieds), la Prudence puis de l’autre côté, la Magnanimité, la Tempérance (observant un sablier) et la Justice avec une tête décapitée sur ses genoux et plusieurs prisonniers ligotés à ses pieds (histoire de bien montrer qu’on peut, un peu comme Charles Bronson, être vertueux tout en sachant ne pas se laisser marcher dessus pour autant !).

Sur la partie gauche de la scène, séparant ainsi le pouvoir judiciaire de l’exécutif par la composition même, deux autres vertus reposent sur les plateaux d’un balance : l’une exécute les condamnés quand l’autre récompense les justes. Pour prévenir de toute tyrannie, la balance est tenue par la Sagesse (avec le livre du Jugement dans l’autre main) et équilibrée par la Justice. L’ensemble forme ainsi une triangle harmonieux. Transmise par la Concorde sur la partie basse, un cordage relie la balance de la justice à 24 citoyens. Malgré leurs différences (sociales, âges…), tous la tiennent à l’unisson dans l’intérêt collectif de la cité. « They are the World, they are the people » etc… Cette dernière est symbolisée par les jumeaux Senius et Aschinus (fils de Rémus et fondateurs de Sienne) assis, en train de boire le lait de la Louve. Sous la fresque, on peut lire « Ambrosius Laurentii de Senis hic pinxit utrinque » signifiant que « Ambrogio Larenzetti a peint des deux côtés ».

Allégorie du Bon Gouvernement (☞ version hd)

 

Sur la droite, un large paysage panoramique de 14 mètres représente Les Effets du Bon Gouvernement sur la ville et la campagne. Divisé en deux parties, on voit sur la gauche une ville à l’architecture fastueuse. Si on peut reconnaitre le Duomo dans le coin supérieur gauche et la Porta Romana, le paysage urbain est davantage un archétype, l’image d’une image de ville, plutôt qu’une représentation fidèle et précise de Sienne. Préfigurant des scènes narratives de Bruegel, on y découvre une vie quotidienne du XVe siècle avec des habitants souriants, sereins, en train d’étudier, converser, travailler, s’occuper des bêtes, faire le marché, s’amuser en dansant… Dans la campagne à droite, Securitas veille. Les personnes circulent paisiblement et en nombre sur les chemins. Chevaux, mules, chiens, cochons les accompagnent. Les champs sont fertiles et cultivés, plusieurs autres villages ou villes fortifiées sont visibles dans ce paysage idyllique. Pour en savoir plus sur les Effets du Bon Gouvernement, rendez-vous sur cette vidéo.

Effets du Bon Gouvernement sur la ville (☞ version hd) et la campagne (☞ version hd)

 

Sur le mur de gauche, Le Mauvais Gouvernement dont le roi est représenté par la figure de la Tyrannie sous une forme démoniaque (cornes, dents pointues, Lorenzetti a même poussé la caricature jusqu’à le faire loucher !). Celui-ci est inspiré par l’Avarice (en vieille femme), Superbia (l’Orgueil, avec une épée et un joug) et la Vanagloria (la Vanité, se regardant dans un miroir) qui se trouvent au-dessus de lui. De part et d’autre, une chèvre symbolisant le Mal et des personnages incarnant la misère, les abus, la destruction, la famine et un forgeron fabricant des armes. La Justice, cette fois-ci, est quant à elle ligotée au pied du trône. On note un traitement en perspective linéaire de la profondeur avec l’estrade. Ambrogio Lorenzetti la développera dans son Annonciation (1344) qu’Erwin Panofsky considérait comme la première représentation dans l’histoire de l’art à utiliser un point de fuite où convergent les lignes.

 

Sur la gauche de l’allégorie, on retrouve les Effets du Mauvais Gouvernement sur la ville et la campagne. À l’inverse ici, les bâtiments sont détériorés, les personnages sont tristes, malades, persécutés,… morts… La guerre règne à la campagne avec des champs ravagés, des villages en feu et un château en ruines. Même la fresque est en piteux état ! Mise en abîme de sa signification… ? Malheureusement, la restauration des années 1980 n’a rien pu faire contre les parties manquantes de la fresque.

Au final, j’ai vraiment apprécié cette visite du Museo Civico de Sienne. Pas d’attente, pas cher, pas long à parcourir, pas trop de monde, on traverse des salles somptueuses dont certaines présentent de véritables chefs-d’oeuvre de l’art primitif italien. Bref, si vous venez découvrir Sienne, je vous conseille vivement de visiter le Palazzo Pubblico.

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