Amérindiens : entretien avec Mayoke Photography

Quabbin brothers ©Mayoke Photography - Blog Voyage Trace Ta Route

Mayoke, de son petit nom Aurélie Debusschère, est une pote depuis plusieurs années, depuis nos études communes à Lyon 2. Son talent pour la photographie et ses grandes qualités de cœur m’ont toujours émerveillé. Voyageuse dans l’âme, Mayoke Photography voue une véritable passion pour les communautés amérindiennes et les loups : je vous invite à découvrir qui elle est, ce qu’elle réalise et si elle le veut bien, ce qu’elle pense du voyage, de la photographie et de la vie.

Bonjour Aurélie-Mayoke ! Merci d’avoir accepté mon invitation à cet entretien numérique, c’est cool. Pour commencer, est-ce que tu peux te présenter aux lecteurs qui ne te connaîtraient pas encore ?

Portrait Aurélie Debusschère alias Mayoke PhotographyBonjour Tristan, merci pour cette entrevue !

Je suis Aurélie Debusschère, alias « Mayoke » j’ai 28 ans. Je vis près de Genève, dans les Alpes, où j’exerce mon métier de photographe pour les clientèles haut de gamme depuis 2009. Je suis aussi consultante junior en tourisme pour le Québec, où je me rends plusieurs fois par an pour vivre des expériences d’immersion dans les réserves amérindiennes. J’essaie d’être concise, je fais beaucoup d’autres choses…je m’intéresse aussi à la réalisation de documentaires, à l’écriture…ça sera pour un prochain sujet… 😛 Je dois dire que tous mes métiers sont complémentaires lorsqu’il s’agit de servir la cause amérindienne :).

Comme je l’ai évoqué plus haut, tu es photographe. Mais une question me taraude (dont je ne connais d’ailleurs pas la réponse) : d’où t’es venu ta passion de la photographie ?

En fait, la photographie est apparue dans ma vie assez tard, vers l’âge de 20 ans. Depuis que je suis enfant je suis fascinée par les loups ; je collectionnais tout sur eux, et tous mes proches, y compris à l’école, étaient au courant.

A l’adolescence, j’ai commencé à fréquenter des parcs animaliers où j’ai pu avoir mon premier contact visuel avec cet animal… J’étais tellement motivée que les directeurs des parcs me laissaient venir passer du temps proche des loups même pendant la saison close. J’avais le parc à moi, pendant des heures, une fois par semaine. J’ai vécu cette expérience en France mais aussi en Allemagne.

« … lorsqu’un loup plongeait son regard d’or dans le mien. »

Puis à 18 ans, mon copain de l’époque [mon mari aujourd’hui] m’a suivie dans mes sorties et c’est lui qui m’a appris les bases de la photographie argentique. Je ressentais le besoin de retranscrire les émotions que je ressentais lorsqu’un loup plongeait son regard d’or dans le mien. J’étais assise durant des heures dans la pénombre, par n’importe quel temps, et j’attendais de capturer un moment magique, un regard. Ou bien je courais autour de leur enclos, et la meute au complet me suivait et courait avec moi. Je profitais de notre relative proximité et de ce jeu avec eux pour prendre des clichés sans jamais les toucher. Cela a duré plusieurs années, on développait nos photos dans la salle de bain… Puis je me suis offert un appareil numérique.

Amérindien, entre passé et futur ©Mayoke Photography - Blog Voyage Trace Ta Route

Danseur traditionnel Wendat, communauté de Wendake, Qc Canada 2010

 

Quand je vois mes photos du début aujourd’hui, j’ai envie de sourire, mais à l’époque, je les trouvais incroyables ! Cela a été très formateur de commencer la photo dans ces conditions peu accueillantes : la photo animalière aide à travailler en situation de lumières difficiles, d’attentes interminables, de météo peu clémente. Et elle oblige à apprendre à connaître parfaitement son sujet pour devancer ses actions. Ce fut mon premier contact avec la photographie et la raison pour laquelle j’ai continué dans cette voie : elle est pour moi un vrai CAPTEUR d’émotions…

Comment est apparu ton intérêt pour la culture amérindienne, et comment s’est développée la passion qui s’en suivit ?

