Le MUSÉE d’Art Moderne de FRANCFORT

Le Musée d'Art Moderne de Francfort

Die MUSEUM für MODERNE KUNST

Globalement, Francfort est très bien dotée en musées (finances/art…) : le Städel Museum avec sa pelouse à lucarnes pour la galerie souterraine, le Schirn Kunsthalle, le Portikus (petite maison étroite – un peu comme celle d’Erwin WURM – implantée sur la micro île du Main) etc… Le Musée d’Art Moderne de Francfort est situé au croisement de Braubachstraße et Domstraße, à 200m au Nord de la Cathédrale Saint-Barthélémy.

L’Architecture du Musée

Je me rappelais d’une architecture singulière. C’est d’ailleurs ce qui m’a fait me rappeler que j’étais bel et bien déjà venu à Francfort en fin de compte… Le musée a été conçu par Hans HOLLEIN et a ouvert ses portes en 1991. De l’extérieur, on dirait une sorte de part de camembert Trivial Pursuit orange. Il a d’ailleurs été surnommé le « morceau de gâteau » (serait-ce donc une coïncidence si on y retrouve plusieurs œuvres, quoique non monumentales, de Claes OLDENBURG ?).

 

Mais c’est surtout son architecture intérieure qui est remarquable. S’il est construit à la pointe de son épée… euh non, de deux rues, il peut paraître plutôt petit. Mais une fois à l’intérieur, on est surpris par ses grands espaces. L’architecture post-moderniste du Musée de Francfort joue avec les formes (droites, cercles…) et offre de grandes verticales (en partie mises en exergue par les aplats de Günther FÖRG, « Wandmalerei » (1991) ). Au fil de la visite, on est confronté à de nombreux points de vueles grandes lignes dessinent l’espace. L’ensemble baigne dans un blanc immaculé et radieux, plus particulièrement dans l’atrium.

 

Petite particularité anecdotique : Après quelques photographies, un surveillant m’a demandé si j’en avais l’autorisation. Hein ? quoi ? Parce qu’en fait, si vous voulez prendre des photos dans le musée, il faudra en demander l’autorisation. Du coup, j’ai dû redescendre jusqu’à la caisse pour compléter un formulaire stipulant que je ne les utiliserai que dans un usage privé, que je ne les publierai pas sur un blog par exemple 😉 ou pour un usage commercial. Euh… comment expliquer dans la langue de Goethe que je ne comptais pas vraiment sur la vente de ces photos pour financer ma future villa californienne… Du coup, j’ai dû faire toute la visite avec un post-it sur ma veste. Alors forcément, ça m’a rappelé quelque chose historique de pas très cool…

Les Expositions temporaires

Les expositions temporaires se tiennent au rez-de-chaussée. Mais quand j’y suis allé, elle était en cours de montage, du coup, je n’ai donc pu faire que la collection permanente. Je vous renvoie donc sur leur site du musée pour voir la programmation.

La Collection permanente

Elle est installée sur les deux étages supérieurs du musée et ne comporte quasiment que des œuvres d’artistes (XXe siècle) de premier ordre. L’accrochage en 2015 commence par Les suisses morts (1990), un classique de Christian BOLTANSKI qui travaille sur la mort, l’absence, la mémoire… La pièce exiguë et osbcure est remplie de portraits de défunts, tel un mausolée. Le couloir présente August, 12, 1999 (2011), une série de 10 photos d’une même éclipse, tirées de médias d’information. Douglas GORDON met ici en évidence les variations médiatiques d’une actualité pourtant prétendue fidèle à la réalité. Un petit écriteau vous indique d’aller dans une pièce toute noire. Intrigués et sur vos gardes, vous y irez, à petits pas, peur de ce qui vous attend parce que vous vous méfiez des coups de trafalgar des artistes contemporains autant joueurs que sadiques, prêts à tout pour malmener un public qui de toutes façons n’y comprend rien. Les moins curieux entreront et, n’y voyant rien et n’aimant pas trop qu’on les emmène sur un terrain qu’ils ne maîtrisent pas, feront demi-tour en disant que l’art contemporain c’est vraiment n’importe quoi etc… Mais les plus téméraires (quelques secondes à peine !) verront, au contraire, apparaître la beauté de l’œuvre de James TURRELL : une forme colorée floue, semblant flotter devant eux comme par magie. Un temps de révélation de l’œuvre au regardeur est nécessaire et c’est ce qui fait la magie de Twilight Arch (1991) de la série Space division constructions.

