Les HOSPICES DE BEAUNE, emblème de Bourgogne

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Avec les grands crus alentours, les Hospices de Beaune sont l’autre emblème de la cité bourguignonne. Outre son architecture remarquable avec sa toiture caractéristique, le Musée de l’Hôtel-Dieu donne accès à la plupart des salles où l’on découvre l’histoire de ce lieu de charité. En prime, un somptueux polyptyque peint par Rogier Van der Weyden, grand-maître de la Renaissance flamande.

Un monument historique

Le 4 août 1443 naît l’Hôtel-Dieu. La guerre de cent ans n’est pas encore terminée, Beaune souffre de misère et de famine, les “écorcheurs” pillent et ruinent les campagnes. Les trois quarts des habitants de la ville sont sans ressources et les beaunois sont, dans leur grande majorité, déclarés indigents. Pour racheter leur salut, Nicolas Rolin, chancelier du Duc de Bourgogne Philippe le Bon, et son épouse, Guigone de Salins, décident alors de créer un hôpital pour les pauvres. Ils le dotent d’une rente annuelle grâce à des salines, et de ressources propres, grâce à la vigne. Le 1er janvier 1452, l’hôpital accueille son premier patient. Dès lors et jusqu’au XXe siècle, les sœurs des Hospices de Beaune prendront soin de nombreux malades dans plusieurs grandes salles. L’Hôtel-Dieu a rapidement acquis une grande renommée auprès des pauvres, mais aussi auprès des nobles et des bourgeois. A travers leurs dons, ceux-ci ont permis d’agrandir et d’embellir l’hôpital par la création de nouvelles salles et l’apport d’œuvres d’art. Ainsi l’Hôtel-Dieu est-il devenu un véritable « Palais pour les Pôvres ». Ses fonctions médicales ont été transférées en 1971 dans un hôpital moderne, à l’exception d’une maison de retraite. De tout temps, il n’a jamais cessé de rayonner et a fédéré d’autres établissements : à Pommard, Nolay, Meursault et Beaune, pour constituer une communauté que l’usage a dès lors baptisée : Hospices de Beaune. (infos tirées du site)

Classé monument historique en 1862 et conservé dans un état remarquable, l’Hôtel-Dieu témoigne de l’architecture médiévale. Inspiré de l’esthétique de Flandre (alors sous le joug du Duché du Bourgogne et où Nicolas Rolin a fait plusieurs séjours), on retrouve les façades gothiques avec des grandes flèches élancées. À cela s’ajoute une toiture aux formes géométriques polychromes (rénovée en 2007-2009) qui est devenu le véritable symbole de l’édifice et de la ville. Fidèles à son histoire, les Hospices de Beaune possèdent encore aujourd’hui un domaine viticole. Celui-ci regroupe une soixantaine d’hectares parmi les plus grands crus de Bourgogne (précieusement conservés dans ses propres caves). Chaque année sont organisées des ventes aux enchères, une des plus célèbres manifestations de charité au Monde.

Visite des Hospices de Beaune

Infos pratiques

Tarif : 9€ (plus de détails)
Durée de la visite : environ 1h
Horaires : tous les jours, de 9h à 19h30 (en haute-saison)

L’entrée de l’Hôtel-Dieu se fait côté halles. Ce bâtiment est sobrement gothique avec des murs de pierre de taille blanche et un toit en ardoise anthracite sur lequel se dresse une grande flèche à 50 m du sol. Néanmoins, il est à noter l’admirable auvent en double bâtière en porte-faux au-dessus de la porte en ogive. J’ai visité les Hospices de Beaune en août 2020 et le nombre de places était limité à 100 personnes par heure. Ainsi, il est recommandé de réserver au préalable sur le site afin d’être sûr d’avoir une place et sur le créneau que l’on souhaite. Cela permet également de couper la file d’attente et entrer directement sans perdre de temps.

 

La cour d’honneur

On accède ensuite à la cour intérieure où l’on repassera plusieurs fois. Le sol est recouvert de pavés avec, au fond, un puits en ferronnerie où l’on récupérait l’eau de la Bouzaise coulant sous le bâtiment. Deux allées jalonnées de colonnes desservent les différentes salles à l’abri des intempéries. Les quatre bâtiments qui entourent la cour contrastent : l’austère édifice gothique par lequel on est entré avec le faste ornemental des deux dépendances Sud et Ouest tandis que celle au Nord semble reprendre et vouloir associer les deux styles.