Lorsqu’on se passionne pour le loup, on en vient rapidement à s’intéresser à son homologue humain : l’Amérindien. La destinée du Loup et du « peuple rouge » revêt de nombreux parallèles, et pour n’en citer qu’une, je mentionnerai l’extermination plus ou moins avouée de la part du colon européen. Le loup possède un caractère sacré et puissant dans la mythologie amérindienne, une des rares civilisations qui l’ait respecté plus que haï.

J’ai ressenti une évidence en découvrant la mythologie et la spiritualité amérindienne, basées sur des valeurs que je partageais dans mon fort intérieur. J’étais à cette période en rupture avec ma religion de baptême, la religion catholique, au nom de laquelle l’être humain a justifié tout un tas de massacres et d’asservissement. Mais mon univers ne s’est pas restreint au « fantasme du sauvage » pendant très longtemps.

Jeune couple amérindien ©Mayoke Photography - Blog Voyage Trace Ta Route

Young Love, jeune amérindien Wendat avec son amie Québécoise, Wendake, Qc Canada 2010

Vers l’âge de 15 ans, je suis rentrée en contact avec un jeune de mon âge, un Cree de la Baie James en Ontario (Canada). Nous avons gardé le contact plusieurs années, par email. Il me racontait sa vie dans sa réserve, la pauvreté, le racisme, les jeunes autochtones qui deviennent parents tôt, mais aussi la spiritualité transmise dans les familles d’hommes médecine. J’ai donc été rapidement au courant de la réalité des autochtones vivant « dans les réserves ». Je suis arrivée pour la première fois dans une communauté en 2007 à l’âge de 23 ans au Québec, dans le cadre d’un stage universitaire parrainé par l’Office Franco-Québécois pour la Jeunesse. C’est à partir de là que j’ai énormément développé mon réseau chez les Premières Nations du Québec : c’est comme une grande famille…

« Je voulais en quelque sorte continuer ce travail à grande échelle, entre art et reportage… »

Pendant mon temps libre, je prenais des photos de mes petits voisins ; c’est ainsi que j’ai commencé à faire des portraits, en me rapprochant dans un premier temps des amérindiens plus « traditionnalistes », et en particulier les danseurs, chanteurs et autres artistes. Mais j’ai toujours gardé à cœur de « photographier tout le monde », autant l’autochtone proche de la tradition que celui qui vit intégré comme n’importe quel québécois. Leur monde est fait de nombreux métissages. C’est ainsi que je me suis fait connaître auprès de la communauté amérindienne… Avant tout comme une personne passionnée par leur culture, et qui essaie de documenter leur vie à travers l’image.

My Heart Is Red ©Mayoke Photography - Blog Voyage Trace Ta RouteC’est d’ailleurs pendant un second séjour que j’ai donné un nom à un projet un peu fou qui m’habitait depuis quelques temps : MY HEART IS RED = Mon Cœur est Rouge [rouge en référence à la couleur du peuple amérindien]. L’idée de mon projet était de partir à la rencontre des nations amérindiennes nord-américaines et de réaliser un travail photographique avec les populations, en immersion dans les communautés. Le dernier projet d’envergure de ce type avait été réalisé par Edward Sheriff Curtis au siècle dernier. Ses images sont éminemment connues et rééditées chaque année par les grandes maisons d’édition. Je voulais en quelque sorte continuer ce travail à grande échelle, entre art et reportage, mais avec les amérindiens contemporains…

J’ai ainsi réalisé en 2010 un premier voyage officiel  de 2 mois entre le Québec, le Nouveau-Mexique et l’Arizona, pour porter mon projet à la connaissance des autochtones eux-mêmes. J’ai réseauté sur Facebook, fait du covoiturage et parcouru différentes communautés de cette façon. Finalement, je n’ai pas réalisé une grande quantité d’images, car les gens que j’ai rencontrés m’ont plutôt donné l’envie de poser mon appareil et d’écouter ce qu’ils avaient à me dire…j’ai fait des rencontres extraordinaires qui ont changé ma vie. Mes deux expériences les plus marquantes ont eu lieu dans la communauté atikamekw de Manawan (Québec) et Pinon en Arizona (US). Ce sont actuellement les deux « réserves » nord-américaines dans lesquelles je me rends le plus souvent durant l’année.