 

Plus loin, deux salles du musée sont consacrées à Marcel DUCHAMP (un collage View. The Modern Magazine. New York, march 1945 (1945) et une Boite-en-valise de 1963) et d’autres artistes qui s’en sont inspiré : David HAMMONS le déifiant en plaçant un livre monographique sous une vitrine tel une relique, The Holy Bible : Old Testament (2002), STURTEVANT en fait un ennemi public avec deux avis de recherches Duchamp Wanted (1992) offrant une prime de 2000$ de récompense pour la capture du subversif français. Thomas SCHÜTTE lui dédicace une série d’empreintes végétales, Fleurs pour M. Duchamp (2002).

 

Comme ne l’annonce pas officiellement la forme du musée, ce dernier possède quelques œuvres de Claes OLDENBURG surtout célèbre pour ses sculptures monumentales (cf : La bicyclette ensevelie (1990) du Parc de la Villette à Paris).  On retrouve ici Bedroom ensemble, replica I (1969), un environnement domestique dont les formes sont étirées par la perspective, Bacon/Carpet (1991) et Soft typerwriter, ghost version (1963) qui sont deux Soft models d’objets du quotidien et deux Hard models, Hard toilet (1966) et Hard Washstand (1965). L’artiste du Pop Art se rapproprie les objets du quotidien, il les sacralise en même temps qu’il les ridiculise en jouant avec leur forme.

 

Après deux photographies de Jeff WALL (Burrow (2004) ; Diagonal composition n°3 (2000) ), deux œuvres de Bruce NAUMAN (Malice (1988)  ; Perfect Balance (1989) ) et une salle d’horribles peintures abstraites, on retrouve une installation de l’allemand Joseph BEUYS, Blitzschlag mit Lichtschein auf Hirsch (1958-1985). Celle-ci est accompagnée d’une phrase de Lawrence WEINER peinte sur le mur, Stones found and broken sometime in the future (1994/1997).

 

Plaisir particulier à découvrir la série Repair analysis (2013) du français (mais résidant à Berlin) Kader ATTIA, où il recoud des miroirs brisés au fil de fer. Cela peut rappeler les œuvres d’Anselm KIEFER.

 

Dans un grand espace partagé par trois cimaises, on trouve la série Klause réalisée par Thomas DEMAND en 2006 : 5 photographies grands formats d’une maison en vue extérieure et intérieure. Rien de particulier a priori, sauf peut-être un sentiment d’étrangeté naissant petit à petit… En y observant de plus près, un doute apparaît. Et par l’étude du détail, on découvre que tout ce qu’on voit est faux  ! Enfin presque. En fait, il s’agit de maquette papier construite minutieusement reproduisant un environnement, puis photographié. Une manière de questionner notre rapport à l’image et à sa pré-supposée véracité (cf : Douglas GORDON plus haut).

 

La dernière salle de l’étage est consacrée à Hanne DARBOVEN avec un ensemble d’œuvres (relativement austères…) autour de Goethe et Beethoven : une série de nombres écrits littéralement entrecoupés de quelques dessins Ein Jahrhundert – Johann Wolfgang Goethe gewidmet (1971-1982), la partition sur vitrine de l’Opus 25A für Orgel, Ludwig Van Beethoven (1988) et un casque  diffusant le morceau  ainsi qu’un buste de Goethe.

 

Le  second étage du musée ouvre avec une chaise redessinée au néon par Robert WATTS, Chair (1962). Ensuite, la salle suivante est consacrée au Pop Art, regroupant trois peintures de Roy LICHTENSTEIN : une cahier de musique Compositions I (1964), Yellow and Green Brushstrokes (1966) imitant ironiquement la gestualité de l’expressionnisme abstrait et un « classique lichtensteinien » reprenant l’esthétique des comics, We rose up slowly (1964). Quatre œuvres d’Andy WARHOL figurent également dans la salle et non des moindres : le mythique 100 Campbell’s soup cans (1962), Thirty five Jackies (Multiplied Jackies) (1964), Green disaster #2 (Green disaster ten times) (1963). Selon la même technique de sérigraphie, le « Pape du Pop Art » reproduit l’icône jusqu’à saturation et dilution. Il a également repris une une de journal comme sujet de tableau Daily News (1962) « élevant » ainsi l’anecdote médiatique au rang de la noble peinture d’Histoire chère au XIXe siècle. Au centre de la salle, deux sculptures de Thomas BAYRLE : Tassentasse (1969/1996) un assemblage des tasses formant une tasse et Roter Platz (1982/1996), une bouteille de sauce Maggi faite de bouteilles de sauce Maggi (et vos idées ont du génie ? bof bof… vu que toute son œuvre est répétitivement sur le même principe tautologique…).

