6 étapes pour passer de la rando à l’alpinisme sans se faire peur

Cordée Randonnée glaciaire à la Pointe de Méan Martin alpinisme, Massif de la Vanoise - Paysage Montagne Alpes Mountain Landscape mountaineering

Quand j’étais jeune et que mes parents m’emmenaient en randonnée, nous arrivions au sommet et tout fringuant que j’étais, je lançais «On pourra faire ce sommet-là, la prochaine fois ? ». Évidemment, je parlais d’un sommet qui nécessitait de passer en “mode alpinisme”. Et donc, on me répondait naturellement «mais ça, c’est de l’alpinisme mon grand ». Et, ainsi, Thomas ne fit jamais d’alpinisme. Fin de l’histoire.

Évidemment, l’histoire ne s’arrête pas là car mon désir était trop brûlant. J’ai donc voulu m’initier par tous les moyens mais je me suis confronté à une sorte de flou et d’absence de ressources pour m’aider sur ce chemin. C’est pour cela qu’aujourd’hui j’ai décidé de vous parler des étapes pour passer tranquillement de la randonnée à l’alpinisme, sans se faire peur. Ainsi, Thomas, passionné de montagne et plus particulièrement d’alpinisme et ski de rando, a été invité sur le blog pour partager ses conseils pour débuter l’alpinisme :

1. La randonnée est votre meilleure alliée
2. Ce qui se cache derrière le terme d’alpinisme et comment vous devez clarifier votre objectif
3. Comment mieux comprendre les risques liés à l’alpinisme
4. Comment s’approprier les techniques pour limiter lesdits risques
5. La préparation de course est indispensable
6. Comment se lancer progressivement en étant bien accompagné

1. La randonnée : votre meilleure alliée

La version courte : on peut faire beaucoup de courses d’alpinisme sans avoir un très bon niveau en grimpe, en revanche, on sera très vite limité si l’on ne sait pas marcher 8 heures d’affilée avec un sac chargé sur le dos.

La version plus longue : vous n’avez pas perdu votre temps en faisant de la randonnée ! D’abord parce que c’était beau (normalement). Et ensuite parce que cela vous a préparé à l’effort très similaire de l’alpinisme. En effet, la première compétence d’un alpiniste, c’est l’endurance. La “caisse” comme on dit dans le milieu. Et c’est un effort assez particulier puisqu’il est : long, de faible intensité (on fait pas de l’haltérophilie), et avec un sac chargé. Demandez à un pur trailer de faire une rando de 8h avec un sac de 8 kg et vous verrez qui sera devant (je parle d’expérience).

L’altitude réduit nos capacités

L’endurance est d’autant plus importante que vous allez batifoler en altitude. Avec le manque d’oxygène, vous aurez besoin d’avoir plus de marge pour garder votre rythme de croisière. A plus de 4000 mètres d’altitude (du fait du manque d’oxygène) vous ne pourrez plus fournir que 70% de l’effort dont vous étiez capable au niveau de la mer. Il faut donc avoir de la marge !

2. L’alpinisme, c’est quoi ? Définissez votre objectif !

L’alpinisme est un terme assez général qui veut dire beaucoup de chose. Pour la petite anecdote historique : avant, l’escalade, ça s’appelait l’alpinisme. Puis, l’escalade sportive s’est démocratisée et est devenue un sport à part entière. La différence entre l’alpinisme et l’escalade est donc assez fine parfois.

On peut distinguer plusieurs types d’alpinisme :
Neige : le Mont Blanc (par la voie normale), la traversée des Glaciers de la Vanoise
Rocher : le Mont Aiguille, les Arêtes du Gerbier, l’Aiguille du Moine…
Glace : “la colère du ciel” (cascade de glace non loin de la Grave), les Y de Ceillac
Mixte : l’intégrale de Peuterey, la Barre des Écrins

Chacun de ces types de pratiques nécessite : un matériel particulier, un type d’effort spécifique et des techniques parfois différentes également. Et au début, vous ne pourrez pas tout faire. Il faut donc concentrer vos efforts sur une pratique. En général, quand on débute et qu’on pense à l’alpinisme, on pense à ça (photo ci-contre).

Ça, c’est une course de neige. C’est le fantasme du débutant. Et, je vous rassure, ça reste un plaisir pendant très longtemps. Nous allons donc nous concentrer sur les courses de neige puisque c’est ce que la majorité d’entre vous voudront faire.

3. Mieux comprendre les risques liés à l’alpinisme

Dangers objectifs et subjectifs

On distingue en montagne deux types de risques :
Les risques objectifs (liés à l’environnement) : chute de pierre, avalanches, chute de sérac, crevasses…
Les risques subjectifs (liés à l’alpiniste) : surestimation de ses propres capacités, mauvaise préparation (physique, technique…), dévissage, chute…

Les crevasses sont-elles si dangereuses ?

Or, quand on débute, on a très peur des crevasses mais on sous-estime la part des dangers subjectifs et des biais cognitifs. Les crevasses représentent moins de 5% des accidents des alpinistes. Elles sont certes dangereuses mais un bon encordement associé à une vigilance et une expérience de leur détection sont en général suffisant pour limiter grandement le risque. Pour en savoir plus, vous pouvez aller lire mon article 5 manières de détecter les crevasses sur un glacier. Nous parlerons de l’encordement dans la partie 4. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : les crevasses sont belles et bien un danger réel ! Simplement elles ne sont pas le danger qui risque le plus de vous tuer.