A ce jour, j’ai diffusé quelques photos de cette expérience sur la page Facebook du projet  « My Heart is Red Project » ou www.myheartisred.org , mais les vidéos n’ont pour l’instant pas encore été dévoilées faute de temps.

Je fais sûrement partie du grand nombre de personne qui se pose une question toute bête: mais au fait, ils vivent comment les amérindiens à notre époque ?

Je peux uniquement vous parler des amérindiens nord-américains en ce qui concerne mon expérience. Au risque de « casser le mythe », et contrairement à certaines tribus d’Amérique du Sud encore un peu préservées de la « civilisation », les amérindiens vivent en apparence comme les autres citoyens canadiens et américains.

Fillette amérindienne ©Mayoke Photography - Blog Voyage Trace Ta Route

Petite danseuse traditionnelle au Pow Wow d’Akwesasne, communauté Mohawk, septembre 2012

Ils ont des voitures, font leurs courses chez Walmart et chatent sur Facebook. Historiquement, ils ont été confrontés de très près à « l’envahisseur », et ont été contraints de composer avec, impliquant des métissages et une modification drastique de leur mode de vie, surtout pour les nomades qui en ont le plus souffert. A cela près que contrairement aux autres citoyens, les amérindiens vivent encore beaucoup d’inégalités et des défis sociaux issus de l’Histoire.

Dans le seul Québec, il existe 11 nations amérindiennes différentes, parlant des langues distinctes. Les nations se sont vues attribuer des espaces préservés mais limités, appelés « réserves » ou encore « communautés ». Il s’agit en fait de villages, allant de quelques centaines à plusieurs milliers d’habitants. Les réserves les plus proches des centres urbains sont celles qui ont subi le plus de pression sur leur langue maternelle. Certaines langues ont été perdues.

« La majorité des Québécois ne connaissent pas leurs Premières Nations. »

Selon la nation, les amérindiens ont pour 2ème langue le français ou l’anglais. La majorité des réserves vit une situation de pauvreté alarmante, et les perspectives d’avenir ne sont pas des plus faciles, à cause du très fort taux de chômage qui y sévit. Certains membres choisissent de quitter leur communauté pour tenter de s’en sortir en ville. Mais là, d’autres défis les attendent…La majorité des Québécois ne connaissent pas leurs Premières Nations. Par désintérêt ou par peur, certainement. Il y a encore beaucoup de préjugés sur les « Indiens ». Il est fréquent que les européens qui osent vouloir s’aventurer dans les réserves se fassent dissuader par les québécois locaux.

En ce qui me concerne, j’y pars toute seule à chaque fois et il ne m’est jamais rien arrivé…au contraire ! Il s’y cache de petits trésors humains ! 🙂

Par ailleurs, il faut comprendre aussi que, même s’ils vivent comme des « occidentaux », leur identité et particularité autochtone sont toujours présentes, en eux. Il convient donc de ne pas se méprendre et de les considérer comme des individus détenant tous les codes sociaux des sédentaires que nous sommes depuis des centaines d’années.

Jeune amérindien DJ Elmo ©Mayoke Photography - Blog Voyage Trace Ta Route

DJ Elmo à Manawan, jeune artiste electro dans la communauté atikamekw de Manawan, septembre 2012

Même dans les communautés, on plaisante souvent à propos de « l’indian time », concept qui évoque une sorte d’incapacité des amérindiens à être précis au regard des exigences horaires qu’impose un mode de vie occidental. Je dirais plutôt qu’ils ont conservé en eux la capacité de vivre dans un espace-temps plus grand que le nôtre. Vivre à leurs côtés nous enseigne qu’il faut savoir « donner le temps au temps », et composer avec ce que la nature nous offre au quotidien. J’avoue que la plus grande difficulté pour moi a été d’apprendre à vivre à leur rythme… Il fallait enlever sa montre :).

Au début, quand j’ai commencé à me rendre sur place, dans les communautés amérindiennes, les gens ne savaient pas que j’étais très au courant de leur situation. Ils pensaient que comme beaucoup d’Européens, je venais chercher les « indiens avec des plumes ». Quelque part, ça leur a fait plaisir de voir que je les connaissais un peu, au-delà des traditionnels préjugés. Ils sont naturellement très sympathiques, accueillants et heureux de partager leur histoire avec ceux qui prennent le temps de les écouter. Ils m’ont tout de suite respectée et nous avons depuis développé plus qu’une relation de confiance…Ils sont aujourd’hui comme ma famille.

