Le CARRÉ d’ART de Nîmes, une architecture antique et contemporaine

Le Carré d'Art de Nîmes

Après Arles et Saintes-Maries-de-la-Mer, Nîmes a été la seconde escale de mon road trip basque pour voir les expositions du moment au Carré d’Art. Je connais plutôt bien cette ville antique pour y avoir habité 2 années et mes souvenirs sont très très mitigés (…). Toutefois, ce musée d’art contemporain (mais pas que) est un des points positifs de la ville avec son architecture réussie et les œuvres qu’elle accueille.

Infos pratiques

  • horaires : du mardi au dimanche inclus, de 10 h à 18h
  • tarifs : 5€ expositions temporaires / gratuit collection permanente 🙂

 

Grande et petite histoires du Carré d’Art

Nîmes est une ville antique au patrimoine prégnant. Cette romanité est même la caractéristique principale de la ville. Parmi les monuments, les Arènes, évidemment, mais aussi la Maison Carrée, l’enceinte romaine, la Tour Magne, le Temple de Diane… Toute la veille ville, appelée l’ « écusson » , respire cette ambiance avec les murs en pierre.

La Maison Carrée et le Carré d'Art de Nîmes

 

Le Carré d’Art de Nîmes fait face à la Maison Carrée, temple romain dédié à l’Empereur Auguste et ses enfants Caïus et Lucius Caesar. À l’origine, c’est un théâtre qui était à cet emplacement mais celui-ci a été dévasté par un incendie en 1952. Le projet était de créer un bâtiment hébergeant un Musée d’Art Contemporain et la Bibliothèque Municipale, tout en incarnant le symbole d’un Nîmes moderne (en concurrence avec Montpellier…). Le projet de Sir Norman Foster (cf : métro de Bilbao, l’Ombrière de Marseille…) a été élu et, non sans débat réactionnaire, le Carré d’Art fût construit entre 1988 et 1993.

 

⎸⎹ son architecture ⎸⎹

L’extérieur

La première chose qu’on peut remarquer quand on voit le Carré d’Art de Nîmes, c’est que, justement, il ne cherche pas à se faire remarquer, à « faire monument » contrairement au Centre Pompidou et au Musée Guggenheim Bilbao par exemple. Il fait la même hauteur que les immeubles alentours et s’intègre donc dans son environnement. Pour Norman Foster, « un bâtiment peu élevé pour faire ressortir les bâtiments environnants » . Il reprend également la forme rectangulaire, typique de l’Antiquité avec l’instar de la Maison Carrée. La référence avec le modèle ne s’arrête pas là : la façade principale reprend le même découpage 2/3 plein -1/3 vide de la façade latérale de la Maison Carrée. Un jeu de miroir (inversé) est joué. On retrouve pareillement une série de colonnes. Elles ne faisaient pas partie du projet originel mais les nîmois voulait leurs colonnes, et certains même celles, encore érigées, des ruines de l’ancien théâtre incendié. Au final, l’architecte mancunien a dû céder à la vox populi gardoise mais en plus subtil ! Le bâtiment est légèrement surélevé comme l’est la Maison Carrée mais, là encore, il s’agit d’un modification suite aux inondations de 1988.

 

Mais Norman Foster n’est pas un tailleur de pierres et le Carré d’Art incarner la modernité de la cité antique. La rupture architecturale s’est alors fait dans l’emploi des matériaux, résolument contemporains. Le béton et le métal (cf : Nemausus de Jean Nouvel) pour l’ossature et le verre pour l’habillage. Ce dernier amenant transparence et légèreté au milieu de la minéralité.

L’intérieur

Un grand espace dégagé s’offre à la vue quand on rentre dans le Carré d’Art, avec vue sur le temple augustien, évidemment… On y retrouve la librairie, une petite galerie d’exposition et une massive sculpture en acier d’Ellsworth KELLY, « Gaul » (1993). Deux grandes ouvertures latérales, façon douve de château, offrent une vue sur les lecteurs silencieux de la médiathèque avec une immense peinture murale de Richard Long, intitulée « Mud Line » (1993).