 

Le vrai danger : les dévissages

Un dévissage, c’est quand on glisse ou qu’on perd l’équilibre et que l’on tombe dans la pente ou le vide. La première compétence à avoir et à maitriser c’est donc : d’avoir “le pied montagnard”. Puis de savoir marcher avec des crampons et utiliser son piolet. Là encore, la randonnée vous sera d’une grande aide. En parcourant des chemins de rando un peu escarpés (à partir de la cotation rando T3 environ), vous travaillez votre pied montagnard. Vous êtes à l’aise dans les pierriers, sur une arête effilée et quand il faut un peu mettre les mains dans du “terrain à chamois”. Plus vous serez à l’aise dans du tout terrain (particulièrement hors sentier), moins vous aurez de chance de tomber. Et il faut bien comprendre que la corde est le dernier recours, la dernière chance de survie à une chute. Mais si vous ne tombez pas en premier lieu, vous prévenez tous les risques (de chute).

4. S’approprier les techniques pour limiter lesdits risques

Les techniques n’existent que pour limiter, contrôler ou endiguer un risque. Par exemple :
➜ s’il n’y a pas de neige ou de glace (risque), alors les crampons sont inutiles (technique)
➜ si je peux désescalader sans tomber (risque) alors pas besoin de faire un rappel (technique)

Plus les risques seront grands et plus une maîtrise approfondie des techniques sera importante. Si nous reprenons le cas d’une course de neige classique, vous aurez besoin de quelques techniques de base :

S’encorder (sur glacier ou, éventuellement, sur une arête)
Cramponner
Utiliser le piolet et enrayer une chute avec celui-ci
Faire un relais sur glace ou un corps mort
Transférer votre poids sur le corps mort (en cas de chute en crevasse de l’un de vos partenaires)

Il faut donc bien sûr maîtriser ces techniques là mais la plupart ne sont vraiment pas difficile. Vous trouverez facilement l’ensemble de ces techniques sur mon blog ou ma chaîne YouTube. Les techniques ci-dessus qui nécessitent le plus d’expérience sont le transfert de poids et l’encordement sur arête.

Ensuite, bien entendu, cramponner c’est facile quand la neige est parfaite et c’est beaucoup plus compliqué sur de la glace à 40°. Mais quand vous débuter vous vous arrangerez pour faire vos armes dans des conditions faciles. Le but une fois la théorie maîtrisée sera donc de passer à la pratique pour intégrer. Nous verrons ce sujet dans la dernière partie.

5. La préparation de course est indispensable

Le choix de la course

Version courte : allez-y par étape !

Version longue : il y est capital de ne pas brûler les étapes. L’alpinisme, même facile, peut être très impressionnant au début. Il est donc important de connaître les cotations et de commencer au tout début de l’échelle pour gravir les échelons petit à petit. Si vous voulez mieux connaître les cotations, vous pouvez consulter cette page de camptocamp.

La préparation

Préparer l’itinéraire : en étudiant la carte et les topos. Là encore, votre expérience de la randonnée vous sera très utile. Au début il peut être intéressant (et assez naturel si vous êtes vraiment motivé) de lire pleeeeein de topos. Ça vous met dans le bain et ça vous familiarise avec le vocabulaire, la visualisation de la course et les cotations.
Analyser la météo autour de 3 critères : température, vent et couverture nuageuse (risques de précipitations, d’orage…)
Préparer son matériel : comme dit plus haut, chaque type d’alpinisme (et plus particulièrement chaque type de course) possède son matériel spécifique,lequel pourra être adapté en fonction de votre expérience et de vos habitudes. En général, plus on est expérimenté et plus on peut se permettre de partir léger. Ce qui ne veut pas dire qu’il faut partir chargé comme un mulet quand on débute ! Mais on prendra plus de précautions.

6. Se lancer progressivement en étant bien accompagné

Enfin, la dernière étape pour faire sa première course d’alpinisme, c’est d’être bien accompagné. Il y a plusieurs moyens pour trouver des personnes de confiance qui pourront vous initier :
Les clubs : FFCAM, FFME, et les événements proposés par ces organisations
Les Guides de Haute Montagne : via le bureau des guides ou via des guides indépendants
Les stages spécifiques : UCPA, La Chamoniarde
Les formations de l’ENSA : l’Ecole Nationale de Ski et d’Alpinisme cherche tous les ans des cobayes pour jouer les élèves afin de former les nouveaux guides de haute montagne.
Vos connaissances et votre réseau

Lancez-vous

Si vous faites déjà pas mal de randonnée, vous avez un gros avantage pour démarrer l’alpinisme. Il ne vous manque plus qu’un petit coup de pouce que j’espère vous avoir donné dans cet article. Vous retrouverez plus d’infos pour débuter l’alpinisme sur mon blog. Maintenant, il ne reste plus qu’à transformer votre sommet rêvé en prochain objectif. Et pour vous aider à concrétiser cela : indiquez-nous en commentaire quels sommets vous voudriez avoir fait d’ici un an. 😎

Merci Thomas, Débuter l’alpinisme pour ces précieux conseils avisés !

Bonus :
Les Dirtbags ont créé Carnet Montagne, un carnet pour tous les amoureux de ski de rando, d’escalade et d’alpinisme… qui veulent noter où ils sont allés, suivre leur progression et ne rien oublier en veille de course. Ils ont également adapté une version pour les 6-11 ans en créant Mon Premier Carnet Montagne, pensé plus particulièrement pour la découverte de la randonnée en famille. (frais de port offerts avec le code promo TRACETAROUTE )

 

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