J’ai vu que tu montais un projet touristique avec une communauté amérindienne du Canada, ça m’intéresse beaucoup, tu peux nous en dire plus ?

A force de me rendre dans la communauté de Manawan, au Québec, durant ces 3 dernières années, [la communauté atikamekw de Manawan est située à 88 km du dernier village « blanc », l’accès se fait par piste forestière] j’ai appris à apprécier la richesse culturelle des Atikamekw. Non seulement grâce aux familles qui m’accueillent à chaque séjour, mais aussi via Tourisme Manawan, l’organisme que la communauté a créé, dans l’optique de proposer de vraies expériences d’écotourisme au visiteur.

Il existe aujourd’hui un camp appelé Matakan, situé à une vingtaine de minutes en bateau à moteur du village, entre lacs et forêts, sur un site enchanteur. Les employés sont tous Atikamekw et parlent aussi français, certains ont des notions d’anglais et même d’allemand. L’équipe locale travaille fort sur la qualité de service et sur son authenticité.

Mosaïque en noir et blanc ©Mayoke Photography - Blog Voyage Trace Ta Route

Pêle Mêle de photos argentiques dans les communautés autochtones du Québec 2008-2011

Les séjours proposés traditionnellement sont en général de 2 nuits. On y dort sous tipi ou en tente prospecteur, durant la saison chaude (mai à octobre). L’accès se fait par bateau à moteur, ou parfois en hydravion. Les activités au programme sont diverses : canot, dégustation de mets traditionnels, atelier de démonstration de sculpture sur écorce (la spécialité des atikamekw), pêche au filet, exploration d’un barrage de castors, etc. On se laisse aller au rythme de la nature et souvent, de belles surprises s’ajoutent au programme : des apparitions d’animaux ou un coucher de soleil magique. C’est tout à fait en adéquation avec ce que recherchent les clientèles souhaitant se dépayser et  vivre une expérience authentique en participant au développement local.

Pêcheur amérindien ©Mayoke Photography - Blog Voyage Trace Ta Route

Guide atikamekw avec le produit de la pêche au filet, Site Matakan, communauté de Manawan, septembre 2012

De plus, la communauté ne manque pas de ressources, car différents produits sont en cours de développement pour toucher d’autres clientèles : par exemple, une clientèle davantage haut de gamme avec le projet Amiskw, ou encore de futurs mariés avec l’Ile de l’Amour.

Pour plus d’informations, vous pouvez aller sur le site officiel de Tourisme Manawan.

J’imagine que ta conception du tourisme et du voyage a dû évoluer grâce à ce projet, nan ?

En réalité, c’est comme cela que je l’imaginais, mais cela m’a permis de le vivre « en vrai » :).
Assister et participer à un développement local et une mise en tourisme respectueuse d’une culture directement sur le terrain, à différentes saisons et au fil du temps, dans l’esprit et la mentalité locale, nous permet d’apprendre et de comprendre beaucoup de choses. Je trouve ça passionnant.

« … Un tourisme à taille humaine, dans le respect des cultures et des hommes… »

Je me rends compte de l’immense importance de préserver les diversités culturelles dans le monde, les traditions, les langues, les savoir-faire. En partant seule à la rencontre des amérindiens, et je l’espère dans les prochaines années, d’autres peuples autochtones, j’étais venue chercher une expérience relationnelle, une expérience de vie. Je n’ai pas été déçue. C’est ce qui me fait vibrer et rythme toute ma vie d’aujourd’hui.

Femme amérindienne ©Mayoke Photography - Blog Voyage Trace Ta Route

Danseuse traditionnelle atikamekw devant sa maison, St Michel des Saints, Qc, Canada janvier 2011

Avec un tourisme à taille humaine, dans le respect des cultures et des hommes, on incite dans le même temps à créer de l’emploi dans des zones où l’impact sera plus que positif sur la population locale et l’environnement. Quand l’emploi permet en même temps de préserver une culture en danger, et donc de renforcer une identité, on parvient inconsciemment à amorcer un processus de guérison des cicatrices du passé.