 

Entre Pop Art et Expressionnisme Abstrait, on trouve plus loin, un tableau-collage de Robert RAUSCHENBERG Navigator (1962) et des sculptures de John CHAMBERLAIN qui sont des assemblages de compressions d’automobiles, lesquelles ne sont pas sans rappeler les Compressions de CESAR. Sur la passerelle, on trouve un bronze de Günther FÖRG qui rappelle l’étrange monolithe de « 2001 : l’odyssée de l’espace ».

 

On bascule dans l’Art Conceptuel de On KAWARA et ses Date paintings. Chaque jour, l’artiste peint la date du jour. Le procédé de rapport au temps s’intègre dans un ensemble total (séries I went, I met, Cartes postales…) dont le One hundred years calendar – 20th Century, 24 845 days (2000).

 

L’accrochage du musée consacre une salle à ALIGHIERO BOETTI, artiste politique italien proche de l’Arte Povera. L’œil sera tout de suite attiré par le somptueux vert de I mille fiumi più lunghi del mundo (1976-78), une tapisserie sur laquelle sont brodés les 1000 plus grands fleuves du monde. Celle-ci sont classés dans un livre situé à côté, Classifying the thousand longest rivers in the world (1977). Face à elle, un classique, Tutto (1994), sorte de collage de plusieurs figures de TOUT le Monde, brodé par des femmes afghanes. Explications ? Sur les côtés, d’autres tapisseries mais petits formats et une série de dessins reprenant pour motif une cartographie des territoires occupés, « Territori occupati » (1971), révélant ainsi la situation géo-politique actuelle (enfin, à l’époque).

 

On trouve ensuite un accrochage hétéroclite des tableaux de Gerhard RICHTER : deux peintures expressionnistes, une figurative Alpen (1968) et une abstraite El.L. (1982) faite avec des raclures, tandis que Fußgänger (1963) et le Portrait d’Hilmar Hoffmann (1990) étonnent toujours par la précision réaliste du flou photographique rendu en peinture.

 

Un grand espace présente une installation de céramiques chinoises de Ai WEIWEI et Serge SPITZER Ghost Gu coming down the mountain (2005/2006), une phrase en néon de Cerith Wyn EVANS (dont le titre est bien trop long pour que je vous l’écrive ici sans que vous puissiez aller au bout sans vous déconcentrer sauf que la présente phrase que vous lisez en ce moment est finalement encore plus longue et donc j’aurais sans doute meilleur temps de vous écrire le titre, ça aurait été plus court en fin de compte…) et une série de collages abstraits de ZINNY / MAIDAGAN.

La dernière salle du musée présente des œuvres d’Andreas SLOMINSKI dont la seule chose qui a réellement capté mon intérêt est Fuchsfalle (1997), un piège suspendu avec une vieille carne de porc.

 

Dans l’escalier du retour, les grandes peintures murales de Günther FÖRG Wandmarlei (1991) valorisant les surfaces de l’architecture du musée de Francfort et une maquette de Liam GILLICK, Scale model for building in a public garden (2009).

 

Les Annexes du Musée

L’institution comporte deux extensions dédiées à des expositions temporaires : le MMK3, une petite salle située juste en face et le MMK2 qui se trouve en ville.

Tarif : 12 € (comprenant l’accès aux 3 sites). Perso, j’ai payé 6€ vu qu’il y avait que la collection permanente d’accessible.
Ouverture : de 10 à 18h, du mardi au dimanche
(les musées sont fermés le lundi)

Si vous comptez vous faire un séjour culturel à Francfort, je vous recommande également le Städel Museum< /a>, la Schirn Kunsthalle< /a> et le Portikus.

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