 

Encore une fois, Norman Foster reprend les formes traditionnelles locales et l’architecture intérieure du Carré d’Art de Nîmes est érigé autour d’un atrium afin que le soleil sudiste irradie l’ensemble du bâtiment de lumière naturelle. Pour cela, l’ensemble des escaliers est en verre translucide et participe à la sensation de légèreté du bâtiment. Norman Foster précise : « j’ai une passion particulière pour la lumière naturelle et m’intéresse à la manière dont on peut la guider et la réfléchir dans ces espaces, ses changements constants et comment elle peut susciter ou rehausser l’expérience architecturale (…) » .

 

Si Carré d’Art s’est limité à ne pas dépasser ses voisins, il a bien fallu trouver de la place pour abriter les espaces muséaux, la médiathèque, salle de conférences… La solution étant, si on veut pas que ça aille plus haut, ben ça ira plus bas. Sur les 9 étages du bâtiment, 5 se trouvent en-dessous du niveau du sol (d’ailleurs, le volumineux creux de sa construction « limita la casse » lors des inondations de Nîmes en absorbant une grande quantité d’eau ! Ou de l’art de déjà se faire aimer avant même de naitre…

 

Enfin, au dernier étage, sous les persiennes métalliques, la terrasse offre une vue plongeante sur la Maison Carrée (des fois, qu’on l’avait oubliée…) et sur les tuiles orangées. Un restaurant permet de finir agréablement la visite. Qui a dit qu’il était trop tôt pour prendre un pastis ?

 

▢ le musée d'art ▢

Les 2e et 3e étages (niveaux 6 et 8) sont consacrés aux espaces muséaux. Le premier accueille la collection permanente (voir plus bas) et le suivant, les expositions temporaires. Il s’agit des salles parallélépipédiques réparties rectangulairement autour de l’atrium. Bob Calle, premier directeur du musée, « tenait personnellement à avoir un bâtiment neutre, le plus absent possible. Une salle d’expositions ne doit pas s’imposer par son architecture ; elle doit être faite pour présenter des œuvres, des peintures, des sculptures, des installations de toutes sortes et non pas pour se présenter elle-même ».

 

La collection permanente

La direction de la collection permanente fût confiée à Bob Calle, collectionneur d’art contemporain et père de l’artiste Sophie Calle, et l’accrochage actuel  lui rend hommage. On y retrouve essentiellement des œuvres de 1960 à 80 (Nouveau Réalisme, abstraction…) : une compression de voitures (1989) de CÉSAR, les affichistes Raymond HAINS, François DUFRÊNE, Mimmo ROTELLA, Extensible passé au bitume et à l’acide (1968) de Daniel DEZEUZE, le carré en néon Proposition II, illustration I, Monik I (1968) de Martial RAYSSE, Robert FILLIOU, un tressage (1965) de François ROUHAN, Simon HANTAÏ, BMTP et SUPPORT-SURFACE ont leur salle (Claude VIALLAT étant le régional de l’étape, vous pouvez même admirer une de ses « superbes » sur le plafond du… Quick ! Si si, véridique…), Suzanne, la Régence ou la peinture intermédiaire (1984) de Jean-Michel ALBEROLA, Thanatos et le masque (1980) de Gérard GAROUSTE, Jean-Charles BLAIS, Patrick FAIGENBAUM, Water yam series of events scores box, 162-1963 (édition Fluxus) (1962-1963) de Georges BRECHT, les peintres allemands Gerhard RICHTER, Sigmar POLKE et Günther FORG (cf : MMK Frankfürt), Joseph KOSUTH, Monument (1985) de Christian BOLTANSKI, Dan FLAVIN, Or not to be (1978) de Bertrand LAVIER, Veronica (1956) d’Allan KAPROW… (👉🏻 voir toute la collection)

 

Les expositions temporaires

Globalement, les expositions temporaires sont de qualité même si, de souvenirs, l’accent était surtout mis sur la période estivale (c’est le triste fait à Nîmes, tout est organisé pour les touristes, entre les deux férias, et le reste de l’année, pour les locaux… pas grand-chose à se mettre sous la dent… Toutefois, il semblerait que ça ait -un peu- évolué avec l’ouverture de la salle Paloma). La dernière que j’ai vue était double : les nommés au Prix Marcel Duchamp 2015 (Melik OHANIAN, Neïl BELOUFA, Zineb SEDIRA et une vieille connaissance, Davide BALULA) et « Formes biographiques » .

 

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