Non pas que le tourisme soit la solution miracle, mais je crois que son impact est beaucoup plus grand que ce qu’on peut l’imaginer… Avec lui, on encourage aussi une éducation locale, orientée vers une multitude de métiers, qui touchent notamment les femmes et les jeunes.

J’ai vu que tu montais aussi une exposition de tes œuvres photographiques à Paris, tu nous briefes sur le sujet ? Comment ça s’est fait ?

Expo photo de Mayoke Photography à Paris - Blog Voyage Trace Ta RouteAbsolument ! Cela fait des années qu’on me demande quand je vais faire une expo (rires). J’avais une équipe sur le coup à Genève, mais l’occasion s’est finalement d’abord présentée sur Paris. J’étais justement à Manawan en septembre dernier lorsque des agents de voyages français en tour de familiarisation sont venus tester l’expérience Matakan.

« Je me suis plongée avec fascination dans ces paysages et visages d’autrefois. »

L’une d’elle faisait partie de l’équipe du tour opérateur parisien La Maison des Amériques, et quelques semaines plus tard, son directeur m’appelait pour devenir la commissaire d’une exposition inédite sur « les Amérindiens du Québec », qui allait avoir lieu dans leur photo-galerie. Nous avons travaillé ensemble de A à Z sur cette exposition, qui aura lieu du 3 juin au 20 septembre prochain, dans leurs locaux, rue Cassette, à Paris dans le 6ème.

Au programme : des projections de courts-métrages autochtones (Le Wapikoni Mobile), un diaporama d’images de photographes atikamekw, et des patchworks photographiques de mes photographies, panachées avec des images d’archives provenant de collections privées ou de musées partenaires (autochtones et allochtones).

J’ai dû aller fouiller dans les archives photographiques et j’ai beaucoup aimé cela ! Je me suis plongée avec fascination dans ces paysages et ces visages d’autrefois.

Le vernissage aura lieu le 6 Juin à 19h30 en ma présence. J’animerai également une conférence à 18h30 dans la salle de cinéma au sous-sol de la galerie, afin de parler pour la première fois en public de mon expérience humaine auprès des nations amérindiennes contemporaines…

J’imagine ensuite que l’exposition va devenir itinérante et sera disponible dans plusieurs galeries en Europe :).

Est-ce que tu dirais que tu es un témoin de ton temps voir même une future source sur l’état du monde à notre époque (pour les générations futures j’entends) ? Comment imagines-tu que ton art survivra ?

Je trouve ça beau ce que tu écris…lol (ndlr : oui moi aussi :))

Je ne me suis pas clairement affirmée de cette manière, mais effectivement, je crois que ce que j’essaie de faire, c’est une sorte de témoignage. J’aimerais aider à montrer une sorte de « vérité » à travers mes images, dans une optique bien plus large d’éducation à grande échelle sur la vie et la destinée des Amérindiens… Mais aussi dans un espoir de rapprochement des peuples, de meilleure compréhension de l’autre, et au final de nous-mêmes… Peut-être pour contribuer à porter la voix de certaines minorités opprimées ?

Danseur traditionnel Wendat ©Mayoke Photography - Blog Voyage Trace Ta Route

Samuel, danseur traditionnel Wendat, Wendake 2008

La souffrance, autant que la beauté, me touche. Je ne prétends pas apporter de solutions grâce à mes photos, mais si elles peuvent déclencher des émotions positives, rester graver dans des mémoires pour inciter les gens à devenir meilleurs, alors c’est le but, il me semble. Je n’ai pas appelé mon projet « Mon cœur est rouge » pour rien… C’est l’essentiel de mon message… Et je dédie ma vie à cette cause, sans savoir si elle trouvera une fin heureuse avant ou après ma mort ?  Les photos sont là pour rester, j’imagine. Mais elles s’adressent autant au peuple représenté qu’à l’étranger qui les découvre.

