Exposition OPEN SEA : l’art contemporain d’Asie du Sud-Est au MAC Lyon

Exposition OPEN SEA au MAC Lyon

Amateur d’Art et d’Asie ? L’exposition Open Sea est faite pour vous ! Juste avant la Biennale d’Art de Lyon 2015, le MACLYON (Musée d’Art Contemporain) présente du 17 avril au 12 juillet 2015, une exposition sur la scène artistique contemporaine d’Asie du Sud-Est. Oubliez les grains de riz avec votre prénom écrit dessus, Trace Ta Route a fait la visite alors vous fait découvrir l’Asie, version art contemporain !

Exposition OPEN SEA au Musée d'Art Contemporain de LyonLe MAC LYON

Ouverture :
mercredi à dimanche, de 11h à 18h.

Tarifs : 6 €
– réduit : 4 € (familles nombreuses, étudiants, groupes de 10 et plus…)
– gratuit : – 18 ans, demandeurs d’emploi, personnes non imposables, étudiants de Lyon, personnes handicapées, militaires…

 

L’exposition OPEN SEA

Poursuivant la série d’expos consacrées aux différentes scènes artistiques étrangères au MAC Lyon (la Chine avec Le Moine et le Démon en 2004, l’Inde avec Indian Highway en 2011 et le Brésil avec Imagine Brazil en 2014), Open Sea est le fruit d’un partenariat avec le Singapore Art Museum (SAM) et le National Heritage Board. dans le cadre du festival Singapour. Elle présente des installations, des vidéos, des photographies, des peintures, des dessins, etc… de 31 artistes de 11 pays d’Asie du Sud-Est (Singapour, Indonésie, Thaïlande, Cambodge, Birmanie, Philippines, Malaisie, Laos, Vietnam, Chine et Inde). La plupart ont été exposés à la Biennale de Singapour (créée en 2006) qui est une des plus importantes manifestations d’art contemporain d’Asie.

 

Tout de suite en arrivant, au rez-de-chaussée, on tombe nez-à-nez avec un gros lapin blanc nommé Walter. Depuis 2010, Dawn NG installe sa sculpture gonflable dans différents lieux délaissés de Singapour afin de les révéler, avec un certain humour, une certaine légèreté. On retrouve cette même idée d’intégration d’un objet monumental incongru dans l’espace urbain avec le Rubber Duck de Florentijn HOFMAN ou le Redball project de Kurt PERSCKE.

 

1er étage

L’exposition Open Sea commence par… sa couverture (logique !) c’est-à-dire les 3 bajajs (triporteurs indonésiens) customisés façon culture javanaise exubérante. L’artiste indonésien NASIRUN réalise des objets  »culturellement hybrides » et met en évidence les jeux d’influences culturelles, qui sont elles-mêmes des enjeux de pouvoirs et de dominations. La seconde salle est investie par deux œuvres de la birmane Nge LAY : The sick classroom (2013), reconstitution d’une classe au Myanmar avec des mannequins d’écoliers et leur maitresse ; la série photographique The revelancy of restricted things (2010) où l’artiste incarne avec un masque et un manteau le rôle de son propre père, disparu à ses 14 ans, dans des photos de famille. Ensuite, la salle suivante regroupe un assemblage de demi-tonneaux peints à l’intérieur par le collectif APOTIK COMIK (Under estimate 1999), deux gravures sur bois de Muhammad ‘Ucup’ YUSUF avec les plaques et une série de 35 cuillères peintes en miniatures par Chang YOONG CHIA en 2007. Intitulée Maiden of the Ba tree, cette séquence narrative raconte l’histoire d’une mère attendant le retour de son enfant disparu. Caché au fond, Man with no country (2011) du même Chang YOONG CHIA, collage de plusieurs timbres dont la composition représente un homme nu.

 

La grande salle suivante expose les Sulu stories (2005) de Yee I-LANN avec ses étranges paysages maritimes de ruines, une vidéo de Lina ADAM, Experience The Culinary History of Singapore (2014). La série Hanoi Haiku (2005) de Sherman ONG est constituée de triptyques photographiques formant autant d’indices potentiels à une reconstitution d’une scène de vietnamienne. En face, From shadow to Shaman (2015) de Angie SEAH, qui a mis en place une sorte de protocole induisant une relation entre elle et les objets (cassés formant un disque au sol). J’ai bien lu les infos du cartel mais j’ai rien compris ! Tout au fond de la salle, une installation de Boo JUNFENG, Happy and Free (2013), diffusant une vidéo et une chanson volontairement kitschs faisant l’éloge du bonheur de Singapour encore malaisienne. Le spectateur est convié à s’asseoir dans le canapé pour mieux savourer cette propagande hédoniste et peut même y participer en chantant lui aussi au karaoké.

 

Seul artiste que je connaissais déjà (pour ces squelettes de chimères), le chinois Shen SHAOMIN est présente dans la dernière salle de l’étage Summit (2010), une chambre mortuaire réunissant les corps des plus grands communistes de l’Histoire : Lenine, Mao Zédong, Kim Il-Sung, Hô Chi Minh et, seulement agonisant sur un lit d’hôpital, Fidel Castro. Ils sont reproduits en cire avec un grand souci de réalisme, agissant telles les reliques d’une utopie politique… Le mausolée d’un communisme disparu.