 

Mais c’est surtout l’impressionnante toiture qui subjugue le regard. Les yeux se perdent dans les motifs aux couleurs flamboyantes, les fenêtres boisées venant ponctuer en saillie la trame géométrique. Il y a quelque chose d’hypnotique (à moins que ce ne soit des restes du vin à table…). Ces écailles colorées sont un splendide exemple de la technique vernaculaire des tuiles vernissées de Bourgogne. On en retrouve de multiples exemples dans la ville et la région. Contrairement à moi, je vous conseille de visiter les Hospices de Beaune le matin afin que l’orientation du soleil vienne faire resplendir les plaques émaillées (l’après-midi, elles sont à contre-jour pour la plupart).

 

La Salle des Pôvres

Première du parcours muséographique, la pièce des malades est également la plus vaste (50 m de long, 14 de large et 16 de hauteur). De chaque côté, se succèdent 15 loges individuelles auprès desquelles les Sœurs hospitalières de Saint-Jacques de Valenciennes venaient prodiguer leurs soins. Une chaise et une table de chevet avec une vaisselle en étain au bord de chaque lit reconstituent l’ambiance. Ça a un tout autre standing que nos hôpitaux actuels… Le sol, recouvert de pavés, est décoré d’emblèmes à l’effigie de Nicolas Rolin et sa femme Guigone (mêlant les initiales, leur devise et des branches de chêne, symbole du chancelier, de force et de fidélité). À l’époque, l’allée centrale était occupée par des bancs et des tables sur lesquels les souffrants prenaient leur repas. De nombreux panneaux renseignent sur l’histoire des Hospices de Beaune et plus particulièrement de cette salle caractéristique.

 

Pensez à lever la tête car la charpente mérite également le coup d’œil. Le plafond en lambris est orné de rinceaux et chaque poutre est peinte et sculptée. Celles-ci, de part de d’autre, semblent jaillir de la gueule de monstres appelés les Engoulants, typiques de la fantasmagorie de ce temps (cf : Jérôme Bosch). Entre chaque traverse, des figures humaines et animales.

Au fond de la Salle des Pôvres, une chapelle se tient derrière un jubé en bois sculpté. Séparant ou associant ainsi l’espace sacré salutaire et l’espace profane médical, cela permettait en tout cas aux malades d’assister aux offices depuis leur lit. Sur le grand autel en marbre se tenait à l’origine le polyptyque de Rogier Van der Weyden (hé oui, il ne faut jamais perdre une occasion de maintenir la pression culpabilisante, même sur des malades mourants). Le vitrail polychrome représente les scènes de la Crucifixion et la Pietà. Plusieurs personnages religieux mais aussi issus du Duché de Bourgogne ont été placés autour. Les restes du corps de Guigone de Salins se trouvent dans cette chapelle, sous la plaque de bronze. De chaque côté, deux peintures réalisées par Yin Xin en 2019 représentent Sainte-Hermine de Jésus, missionnaire beaunoise décapitée en 1900 en Chine.

 

La salle Saint-Hugues

Après être repassé par la cour d’honneur, on entre dans la salle Saint-Hugues. Plus intimiste, elle ne contient que 6 lits (12 à l’époque). Elle est également nettement plus décorée avec de nombreux tableaux d’Isaac Moillon illustrant les miracles du Christ (histoire de donner un peu d’espoir…). Au-dessus de l’autel, entouré des deux anges en grisaille, Le Miracle de Saint-Hugues ressuscitant deux enfants morts de la peste et, au plafond, dans une vision en contre-plongée verticale, une grande toile marouflée représentant La guérison à la piscine de Béthesda.

 

La salle Saint-Nicolas

Originellement plus petite, cette pièce était destinée à accueillir les malades agonisants afin de les séparer des autres. Elle a été agrandie au cours du XVIIe siècle et elle expose aujourd’hui l’histoire des Hospices de Beaune à travers de nombreux objets, sculptures, panneaux. Une grande maquette en paille reproduit le bâtiment de l’Hôtel-Dieu et, au milieu de la salle, une ouverture dans le sol qui permettait d’évacuer les déchets dans les eaux de Bouzaise en-dessous.