« J’aime osciller entre rêve et réalité, entre composition et photojournalisme. »

Une des plus grandes magies avec la photographie, c’est lorsqu’une personne est fière de son reflet en se découvrant à travers mon œil. Je trouve ça fabuleux. J’ai vécu cela dans les communautés : lorsque les personnes découvrent le travail photo réalisé. Elles sont fières de l’image qu’elles renvoient. Je me sens comme une magicienne à ces moments-là. Dans ma photographie, j’aime osciller entre rêve et réalité, entre composition artistique et photojournalisme. Les gens ont l’air de s’y retrouver…

Oui, les photos sont définitivement des fenêtres vers le passé, mais aussi des miroirs de soi-même, en tant qu’individu, en tant que nation. En tant qu’humain. Je crois qu’en regardant une photo qui l’interpelle, chacun trouve une réponse personnelle à ses questions intérieures. Il me semble que la destinée des amérindiens est un message qui s’adresse à l’humanité, parce qu’ils sont les gardiens de la Terre. Terre que nous faisons souffrir en ce moment. Alors, si mes photos peuvent me survivre en tant qu’outil pour éduquer l’humanité… Je n’aurais pas cette prétention : mais quoi de plus merveilleux ? 🙂

Pour être un peu « philosophe », je me demande quel impact tes passions ont eu sur ta vie et sur la conception que tu t’en fais ?

En fait, il n’y a quasiment plus de frontières entre mes passions et mon travail 🙂 C’est un tout. Mon esprit vole et mon cœur bat au rythme de tout cet univers que je porte en moi depuis mon histoire d’amour avec les loups. Je vis là-dedans toute la journée, j’en rêve la nuit etc. Mon obsession secrète inavouée est de trouver un moyen de faire disparaître toute cette souffrance portée par les Premières Nations. J’ai tendance à passer mon temps à réfléchir et élaborer des stratégies, pour trouver les idées géniales qui feraient que le monde s’arrêterait de tourner pour écouter ce que les amérindiens ont à dire… Je sais, je sais…(complètement) utopique..haha…et pourtant, c’est l’idée !

« … Je me définis comme une personne réellement nomade et multi-tâches. »

Concernant mon métier, j’apprécie le fait d’être indépendante et de pouvoir gérer mon temps comme je veux. Je peux quasiment travailler de n’importe où dans le monde…je trouve ça rassurant, j’ai besoin de cette liberté pour créer.

Mais depuis que j’ai commencé à voyager, je me définis comme une personne réellement nomade et « multi-tâches ». Ce qui n’est pas toujours évident à gérer d’ailleurs, dans un monde où les gens trouvent beaucoup plus rassurant de te mettre dans une case. Il faut faire face à la solitude, souvent.

Patchwork amérindiens ©Mayoke Photography - Blog Voyage Trace Ta Route

Pêle Mêle de portraits de Pow Wow entre 2008 et 2011

Pourtant, je n’échangerai ma vie pour rien au monde. Je suis très bien entourée, je travaille très dur, mais avec beaucoup de persévérance, et j’arrive à avancer dans mes projets. Les résultats promettent d’être magiques. Je trouve ça extraordinaire ! Le plus grisant, c’est de partager tout cela avec les gens qui me côtoient durant mes voyages. Ils sont une source inépuisable d’enseignement et partagent avec moi des moments d’une rare intensité. Je serai à la recherche de cette sensation toute ma vie je pense ! 🙂

Et parmi mes millions de projets, Tristan, très prochainement, je te parlerai d’un concept sur lequel je travaille avec mon équipe et que je vais dévoiler très bientôt : un portail sur les destinations autochtones et un programme de soutien aux entrepreneurs autochtones dans le monde : direction la Mongolie, l’Australie…etc…patience… :).

C’est l’heure de la fin, donc je tiens à te remercier chaleureusement de t’être prêtée à l’exercice et de nous avoir dévoilé un peu de ton monde et par voie de conséquence un peu du notre. Je te souhaite une excellente exposition ! Et comme il se doit, je ne te dis pas au revoir mais « Bonjour » !

Merci Tristan de m’avoir ouvert ta porte, en espérant vous avoir, chers lecteurs et lectrices, livré un bon aperçu de mon univers 🙂

[En atikamekw] Matcaci kaskina (prononcer « matsachi ») ! Au revoir tout le monde !

Aurélie

Vidéo de Mayoke Photography

Découvrez la vidéo réalisée par Mayoke Photography au sein de la communauté Atikamekw de Manawan. Superbes images (encore une fois) !

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Découvrir les autres oeuvres et projets de Mayoke Photography

Mayoke Photography possède un site web très complet regroupant ses œuvres et ses projets photographiques et communautaires dont un lien vers le projet My Heart Is Red. Vous pouvez également suivre  My Heart Is Red sur Facebook.


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