 

2e étage

En sortant de l’ascenseur, on se retrouve devant une vidéo dont on ne sait comment l’appréhender : kistch volontaire ou pas ? Waltz of the Machine Equestrians (2012) de Uudam TRAN-NGUYEN montre un balai (chorégraphique) de scooters, montés de pilotes vêtus de toiles cirées aux couleurs de l’arc-en-ciel… sur un parking sur fond de gratte-ciel. L’œuvre suivante, Temple of hope : hit by a bus (2010-2011), est tout de suite plus remarquable. Ethang WIHARSO réalise un archétype de bâtiment (un temple en fin de compte) dont les murs percés représentent différentes scénettes avec des personnages humains (y’a Batman !). À l’intérieur, le lustre en forme de cœur projette les ombres dans tout l’espace de la salle, comme le Light Sentence de Mona HATOUM. Juste après, Ming WONG rejoue, dans Four Malay stories (2005), le rôle de 16 personnages de films d’un réalisateur malaisien populaire. Le thaïlandais Navin RAWANCHAIKUL expose des œuvres à l’effigie de son pays imaginaire, le Navinland. On retrouve donc la peinture de portraits Long live Navin ! (2007) et Mission Navinland (2011) qui le représente en ambassadeur accueillant un visiteur.

 

L’installation MY WE (2011) vous interpellera par la couleur fuchsia de ses murs ! Le philippin Louie CORDERO met en scène la série réelle de morts qui a fait suite à de « mauvaises interprétations » de la chanson « My Way » de Franck Sinatra (diffusée en boucle) ce qui est un comble quand on connait les paroles ! La vidéo Memorial project Nha Trang, Vietnam : Towards the Complex – For the Courageous, the Curious and the Cowards (2001) de Jun NGUYEN-HATSUSHIBA évoque le sort des Boat People qui ont voulu quitter le Vietnam : 6 plongeurs peinent à tirer sous l’eau des sortes de chars. La salle suivante présente les figurines Female flying angels (2013) de Heri DONO suspendus au plafond et la série Botanic (2013) de Chris Chong CHAN FUI, qui a demandé à un naturaliste de réaliser des dessins scientifiques de… plantes artificielles, questionnant le rapport de l’homme à la nature. Ce jeu d’ambiguïté rappelle la série « Herbarium de Joan FONTCUBERTA.

 

History class (2000), de Sutee KUNAVICHAYANONT, est une des œuvres qui m’a particulièrement intéressé dans cette expostion Open Sea. Il s’agit de tables d’école à première vue anodines mais sur lesquelles ont été gravés différents évènements sociaux et politiques de l’histoire thaïlandaise moderne. Ceux-ci sont presque invisibles mais ils peuvent être révélés par frottage. Lutter contre l’oubli en réactivant la mémoire…

 

La belle surprise de l’exposition ! Oui, depuis Fontaine (1917) de Marcel DUCHAMP, poursuivi par Robert FILLIOU avec La Joconde est dans l’escalier (1969) et autres placements d’objets de Jérôme LEUBA, il faut d’attendre à tout (et c’est tant mieux, ou ne pas s’attendre à quelque chose qu’on connait, et ça, ce c’est encore mieux ! ) avec l’art contemporain. Alors un placard, un porte-manteau dans une grande salle white cube… Sauf que ! Sauf que le placard s’ouvre ! Et on peut y entrer et d’ailleurs, pour voir A View with a Room (2009) du collectif VERTICAL SUBMARINE, on doit rentrer ! Qui n’a jamais rêvé de faire comme Alice (ou Le Monde de Narnia pour les plus jeunes…) ? On s’engouffre dans le fond de la penderie et on découvre un long couloir recouvert de pages de textes d’Edgar Allan Poe, Georges Pérec et Alain Robbe-Grillet, comme si on l’était dans l’esprit monomaniaque. Puis on entre dans une petite pièce. La mise en scène montre un lieu de travail d’un écrivain et les couleurs tout en noir et blanc évoque soit le polar soit une sorte d’arrêt dans le temps… Autre particularité, les murs ne sont pas orthogonaux et ont engloutis une partie du mobilier (canapé, télé…).

 

« En sortant du placard », on retrouve notre grande pièce, marquée par ce grand tube orange qui la traverse. Les peintures de Marisa DARASAVATH cohabitent avec l’immense tube The Buddhist Bug (depuis 2011) de Anida YOEU ALI. En regardant la vidéo (qui montre la performance), j’ai réagi de la même manière que les enfants dans le film : perplexe…

 

Juste après, dans le prolongement, une montagne de graine de moutarde, Rai ka pahad (Swarnabhumi) (2015) de Akshay Raj SINGH RATHORE qui symbolise l’esprit et Franz Kafka : A long lost night (2015) qui sont les restes d’une performance de Jeremy HIAH. Quatre peintures de la série The Stamp of misreading (2005) de Chong KIM CHIEW confronte des représentations occidentales à des vernaculaires mettant en tension le poids de la colonisation sur la culture. Dernière œuvre de l’exposition Open Sea, la vidéo All the Lines Flow Out (2011) de Charles LIM explorant les réseaux de canalisation de Singapour.

 

Bonus : exposition Antoine CATALA

Le dernier étage accueille l’œuvre d’Antoine CATALA Jardin synthétique à l’isolement (2014-2015). Il s’agit d’une installation qui serait une sorte de parc, composé de plantes artificielles, d’écrans, de roches. On entend une voix numérique d’un enfant et des signes sont disséminés dans l’espace. Ceux-ci renvoient à des applications d’aide au langage, développées pour les enfants non-verbaux ou qui ont des difficultés à parler.

 

Si l’œuvre est intellectuellement complexe, le lieu est tout à fait agréable (voire féérique) et reposant. Et après Open Sea, en s’allongeant dans l’herbe (quoique artificielle), on aurait presque envie de piquer un petit roupillon !

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