 

La cuisine et l’apothicairerie

Ces deux autres espaces permettent de se rendre compte de la vie quotidienne dans l’Hôtel des Hospices de Beaune. Le premier est la cuisine pourvue d’une immense cheminée à deux foyers et d’un grand fourneau avec une drôle de curiosité, deux robinets en forme de tête de cygne. On imagine que ça ne devait pas chômer pour nourrir toutes ces bouches.

Ensuite, après être passé sous un porche donnant sur la Cour des Fondateurs (inaccessible), on pénètre dans la pharmacie. Le laboratoire expose les instruments liés à la confection de potions et autres remèdes, dont certains sont élaborés avec des plantes issues du jardin « des simples » juste derrière. Puis l’officine présente essentiellement des étagères avec plus de 130 pots de faïence et bocaux en verre aux contenus variablement appétissants…

 

La salle Saint-Louis

La dernière grande salle se situe dans le bâtiment au Nord de l’Hôtel-Dieu. Elle servait de cuverie et expose aujourd’hui de nombreux objets d’époque (coffres, tapisseries, sculptures, vitraux… parmi les 5000 exemplaires de la collection). Avis aux amateurs. On arrive ensuite dans la petite pièce qui accueille le polyptyque de Rogier Van der Weyden, le chef-d’œuvre des Hospices de Beaune (avis tout à fait personnel et donc subjectif). Le retable était à l’origine dans la chapelle de la salle des Pôvres et est dorénavant dans cette espace spécifique, à l’abri de la lumière et de variations climatiques.

 

Commandité par le Chancelier Rolin (celui-là même qui apparait face à la Vierge dans le le chef-d’œuvre de Jan Van Eyck), Rogier Van der Weyden a peint à l’huile 15 panneaux représentant Le Jugement Dernier (entre 1443 et 1450). L’ensemble mesure 5,46 m de longueur sur 2,25 m de hauteur, ce qui est particulièrement grand pour l’époque. Même si la palette n’est pas particulièrement large, ce qui marque chez le maitre flamand, c’est la puissance des couleurs : les rouges et doré sont éclatants. Dans le détail, on voit le Christ, avec un lys dans une main et un glaive, au-dessus de l’Archange Saint-Michel tenant une balance de la justice divine. De part et d’autre, des saints et apôtres les entourent. Sur la partie basse, les êtres humains se répartissent entre les pêcheurs condamnés à l’Enfer et les vertueux admis au Paradis. Chaque personnage possède une expression différente et dynamique. Plus d’infos avec le contenu interactif sur le polyptyque du Jugement Dernier.

 

Lors d’un projet de restauration en 1875-1878, les panneaux ont été sciés dans leur épaisseur afin de présenter le recto et le verso en même temps (hallucinant, non !?!). De ce fait, l’œuvre à droite est en réalité la partie visible du polyptyque lorsqu’il est normalement fermé. On peut y voir quatre panneaux peints en grisaille (trompe-l’œil suggérant des sculptures) de Saint-Sébastien et Saint Antoine ainsi qu’une Annonciation au-dessus. A gauche, Nicolas Rolin et, à droite, son épouse Guigone de Salins. Cette composition n’est pas sans rappeler celle du revers de L’Agneau Mystique de Jan Van Eyck.

 

Outre le retable, cette petite salle expose également une tapisserie aux “mille fleurs” rappelant celle de La Dame à la Licorne du Musée du Cluny. Après s’être délecté les yeux et l’esprit, on retourne dans la salle Saint-Louis et sa présentation de la culture vinicole des Hospices de Beaune avant de, passage obligatoire, traverser la boutique… Hé oui, “faut bien vivre ma pauv’ Lucette, l’hiver est rude en Bourgogne !

Après une bonne heure à l’intérieur de l’Hôtel-Dieu (en prenant mon temps en essayant d’optimiser les photos par rapport à la foule), j’ai réellement apprécié la visite mais sans non plus avoir été absolument subjugué par la visite. Si vous venez dans la cité bourguignonne, il est certain qu’il s’agit d’un monument incontournable. Ensuite, j’ai repris mon parcours à battre le pavé pour découvrir les autres choses à voir à Beaune où j’ai passé la journée.

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